L'épître aux pourceaux

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Édito Lausanne FM – Mercredi 07.11.07 – 07.50h

Faire baisser les impôts, défendre l’indépendance de la Suisse face à l’Union européenne, exclure les délinquants étrangers. C’était, présenté hier par son chef de groupe aux Chambres fédérales, le Bâlois Caspar Baader, le programme de législature de l’UDC, pour les quatre ans qui viennent.

Caspar Baader avait pris soin, pour l’occasion, de s’accompagner du Jurassien Dominique Baettig, un homme haut en couleurs dont on n’a pas fini de parler, le spadassin qui a réussi l’exploit d’arracher à la vieille démocratie chrétienne son siège historique, au National. Au pays des évêques de Bâle, installés à Porrentruy ! Le signal, hier, était tout, sauf gratuit : on imagine Agamemnon, tenant conférence de presse au lendemain de la chute de Troie, pour présenter un certain Ulysse, roi d’Ithaque, l’homme de la ruse du cheval, l’homme de la victoire. L’UDC sait mettre en avant ceux qui remportent des victoires.

La fiscalité, l’Europe, les étrangers. On pensera ce qu’on voudra de ce triptyque, mais il est simple et clair. Tout le monde le retiendra. Voilà donc un groupe parlementaire qui arrive à Berne, pour quatre ans, avec une stratégie, des priorités, l’art de les exposer de façon précise et accessible à tous. Je défie tout auditeur, toute auditrice, en cet instant même, de me donner les trois priorités des radicaux, ou des socialistes ! Oh, je vois déjà le délicieux et cultivé Fulvio Pelli me rétorquer qu’en politique, tout est toujours compliqué, que nous sommes en train de tuer cette mandarine et nuancée dimension du complexe et du convexe, qu’on ne peut pas tout résumer en trois mots.

Eh bien, Monsieur Pelli a tort. Comme il a eu tort, sur toute la ligne, dans sa campagne, en matière de communication. Bien sûr que les dossiers sont complexes. Mais le rôle d’un politique, ça n’est pas de jeter aux pourceaux quelque archaïque grammaire, histoire de leur montrer combien ils sont pourceaux, et combien il faut admirer l’élite de maîtriser tout ce charivari.

Non. Le rôle d’un politique, c’est de traduire la complexité en têtes de page, en priorités. Un politique, ça n’est pas un expert gorgé de chiffres, ça doit déjà être un médiateur. Cela fait partie de son job, de son mandat, de son lien privilégié avec l’électeur. Reprenons le triptyque de l’UDC : baisser les impôts, se montrer plus dur face à la délinquance étrangère, défendre l’indépendance du pays face à l’Union européenne. Quoi qu’on en pense, voilà qui est clair. Et qui, manifestement, à en juger par les 220.000 signatures déjà recueillies par une certaine initiative, ou par le vote des Suisses quand on les consulte sur l’adhésion à l’Europe de Bruxelles, colle parfaitement aux préoccupations des gens. Les grincheux, les perdants, les complexes et les convexes, appellent cela, avec un arrogant mépris, du populisme.

Non. Cela s’appelle, simplement du professionnalisme. La force de l’UDC, c’est qu’elle a des années d’avance dans la manière de concevoir le libellé d’un message politique. On peut, de l’Aventin, passer son temps à le regretter, comme on pleure les lampes à huile, ou la vapeur. On ferait mieux, du côté des autres partis, de se remettre un peu en cause. Dégager des priorités claires, apprendre à les communiquer, parler aux gens un langage qu’ils puissent comprendre, c’est, après tout, le moins qu’on puisse attendre des élus du peuple. Car, s’ils sont élus, ils sont aussi, et avant tout, le peuple.

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Commentaires

  • Il y eu, en matière de communication politique, un précédent: un certain Adolf. Slogans clairs, messages aisément assimilable, formules chocs... Et comme souvent, derrière, idées courtes. Tant il est vrai que les valeurs d'exclusions n'ont pas nécessairement besoin d'un long discours ou d'un développement. En revanche, allez, en deux lignes, résumer ce qui se dissimule dans l'altruisme, la générosité, le partage. Bref, allez expliquez en quoi le respect de l'autre est un acquis pour soi-même...

  • Mon cher ZORG c'est simple, celui qui ne respecte pas autrui ne se respecte pas lui-même.

    Vous voyez c'est très compliqué!

    Permettez-moi d'y ajouter que la tolérance devient rapidement un salmigondis indigeste si elle n'est pas précédée par LE RESPECT.

    Le respect c'est la pateforme sur laquelle tout repose.

    Le respect est la forme exprimée de l'éthique qui est une règle comportementale.

    En clair sans téhique et sans respect aucun dialogue n'a de sens car ce ne sont que des monologues qui se croisent sans échange.

    Si la droite n'était un ventre mou, amortisseurs des excès des autres, peut-être bien que ce pays serait encore animé par une force de propositions

    malheureusement, le centre préfère le compromis au concensus.
    C'est une choix, perilleux, mais c'est celui des Pelli, Ruey et autres rêveurs, qui croient naïvement que tout le monde il est beau, tout le monde il es gentil.

    Le monde st tel qu'il et non pas tel qu'on voudrait qu'il soit. la conséquence de ce constat conduit forcément à agir avec le monde dans lequel nous sommes et non pas dans celui où on rêverait d'être!.

    De ce point de vue, il ne fait aucun doute, même si cela me désole un peu, l'UDC est, comme l'explique Monsieur Decaillet, un PRO de la politique. Il faut savoir l'admettre et le reconnaître au lieu de villipender ceux qui adhèrent à ses thèses!

    C'est en cela que la socialistes sont totalement largués. Ils ne voient que le dogme. or le dogme est source de régression non pas de progrès¨

    Les faits, rien que les faits!

    De ce point de vue, les Verts sont l'UDC du centre gauche.

    Ils actionnent les peurs (climats, rechauffement, etc, etc) pour asseoir leur vision politique qui n'est, en fait rien d'autre qu'une réactualisation du rêve marxiste, le collectivisme.

    La preuve que les peurs sur lesquelles ce parti s'appuie sont les bonnes c'est qu'aux côtés de l'UDC c'est la seule force politique en progression constante!

    CQFD!

    Permettez-moi de me mettre à table, mon menu épautre et boursault!

    Cordialement,
    Post Lux Tenebras

  • Ah, mais! C'est qu'il existe des écolos de droite, qui n'ont rien de marxistes. Cela dit, la peur reste une valeur sûre en politique. Comme un bon tartare en matière de gastronomie.
    Bien à vous, PLT

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