ADN: la nausée

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Édito Lausanne FM – 05.11.07 – 07.50h


Adolescent, j’étais fasciné, avec beaucoup de mes camarades et grâce à un prof de biologie hors normes, par la double hélice de l’ADN, Watson et Crick, jeunes et brillants Prix Nobel 1953. Ce même Watson, au demeurant, qui vient de tenir, sur les Africains, des propos pour le moins étonnants.

L’ADN, les chromosomes, le bagage génétique, il y a là, bien sûr, de quoi émerveiller la pensée. Nous sommes dans l’intime de l’intime, la structure profonde d’un être humain, ce qui le constitue, matériellement.

D’où ma nausée – je pèse les mots – face à ce qu’on pourrait appeler « le grand retour de l’ADN », non plus dans l’ordre de la science, ni même dans celui de la police scientifique ou de la justice, mais, cette fois, dans celui de la récup politicarde d’étage zéro. En France avec Sarkozy, en Suisse avec une motion UDC dont nous avons appris l’existence hier, voici que le recours à l’ADN se banalise comme feuille d’automne, à tous les vents jetée, pour un rien.

L’UDC, c’est un conseiller national zurichois, Alfred Heer. Il veut rendre le test ADN obligatoire pour le regroupement familial de certains étrangers. L’ADN. C’est-à-dire une intrusion dans le corps, dans l’intime, la sphère la plus personnelle. Il faut le dire, la banalisation de cette pratique relève de l’inacceptable.

Et puis, quelle étrange conception de la filiation ! Le lien de paternité, ou de maternité, que je sache, n’est pas toujours régi par la loi du sang. Il y a, par exemple, des adoptions, des reprises d’enfants orphelins par de tierces personnes. Et le lien, dans ces cas-là, serait-il moindre que celui qui procède des chromosomes ?

Surtout, voilà qu’on va chercher une technique de pointe d’identification des humains, utile dans la lutte contre certaines formes de criminalité, pour en faire un acte de tous les jours, banal. Il y a là une surexposition de la loi du sang qui, pardonnez-moi de le dire, rappelle d’autres époques, qu’on croyait révolues.

Il fut un temps, oui, pas si lointain, où on allait chercher les gens pour connaître certaines caractéristiques de leur mère, de leur grand-mère. C’était l’époque où l’immonde s’amusait à tutoyer la généalogie. L’UDC, premier parti du pays, gouvernemental et responsable, aurait tout à gagner, très vite, à prendre ses distances face à certains apprentis-sorciers, dans ses rangs. Tout comme elle aurait dû, sans ambiguïté, se démarquer, ce printemps, à Genève, des auteurs d’une affiche sur les « Pacsés inféconds ». Tout le monde y gagnerait : l’UDC en crédit, la politique suisse en salubrité.

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Commentaires

  • Constat européen 13 pays ont adopté des tests ADN pour les candidats au regroupement familial. Pourquoi pas la Suisse ? Ce sont toujours les mêmes qui prônent l'adhésion à l'Union Européenne qui refusent des lois Européennes...c'est pas bizzare comme attitude...?
    Croyez-vous que ce sont les familles qui ont adoptés des enfants qui vont solliciter le regroupement familial ??? Alons donc, Monsieur, plus de retenue et réflexion sont nécessaires....vraiment....

  • Les tests génétiques peuvent déjà être utilisés dans le cadre d'une procédure administrative - comme celle conduisant à l'octroi d'un permis de séjour - si la filiation ou l'identité "fait l'objet de doutes fondés qui ne peuvent être levés d'une autre manière" et avec le consentement écrit de la personne concernée. C'est l'article 33 de la loi fédérale sur l'analyse génétique humaine que le Parlement a adopté le 8 octobre 2004 sans l'ombre d'un débat au plénum... ! Il est donc aussi faux d'affirmer que les tests ADN n'existent pas aussi que de prétendre que l'UDC récupérerait la proposition "Mariani" faite en France (la loi française récemment votée étant encore plus restrictive que la loi suisse encore en vigueur). Voilà pour les faits. Sur le fond, je partage entièrement l'avis de M. Décaillet sur le fait que la filiation ne repose pas uniquement sur la génétique. Entre Arche de Noé, procréation médicalement assistée et tests génétiques, il y a là un vrai débat de société à mener!

  • Monsieur Décaillet, votre réflexion devrait logiquement vous conduire à considérer l'UDC comme un parti d'extrême-droite, qui mène une politique d'extrême-droite, avec des méthodes d'extrême-droite. Car M. Heer, qui par bonheur vous dégoûte, n'est ni un apprenti-sorcier, ni un trublion, ni un marginal au sein de son parti. C'est un pur produit de l'UDC zurichoise, proche des idéologues, des stratèges et des mécènes qui ont fait le succès national du parti de M. Blocher. Sa "provocation" est certainement voulue et préparée, a été probablement acceptée par le parti dont elle fait partie de la stratégie et, il n'y a guère de doute à ce sujet, tous ses élus, prétendus agrariens vaudois inclus (quoiqu'en dise M. Parmelin, qui se garde bien de la condamner), l'accepteront sans broncher.
    Chaque nouvelle proposition de l'UDC est une menace supplémentaire pour notre démocratie et nos libertés. Et chaque absence de réaction, notamment de la part de ses alliés radicaux et libéraux, la poussera à aller plus loin.

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