Une initiative stupide et scélérate

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Edito Lausanne FM – Mercredi 31.10.07 – 07.50h

Interdire les minarets. C’est une initiative qui circule, ces temps, dans toute la Suisse, en récolte de signatures. Elle émane d’un « comité extérieur à l’UDC ». Il paraît qu’elle peine un peu. Que nombre de caciques UDC s’en méfient, soit par amour des minarets, soit - plus probablement – par peur de l’échec.

Une initiative est un droit populaire. On peut tout imaginer, au fond : interdire les minarets, les églises, les temples, peindre en rose toutes les voitures du pays, arracher les autoroutes, détruire les barrages, inonder la vallée centrale du Valais, interdire les coiffeurs, les sondages. Il ne s’agit donc pas d’en contester le droit.

Cette initiative, oui, a le droit d’exister. Et moi, comme citoyen, celui de dire que nous sommes face à l’un des projets les plus scélérats et les plus stupides lancés, depuis longtemps, sur la place publique.

Premier constat : je me promène pas mal en Suisse, comme beaucoup d’entre nous, et je n’ai pas franchement l’impression d’être écrasé de minarets. J’aurais même, franchement, une certaine peine à situer le dernier que j’aie vu sur notre territoire national. Et j’habite en milieu urbain, dans une ville ouverte aux vents du monde. Dire que cette initiative relève du fantasme total est donc un euphémisme. Il n’y a quasiment pas de minaret en Suisse. Vouloir les interdire, c’est un peu aspirer à prohiber la marine maritime à l’intérieur de nos frontières. Ça, c’est le côté stupide.

Et puis, il y a le côté scélérat. Nous avons, en Suisse, des Musulmans. Comme nous avons des Chrétiens, des Juifs, des athées, des agnostiques. L’immense majorité de ces Musulmans sont parfaitement intégrés à notre communauté nationale. Dire le contraire, c’est mentir. Nombre d’entre eux, d’ailleurs, sont des Musulmans laïques, qui ne sont pas plus piliers de mosquées que la majorité de nos Chrétiens ne sont grenouilles de bénitiers. Quant à ceux qui veulent pratiquer leur religion, l’une des trois grandes du Livre, vieille de près de quinze siècles, ils doivent bénéficier exactement du même traitement que les Catholiques, les Protestants, les Juifs. La liberté de culte est l’un des fondements de la démocratie. Inaltérable.

En contrepartie, ils doivent, comme toutes les autres religions, respecter nos lois. En quoi l’existence, dans quelques endroits du pays, d’un minaret signalant un lieu de culte, comme il y a des clochers, porterait-elle atteinte au vivre ensemble, en Suisse ? En quoi, si ce n’est dans le fantasme créé artificiellement par quelques incultes confondant islamisme et Islam, cherchant à ériger, au sein de notre communauté républicaine, des barrières entre les humains, là où tout l’art de la politique, de gauche ou de droite, doit être de rassembler.

Cette initiative est stupide et elle est scélérate. La signer, et surtout l’accepter, un beau dimanche, en cas de votation populaire, serait nier les fondements de la Suisse elle-même. Pays de respect et de pluralité. Pays à plusieurs voix, plusieurs intonations, plusieurs inflexions spirituelles. L’un des pays du monde où nous réussissons le mieux, malgré nos différences, à vivre ensemble. De grâce, ne cassons pas cela.



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Commentaires

  • Si je suis d'accord avec votre plaidoyer, je ne suis pas d'accord avec votre rejet.

    Précisément si l'on veut que la Suisse reste un pays dans lequel c'est le Peuple qui dicte sa volonté et non pas une oligarchie instruite ou non, il est essentiel que cette initiative vienne devant nous pour que, collectivement, nous puissions lui opposer un NON MASSIF.

    C'est ce NON là qui aura la force dont l'ouverture à besoin et non pas d'un NON en catimini par le rejet de la collecte des signatures¨

    Contrairement à vous, je signerai cette initiative et avec moi j'espère que de nombreux démocrates y souscriront.

    Dans un seul but son REJET avec la force et le puissance de la volonté majoritaire des Suisses!

