Le réchauffement des esprits

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Édito Lausanne FM – Mardi 30.10.07 – 07.50h

Un Suisse sur dix. Voilà ce que représente le parti des Verts, selon le seul verdict qui vaille, celui du peuple, il y a neuf jours. C’est un parti qui progresse, c’est vrai. Mais c’est un parti, comme un certain autre, qui a fondé sa campagne sur une peur, celle du réchauffement climatique. Que cette peur soit justifiée ou passablement amplifiée pour les besoins de la cause, est une autre affaire. Il a fondé sa campagne sur une peur, c’est un fait.

Oh, je sais, ce que je dis là n’est pas très populaire dans l’esprit du temps. Aujourd’hui, dans les salons, dans les bistrots branchés, dans toute cette urbanité douce qui voudrait s’arracher aux pesanteurs de l’Histoire, on ne jure que par les Verts. On a même vu des politiciens de droite, PDC et parfois radicaux, succomber au Rayon vert jusqu’à rêver d’alliances nouvelles.

À Genève, il y a quelques mois, on nous faisait miroiter le couple Maudet-Hodgers comme la quintessence d’une post-modernité politique arrachée au tellurisme de la division gauche-droite. Plus récemment encore, le conseiller national PDC Luc Barthassat, ayant sans doute avalé sa calculette, parlait ouvertement de majorités parlementaires du centre-droit avec les Verts, se fermant les yeux pour ne surtout jamais, lui le démocrate-chrétien pur, voter avec le Diable.

Face à tous ces mirages, une réalité. Il se trouve que, malgré tous les matraquages de la campagne, les appels à l’Apocalypse, le thème du réchauffement ayant, au final, plus opéré sur nos oreilles que sur la planète, neuf Suisses sur dix ne votent tout de même pas pour les Verts. Dans ces conditions, et dans tous les cas de figure de composition du Conseil fédéral (logique  arithmétique ou logique d’alliance), la prétention des Verts à un siège au Conseil fédéral ne tient, pour l’heure, pas la route. Et les propos, que je viens d’entendre, de Daniel Brélaz, véritable icône inattaquable, Arche sainte du vertement correct, Major Davel du salut terrestre, n’excluant pas d’attaquer les radicaux, donc peut-être le siège de Pascal Couchepin, dévoilent le vrai visage des Verts.

Quant aux hommes et femmes du centre-droit qui seraient titillés, comme par un démon de midi, par l’idée d’une alliance avec les Verts, je leur propose d’aller voir tous les votes des élus écologistes, au Conseil national et dans les Parlements cantonaux, ces dernières années. Ils y découvriront une chose : sous des allures, bien fallacieuses en vérité, de post-modernité branchée, les Verts votent toujours avec la gauche. Parfois même, oui, avec l’extrême-gauche.

Seulement voilà, les Verts, on les sanctifie. On les idéalise. Ils seraient, pour je ne sais quelle raison, différents des autres. C’est une perception bien candide de l’Histoire et des hommes. Elle amène, constamment, à exonérer de toute critique certains élus comme Daniel Brélaz ou Robert Cramer. Comme si ces hommes étaient dépourvus de la moindre ambition personnelle, de la moindre arrière-pensée tactique. Parce qu’ils sont Verts, sympathiques, bonhommes, souriants, cordiaux.

Voilà. Désolé si j’ai un peu glacé l’atmosphère, ce matin. C’est sans doute ma manière à moi de lutter contre le réchauffement. Celui des esprits, bien sûr.

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Commentaires

  • Excellente analyse d'un parti qui cache habilement son jeu. Le pouvoir reste l'objectif ultime de tout parti, les verts n'y échappent pas !
    L'écologie, seule, ne peut pas constituer un viatique suffisant pour un parti politique. J'apprécie beaucoup votre esprit critique et votre lucidité sur l'espèce humaine.

  • Monsieur Décaillet je vous conseiller de (re)voir le documentaire de Monsieur Gore ou de l'inviter à votre émission sur Léman Bleu et vous pourez alors lui poser cette question "Y a--t-il vraiment un réchaussement climatique". Je pense qu'il sera en mesure de vous répondre. Pour ce qui en est d'aller au contre courant de la pensée globale acutelle, vous n'avez pas inventé l'eau chaude, comme un certain ancien ministre français, vous ne faites que vous profiler......tous comme les partis politiques !

