Chez ces gens-là, Monsieur...

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Édito Lausanne FM – Jeudi 22.11.07 – 07.50h



Un chef de l’armée qui se fourvoie dans une étrange affaire de livre promotionnel, un chef des Forces terrestres relevé abruptement de ses fonctions, une armée dont plus grand monde ne sait exactement à quoi elle sert, un ministre de la Défense régulièrement vilipendé, en public, et avec force goguenardise, par les membres de son propre parti, il y a malaise au sein de la Grande Muette. A trois semaines de la réélection du Conseil fédéral, tout cela procède-t-il du hasard ?

Tout cela, en tout cas, projette sur la scène un homme qui aurait plutôt rêvé de passer les trois prochaines semaines, jusqu’au 12 décembre, sur la pointe des pieds, dans l’obscurité des coulisses, derrière le rideau. Histoire de se faire réélire entre les gouttes, en comptant sur le jeu des automatismes, de la tradition, de ce qu’il reste de respect entre partis gouvernementaux, entre deux exécutions.

Samuel Schmid est un homme de valeur. Un homme droit, compétent, un UDC de la vieille tradition agrarienne, celle du Seeland bernois en l’occurrence, n’ayant rien à voir avec la tendance de Christoph Blocher. Un UDC style Minger, le mythique fondateur du parti, il y aura bientôt 90 ans, ou encore style Ogi. Le problème, c’est qu’il est devenu un Mohican. Le dernier de tous. La victoire de Blocher, au sein du parti, est à ce point totale, que la bonne vieille tradition bernoise, ou vaudoise PAI, n’y représente plus rien.

Dans ces conditions, si l’élection du 12 décembre obéissait à une logique, il ne faudrait pas réélire Samuel Schmid. Il faudrait, en conformité avec le vote du peuple, deux UDC tendance Blocher. Ou alors, il faudrait que Samuel Schmid quitte son parti, et accepte l’exil politique des radicaux ou du PDC. Mais il ne le fera jamais. Il l’aime trop, ce parti de Minger, authentiquement centriste aux origines, là où ce mot, maintenant, jusque dans l’étiquette, apparaît aussi déplacé que ridicule.

La question du maintien de Samuel Schmid au Conseil fédéral se pose donc, bel et bien. Les 246 grands électeurs du 12 décembre oseront-ils bousculer les choses ? Rien n’est moins sûr. Pour avoir commenté en direct, sur place, dans les Pas perdus, tant d’élections du Conseil fédéral, ce mode de scrutin indirect plus proche des usages du Saint-Empire que d’une démocratie moderne, je puis témoigner d’une chose : c’est un exercice d’équilibrisme où tu dois ménager l’un pour que l’autre te ménage, où l’ordre de passage est capital, où le sérail assure ses prébendes pour quatre ans.

Ce mode désuet, plutôt révélateur des petites bassesses du Parlement, et ses combinazione, pourrait bien, une fois de plus, assurer la réélection de Samuel Schmid. C’est que, chez ces gens-là, Monsieur, comme dans l’armée suisse, ce qu’on affectionne par-dessus tout, ce sont les petits enjeux, et les petites querelles, de la petite guerre.


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