    C'est cela la démocratie suisse, pas autre chose, un peuple gouvernant.

    Par contre je serais très intéressé de connaître votre point de vue sur le total déséquilibre de traitement que doivent supporter nos frères chrétiens ou juifs qui vivent en terre d'islam.

    Ces frères et soeurs qui souvent meurent à cause de la différence de leur Foi.

    Dans ces pays-là, l'islam est-il un modèle de tolérance?
    Dans ces pays là fait-on cas du droit à la liberté de croyance?
    Dans ces pays-là peut-on construire des églises avec un clocher?

    Sans une réponse construite à ces questions, votre billet ne restera qu'un prêche dans le désert de l'incompréhension entre les Hommes et risque fort d'être vain!

    A vous lire,

    Jean

  • @jean : Les lois de ce pays démocratique ne doivent pas être élaborées en fonction de celles en vigueur dans d'autres pays! Mêler les deux questions, les minarets en Suisse et la situation des pratiquants d'une religion autre que l'islam dans certains pays, est manipulateur.
    Parmi les défenseurs de cette initiative, combien savent réellement ce qu'est un minaret, une mosquée, voire même d'une église et d'un clocher...

  • Des minarets en Suisse... voila qui échauffe les esprits.

    Monsieur Décaillet, au nom de ce qu'est la Suisse, qualifie l'initiative de "stupide et scélérate". Et pan! Il n'en demeure pas moins que la véritable question n'est pas de savoir si l'on autorise ou non la construction de lieux de culte pour les musulmans, mais celle de l'attitude de ces derniers dans une société ouverte et laique.

    Les exemples provenant du Royaume-Uni nous démontrent qu'une trop grande tolérance ajoutée à un niveau d'intégration faible, voire nul, a poussé à l'éclosion de communautés islamiques radicales. En Suisse on a visiblement peur de cela.

    La seule solution pertinente est, lorsque l'on a acceuilli des populations musulmanes, de les intégrer comlpètement: en leur donnant une instruction laique, en les aidant à trouver du travail et donc à s'affranchir de la dépendance des tenants d'un Islam de rejet.

    Le mérite de cette initiative est d'ouvrir ce débat de fond. Vouslons-nous vraiment intégrer des populations dont la culture et la religion sont différentes des nôtres?


  • Quelques remarques:
    - Savez-vous que l'Islam n'est pas qu'une religion, mais également une législation et un comportement? En ceci votre comparaison avec d'autres religions perd de sa valeur. D'ailleurs les pays islamiques ont une législation adaptées, c'est-à-dire soumises, à l'Islam.
    - Dans les pays de l'Islam, des millions de Musulmans prient quotidiennement dans des mosquées sans minarets. En quoi les musulmans de Suisse seraient-ils brimés d'agir ainsi? Quant à mentionner les Musulmans athées, s'ils le sont vraiment, ils se désintéresseront du problème.
    - Connaissez-vous le cas de cette mosquées d'Allemagne qui appelait régulièrement à la prière? Des voisins l'ont priée d'arrêter ces appels. Réponse: D'accord, on arrête, mais à conditions que vous ne sonniez plus les cloches de vos églises. Cela ne devrait-il pas susciter le début du commencement d'une ombre de questionnement sur notre civilisation, sur ce qu'elle veut rester, et sur ce qu'elle doit faire pour le rester?
    - Doit-on attendre que, comme en France récemment, un directeur d'écoles d'imams réclame des "sanctions judiciaires" à l'encontre de l'apostat pour comprendre qu'à un moment il faut savoir dire "Non, vous avez la liberté de vivre dans notre pays, vous avez la liberté de culte, nous on ne vas pas plus loin!".
    - Enfin, on le sait, mais on peut quand même le rappeler: En maints pays musulmans, les minorités chrétiennes seraient fort heureuse d'avoir l'autorisation de se rassembler en des lieux conçus pour cela, même sans clocher, mêmes sans églises formelles.

    A part cela, merci pour vos commentaires souvent fort intéressants.

    Tino

  • Bonjour à toutes et à tous,

    Bonjour M. Décaillet,

    je partage en partie votre billet... cependant l'initiative met en exergue les quelques problèmes que posent la construction des minarets.