  • Cher Monsieur,
    Vous nous conseillez à juste titre de regarder de plus près comment votent les "verts" dans les différents parlements où ils sont élus. Les "verts" votent la plupart du temps avec la gauche dites-vous, voire avec l'extrême-gauche... Quant à moi, je trouve cela plutôt bien. Il y a quand même de notables exceptions lorsqu'à Genève par exemple, les "verts" votent avec la droite sur la plupart des objets sociaux, chômage, rentes complémentaires pour les aînés les plus démunis, etc.
    Alors, en toute amitié à votre égard, si je vous suis lorsque vous désangélisez nos bobos écolos, n'oubliez pas également de conseiller à vos lecteurs de regarder avec attention comment votent les partis de droite (PDC et Radicaux)... n'allient-ils pas leurs suffrages avec l'UDC? C'est à dire l'extrême-droite... Panurge et Tartuffe ont encore de beaux jours devant eux.
    Amitiés, Pierre Gauthier

  • Non, Monsieur Décaillet. Vous ne glacez rien...
    Il est vrai que je préfère votre plume à votre verbe. Sans doute, mon esprit un peu lent perçoit mieux, dans vos textes, la tonalité neutre et critique de vos commentaires de journaliste aimant la démocratie.
    A chacun son tour de se faire intelligement égratigner.
    Cette brise fraîche que vous soufflez me semble bienvenue pour aérer, un peu, les "tranchées" creusées par chaque parti dans le paysage politique actuel.
    Continuez avec la même lucidité. Le plaisir de vous lire est au rendez-vous.

  • Oui, les verts votent à gauche, voire même à la gauche de la gauche, et c'est bien logique. Pourquoi? N'étant pas vert moi même (justement parce que je trouve leur dérive centriste plutôt incohérente), je n'aurais pas la prétention d'y apporter une réponse définitive mais voilà mon analyse.

    Le projet de société qui découle tout naturellement de l'écologie politique est beaucoup plus proche de la société sans classes, beaucoup plus proche de cet aboutissement de la pensée de Marx que d'une société libérale inégalitaire telle qu'on la connaît aujourd'hui.

    L'idée même de l'écologie politique est de prendre conscience que nous appartenons à la biosphère, que nous faisons partie de la planète, et que nous devons donc la respecter et prendre conscience de ses limites, ce qui signifie que nous pouvons en consommer les ressources, mais dans la limite de ses possibilités matérielles. Or, nombre de ressources que nous consommons (pétrole, gaz, uranium, etc.) sont finies, et il nous sera donc impossible de continuer à croître, croître et croître indéfiniment sans jamais nous soucier de la déplétion de ces ressources (je pense évidemment au pétrole, dont les prix du moment peuvent largement laisser penser que nous sommes entrés dans la période du pétrole cher).

    Alors peut-être que cela vous fait peur, c'est bien possible, mais personnellement ça me paraît tout simplement réaliste. L'idée de l'écologie politique c'est aussi de calculer l'empreinte écologique de chaque individu sur terre, que l'on traduit par "le nombre de planètes dont nous aurions besoin si tout le monde vivait comme moi". Tout le monde sur terre devrait donc avoir une empreinte écologique tendant vers 1.

    La société sans classe n'est donc ici pas seulement un but auquel l'idéologie doit nous faire tendre, mais une nécessité impérieuse liée à notre simple présence sur la seule planète habitable connue et à la limitation des ressources. Il s'agit d'un nouveau paradigme, qui n'est plus capitaliste (où le rêve de la croissance éternelle et l'iilusion du progrès technologique infini nous maintient hors de toute réalité écologique), ni du socialisme (où le productivisme des travailleurs et le fantasme de la conquête spatiale nous promet des lendemains qui chantent sans se soucier des dégâts que l'on cause à la planète). C'est une nouvelle façon de concevoir la vie, faite de sobriété, de conscience de son impact, d'égalité, de partage, de solidarité et de responsabilité collective.

    Un projet, selon moi, qui, même s'il se distancie nettement du marxisme, est donc profondément ancré à gauche.

    Alors, même si les verts "pragmatiques" (type Brélaz ou Hodgers) se distancient aujourd'hui nettement de ce projet, assez radical (mais qui s'imposera de toute façon à nous, quoiqu'on fasse!), je crois que les racines du mouvement écologique sont fondamentalement opposés à l'individualisme, au libéralisme économique et au "laisser-faire". D'où la vacuité complète du concept même d'une "écologie libérale".

    À bon entendeur,

    Sandro

  • Le réchauffement climatique serait un vilain mensonge d'intégristes écolos moyennageux? Je croyait ce genre de discourt aux oubliettes depuis les années 90. Sans vous manquer de respect M. Decaillet, il faudrait changer un peu vos sources et sortir un peu du petit monde politique suisse.

  • Al Gore ne viendra jamais sur le plateau de Pascal Décaillet, pour une simple et bonne raison. Il est trop cher. En effet, Mister Gore réclame des sommes gigantesques pour participer à la moindre conférence.
    Il serait temps que certains écolos ouvrent les yeux. L'écologie, pseudo-science et pseudo-politique, est devenu un business très rentable pour de nombreuses personnes. La défense de la nature, les naturalistes à l'ancienne qui étaient de vrais idéalistes font partie d'un monde révolu, hélas.
    Si le réchauffement climatique est sans doute un réel problème qui nous concerne tous, croire que l'on pourra y remédier par deux ou trois ralentisseurs, une piste cyclable et quelques bouchons à la route des Acacias relève de l'escroquerie intellectuelle.

  • Juste la vérité.
    Qui est capable de nous la dire ? Invitons ceux qui disent savoir : Claude Allègre , Martine Rebetez et tous les autres. Alors nous pourrons dormir tranquilles.

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