    En effet, il est toujours facile de dire que c'est très bien, mais encore faudrait-il mesurer ce que ça implique : l'appel du matin et l'appel du soir.

    Notamment pour les riverains qui eux ne seront pas tous des musulmans, à moins que l'on getthoise une frange importante de la population. Donc cette initiative à le mérite de soulever quelques problèmes d'applicabilité de la liberté de culte.

    La liberté commence là où s'arrête celle des autres, donc en lieu et place de fustiger une telle initiative, je prendrai le temps d'évaluer les conséquences que la construction aura sur les populations vivant aux abords de mosquées et / ou d'églises, entre les cloches et les appels des Muezzins...

    Dans un pays démocratique et pseudo laïc comme le nôtre, nous devons tenir compte de l'ensemble des facteurs, n'est il pas ?

    Pour ma part, athée, me faire déranger par des cloches ou des Muezzins me dérange parce que la religion, quelle qu'elle soit n'est que le reflet du passé, des moments d'Histoire...

    Bien évidemment ce n'est que mon point de vue.

    Bien à vous,

    Stéphane

  • @ tatage, c'est le contraire qui est manipulateur.

    Le positionnement de vos postopinants démontre bien que le coeur de la questions ne se résume pas, comme l'a simplettement fait accroire le Vizir de Martigny, Couchepin, à l'érection d'un minaret mais à tout ce qui va avec.

    Vouloir découpler la question de l'implantation de mosquées minarisées de celle de la liberté de culte en terre d'Islam, c'est cela qui est manipulateur.

    Comme Jean, je souhaite vivement que cette initiative recueille le nombre de signatures requises.

    Cela sera la meilleure occasion de poser cette question tout à fait fondamentale à l'ensemble des Suisses qui sont, jusqu'à preuve du contraire, encore maîtres chez eux.

    La réponse à la question de cette autorisation ne se réduit pas à comparer un clocher à un minaret. Seul un policitien de ligue B peut croire une telle fadaise.

    Toute approche simpliste de ce sujet peut ramener en Suisse les terribles heures d'un sunderbund nouveau et de ça, les suisses dans leur vaste majorité, n'en veulent pas!

    La Suisse c'est contruite comme un Etat laïque et il n'est pas question de sortir de ce champ-là.

    La liberté de croyance ne peut se concevoir qu'à l'expresse condition que les adeptes de chacune des communautés respectent les autres. Les Juifs Orthodoxes, comme certaines sectes chrétiennes et une partie des musulmans intégristes sont à ce sujet très limite avec ce principe.

    les libertés n'ont de sens que si elles ne viennent pas empiéter celles des autres. Or l'Islam est, c'est relevé par l'un des préopinants un système avec sa justice propre.

    Cette question n'est certainement pas sans poser problème à l'ordre constitutionnel suisse.

    Non décidément, je crois que Monsieur Decaillet qui est un journaliste fin, cultivé et très bon connaisseur de son pays (qu'il aime c'est certain) a voulu tester le taux de réaction à son propos!

    La densité des échanges lui montre que la question vaut la peine d'être posée et surtout, surtout, que les Suisses se prononcent à son sujet!

    Merci à tous pour la tenue des échanges à cette contribution.

    C'est de ce respect seulement que peut naître la compréhension de l'autre et de ce dialogue que la démocratie sort grandie.

    Merci encore

  • La scélératesse ce ne serait pas de confondre minaret et mosquée ?

  • À Cologne, en ce moment, le projet de construction de deux minarets de 55 mètres agite la ville, déchaîne les passions.

    Les opposants à l'édification de ces minarets, comme Mgr Joachim Meisner, Cardinal de Cologne, Mgr Wolfgang Huber, évêque protestant de la ville, Mgr Karl Lehmann, cardinal de Mayence et Président de la conférence épiscopale allemande, le journal centriste et très libéral (freisinnig) "die Zeit" ou encore Ralph Giordano et son immense autorité intellectuelle ne sont certainement pas des scélérats.

    La problématique est très complexe. On peut parler de véritables troubles provoqués par la question dans certains pays, comme en France et en Italie.

    D'autre part, que ce soit le mouvement Ditib en Allemagne, responsable de la future mosquée de Cologne et émanation du Service des affaires religieuses de l'Etat turc, ou la Ligue islamique mondiale, finançant la mosquée de Genève et émanation du régime saoudien et de son radicalisme religieux, on constate que nombre de mosquées en Europe sont alimentées financièrement par des Etats étrangers, dont un prônant un Islam fondamentaliste. Les récents évènements de la mosquée de Genève démontrent que le bailleur de fonds intervient dans la gestion de la mosquée, voire dans la vie privée de son directeur lorsqu'il ne l'estime pas conforme à la chariah.

    Monsieur Erdogan, actuel Premier ministre, en 1997, alors qu'il était maire d'Istanbul et leader d'un parti islamiste se disant modéré avait prononcé publiquement ces mots du poète ultra turc Ziya Gökalp:

    "La démocratie n'est que le tramway dans lequel nous montons jusqu'à ce que nous soyons arrivés à notre destination. Les mosquées sont nos casernes, les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les croyants nos soldats."

    Ajoutons que les minarets ne sont nullement nécessaires ou même utiles à l'exercice du culte et, partant, ne sont pas protégés par la liberté cultuelle, et que les Musulmans de Suisse disent ne pas y tenir (comme par exemple Farhad Afshar, président de la Coordination des organisations islamiques de Suisse).

    Il n'est donc pas possible de réduire ce débat à une simple question de liberté religieuse. C'est chose bien plus complexe, impliquant des données très variées et multiples.

    Je termine en précisant que je ne suis pas personnellement très favorable à cette initiative. Elle a simplement le mérite d'exister et de proposer une solution permettant d'éviter de futures passions locales et l'ingérence d'Etats étrangers, souvent peu ou pas respectueux sur leur territoire du droit des minorités religieuses, tenant à ériger dans nos villes un symbole fort de leur action financière. D'autres solutions sont peut-être possibles pour prévenir ces maux, mais les opposants à l'initiative n'en évoquent aucune...

  • Cette initiative, quand bien même elle nous vaudra une nouvelle fois les commentaires sans appel des "beaux esprits" et des poseurs moraux tant suisses qu'étrangers, est indispensable.

    Comment ne pas voir que face à un Occident naïf, croyant benoîtement en la "fin de l'Histoire", veule au possible et comme fatigué de ses libertés, l'Islam pousse ses pions sans guère de résistance ?

    Au plus tard lorsqu'on apprend que la piscine du vénérable Collège St-Michel est réservée à raison d’un dimanche par mois au bain des femmes musulmanes (leur religion ne les autorisant paraît-il pas à se baigner avec les hommes), on comprend que quelque chose ne va pas. On voudrait bien penser aux odalisques chères à Ingres, mais compte tenu du nombre très restreint de piscines en terre fribourgeoise et compte tenu du fait que la pratique de la baignade n'a rien de strictement indispensable, on est obligé de conclure à un acte d'impérialisme religieux.

    Les réactions virulentes venues de toutes les latitudes du monde musulman lorsque La Liberté s'est mis en tête d'éclairer ce cas traité jusque-là en toute discrétion par une Directrice de l'Instruction au « C » de PDC bien faiblard démontrent à l'envi qu'il retourne bien plus du combat religieux que de l'hygiène.
    Espérons que la vue sur la tour de St-Nicolas, qui a le mauvais goût de se situer presque dans l'axe de la Mecque, ne dérange pas trop ces dames.

    Comme prise d’un vague remord à l’idée d’avoir fait se retourner dans sa tombe St Pierre Canisius, ladite Directrice n’avait guère essayé de défendre sa traîtrise (quel autre mot utiliser ?) par le discours habituel sur le « vivre ensemble » - il est vrai bien mal réalisé dans le cas d’espèce. Soyons sûrs que les idiots utiles de l’islamisme ne manqueront pas, eux, d’y recourir dans le cas des minarets.

  • Comme président de l'Association suisse pour la laïcité, j'avais bien l'intention de réagir à l'article de M. Decaillet, mais il m'a semblé intéressant avant cela de voir quels commentaires apparaîtraient sur le sujet.

    Eh bien je suis servi !

    Désolé, mais en matière de laïcité, ces réactions prouvent qu'on est dans la confusion la plus totale, et au risque de passer pour un membre de "l'olgarchie instruite" de ce pays- au passage, merci de nous dire quand on voudra nous faire taire, ce qui nous ramènera pour le coup à une situation à la saoudienne... - je souhaiterais poser aussi clairement que possible quelques-uns des principes laïques qui sont visiblement ignorés ici.

    1. La laïcité n'est pas l'irréigion : on peut donc être laïque et croyant. Un Etat laïque est inifférent et incompétent en matière de morales, il est donc tout aussi indifférent à l'athéisme qu'aux religions, et ne s'occupe que de droit, laissant chacun assumer ses différences dans sa sphère privée - à condition qu'il respecte nos lois. Se fondant sur la liberté de conscience, seule liberté qui soit absolue, les laïques (terminaison -ïque au masculin, et non "laïcs", terme désignant les auxiliaires des Eglises non consacrés) défendent donc aussi bien le droit de croire que celui de ne pas croire ou celui de changer d'avis.

    2. Par conséquent, appliquant le principe juridique d'égalité qui doit valoir pour tous, donc pour toutes les confessions et non seulement pour quelques-unes, notre association s'est prononcée nettement contre l'initiative UDC, laquelle, même si elle a "l'avantage de poser le débat" - mais avait-on besoin de cela pour débattre ... - est discriminatoire envers les musulmans.

    3. Notre association, pour les mêmes raisons, s'est prononcée en 2003 pour l'abrogation de l'article constitutionnel sur les évêchés, qui obligeait les seuls catholiques à demander l'autorisation de la Confédération pour ériger ces évêchés, article également discriminatoire, mais là pour les catholiques.

    4. L'argument selon lequel il faudrait attendre que l'Arabie Saoudite ou le Soudan autorisent les églises sur leur territoire avant d'autoriser les minarets sur le nôtre me paraît d'une mauvaise foi torpide : je suis très heureux que nous n'ayons pas attendu que la Birmanie devienne démocratique pour le devenir nous-mêmes... Et s'il est indiscutable que "le peuple suisse doit rester maître chez lui", alors qu'il décide sans se caler sur on ne sait quel Etat étranger. Bref, c'est totalement hors sujet.

    J'ajoute, juste pour le plaisir de fâcher le monde, que cette argumentation marche dans les deux sens : à propos du vote des femmes, dont on conviendra qu'il est un épisode capital vers l'égalité démocratique, rappelons qu’il leur a été accordé par la Turquie en 1934 ; par l’Albanie en 1946 ; par la Syrie en 1963 ; par le Pakistan en 1954 ; par l’Egypte en 1956 ; par la Mauritanie en 1961 ; par l’Algérie en 1962 ; par l’Afghanistan, l’Iran et le Maroc en 1963 ; par le Soudan en 1964 ; par l’ancien Yémen du Sud en 1967 ; par l’ancien Yémen du Nord en 1970. Ces Etats de coutume musulmane auraient-ils dû attendre la Suisse, qui l’a accordé à ses citoyennes en 1971 seulement ? En dépit des régressions récentes de l'islamisme, peut-être ferions-nous bien d'être plus modestes en ce qui nous concerne...

    5. A ma connaissance, les minarets demandés par certains musulmans en Suisse ne comportent pas d'appels sonores de muezzins (à moins qu'il ne s'agisse du muezzin malgré lui). Il faudra vérifier.

    6. Le plus grave : ne confondons pas islam et islamisme ! Vos commentaires prennent tous les musulmans comme un bloc, ce qui est outrageusement faux. Que dirions-nous de ceux qui prendraient tous les chrétiens comme un bloc homogène ? D'abord, qui a voyagé sait qu'il existe une multitude d'islams, et tous sont loin d'être convergents (voir le Darfour), tout comme les christianismes, en somme (voir la Saint-Barthélémy ou l'Inquisition, curieusement absentes des programmes d'enseignement religieux de l'Enseignement biblique romand...).

    Ensuite, les islamistes ne forment qu'une infime fraction de l'islam. Ils sont dangereux, pour les musulmans d'abord. Pour des raisons qu'on ignore, les médias ne voient qu'eux. Un problème avec l'islam ? Vite on convoque les frères Ramadan ou M. Ouardiri. Que dirions-nous si un journal soucieux de se renseigner de façon critique sur le communisme ne donnait la parole qu'aux staliniens ? C'est pourtant bien ce qui arrive. Et nous l'acceptons. Or l'immense majorité des musulmans sont non seulement accessibles à la discussion (le minaret n'est pas nécessaire à une mosquée, et n'existe pas dans certains Etats de coutume musulmane...), mais capables de tolérance.

    Il faut donc combattre les islamistes sans états d'âme, et ne pas céder par exemple à leurs demandes de piscines à séparation des sexes comme on en voit dans les cantons suisses non laïques, ce qui est bien dommage pour eux...Quant à nous, nous le faisons dans l'indifférence à peu près générale depuis longtemps. Mais rejeter en bloc tous les musulmans du côté des islamistes, c'est renforcer ces derniers. Est-il si difficile de le voir ?

    Intégrer les musulmans - qui du reste dans notre pays sont pour la plupart bien intégrés, nous ne sommes pas en France - c'est les traiter comme les autres groupes, c'est-à-dire sans privilèges ni discriminations. Quant à ceux qui sont nos concitoyens, nous n'avons pas à les "intégrer" : nous partageons le même statut.

    7. L'argument de "notre civilisation", répétés par divers perroquets lobotomisés, relève de l'ignorance la plus crasse. Notre civilisation ne repose pas exclusivement sur le christianisme, qui lui-même est une construction complexe procédant des civilisations antérieures grecque et romaine ( l'invention de la démocratie ne vient certainement pas du Vatican). Même s'il est indéniable que les religions chrétiennes appartiennent à notre histoire, et même s'il est vrai que nos sociétés sécularisées et culpabilisées peuvent donner l'impresion de manifester plus d'intérêt pour les autres civilisations que pour la nôtre, qui pourtant vaut d'être défendue hardiment, peut-on dire pour autant que tout repose sur le fameux "socle chrétien" dont on nous rebat sans cesse les oreilles ? Outre les civilisations antiques, nous sommes héritiers des Lumières, de la sédentarisation néolithique (riez si vous voulez, mais c'est depuis cette époque que nos belle vaches laitières sont des OGM puisqu'elles résultent de croisements...), du progrès scientifique et technique qui fait que notre espérance de vie est double de celle de nos ancêtres du début du XIXème siècle - il a d'ailleurs fallu se battre contre les Eglises pour défendre l'approche rationnelle et scientifique de l'humanité, rappelez-vous Galilée et Darwin - et même du climat tempéré dont nous profitons depuis des siècles. Tout réduire aux seuls christianismes est donc tout aussi abusif que de vouloir les ignorer.

    8. Méfions-nous du terme "culture". C'est un sac dans lequel on met tout et n'importe quoi. Dans son anthropologique, le terme désigne toutes les façons d'être les plus diverses (la culture polynésienne etc.), y compris des coutumes archaïques comme l'excision ou les mariages forcés ou plus généralement les inégalités entre hommes et femmes, qui se trouvent revêtues dès lors d'on ne sait quelle improbable dignité.

    La culture, ce n'est ni la cuisine locale, ni les pieds nickelés, ni le sushi, ni les vaches d'Hérens, ni la salsa, ni l'infaillibiité papale, ni la viande séchée des Grisons (dont 75% est importé d'Argentine, bonjour le "goût de terroir"...) : c'est Mozart, Angkor, Venise, Flaubert, l'Habeas Corpus, Fra Angelico, Gizeh, Pasteur, Alexander Fleming. En un mot, la liste interminable de tout ce qui est humain et qui nous élève vers la conscience et la dignité de nous-mêmes, vers plus de liberté, de concorde et de bonheur commun, d'ou que nous venions, tout simplement comme humains. Et c'est aussi Pascal Decaillet, avec qui je ne suis pas toujours d'accord, - mais je mourrai pour qu'il puisse continuer de s'exprimer librement -, comme disait l'autre, Pascal Decaillet qui en ce domaine tranche heureusement sur tant de ses collègues.

    9. Vous voulez connaître et défendre la laïcité en Suisse ?

    Fort bien : rejoignez donc notre association (www.laicite.ch). Les croyants y sont bienvenus, et d'ailleurs on ne leur demandera même pas quelles sont leurs convictions religieuses, car justement nous sommes laïques. Il suffit d'être d'accord avec nos principes.

    Si vous ne voulez pas vous compromettre jusque là, vous pouvez toujours manifester votre désaccord avec les mesures discriminatoires - les piscines séparées, par exemple - que prennent certains politiciens, de tous bords, pour se faire des voix du côté des pasteurs sociaux-démocrates mous du genou (je précise que je suis pourtant de gauche, mais une certaine gauche me révulse, du reste c'est pas grave, il ne s'agit que de moi) et des boys scouts multiculturalistes.

    Rien ne vous empêche de défendre tous ceux qui flagellent notre civilisation et notre histoire en méconnaissance de cause, et au fond au nom d'une vanité macératoire qui est encore bien pire que le racisme. Vivent donc Périclès, Martin Luther King, Voltaire, Churchill, Jaurès, Aung San Suu Kyi, et vivent nos compatriotes Benjamin Constant, Henri Dufour, Friedrich Durrenmatt, Alexandre Yersin et tant d'autres, avec un premier accessit aux constitutionnalistes néo-kantiens qui ont été assez gonflés pour mettre sur pied au XIXème un pays regroupant quatre langues, plus de vingt cantons, ayant intégré et continuant à intégrer des gens venus de partout depuis des siècles : nous ne sommes pas toujours à la hauteur de leur audace, reconnaissons-le.

    Vous pouvez travailler à rendre laïques les cantons qui ne le sont pas, en défendant la liberté d'expression - et donc d'abord celle de vos adversaires s'il vous plaît -, en demandant la séparation des Eglises et des Etats, en oeuvrant pour supprimer l'impôt ecclésiastique antidémocratique que perçoivent les cantons à Eglises reconnues, impôt en vertu duquel les athées, les indifférents et les membres de confessions non reconnues doivent financer les seules Eglises chrétiennes, comme s'il s'agissait de services publics alors qu'elles ne servent, contrairement aux services publics, qu'une fraction de la population.

    En défendant nos institutions commune de citoyens contre l'emprise commercialiste et expertocratique - par exemple en préservant l'école publique des réformes pédagogistes stupides qui la détruisent à petit feu.

    Et surtout en vous documentant sur l'histoire politique de nos nations, ce qui vous évitera de dire n'importe quoi au sujet de la laïcité.

    D'avance merci.




    En conclusion, combattons les islamistes, et non l'islam. Combattons les bonnes âmes multiculturalistes toujours promptes à discréditer notre histoire et notre civilisationInstaurons la laïcité dans nos cantons non laïques

  • Depuis la séparation des pouvoirs entre l'Eglise et l'Etat les cloches continuent de sonner. Mettre un terme à ce vacarme ce serait une excellente chose. Pour la paix des réligions. Pour le sommeil.

  • Monsieur,
    Vous prétendez qu'une initiative ... est stupide et scélérate. On devine que vous n'êtes expert ni en sociologie, ni en théologie, ni en histoire, ni en politique, ni en rien du tout probablement. En tout cas pas en français !
    Je vous suggère de réfléchir sérieusement au sens des mots que vous utilisez (et de réviser votre syntaxe). Peut-être serez vous capable par la suite de mettre en avant un raisonnement digne de ce nom; un raisonnement intéressant qui dépasse intellectuellement l'initiative que vous critiquez. Pour le moment votre commentaire s'inscrit dans la logique de la presse romande qui sert naïvement les intérêts de la force politique qu'elle veut combattre. En résumé, je vous saurai gré d'élever un peu le débat au lieu d'attirer l'attention avec des titres provocateurs suivis de vos commentaires dépourvus d'intérêt.

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