Burkhalter le conquérant

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Édito Lausanne FM – Lundi 14.01.08 – 07.50h



Il s’appelle Didier Burkhalter, il est conseiller aux Etats du canton de Neuchâtel, radical, c’est un homme apprécié, compétent et courtois. Pourtant, il vient de commettre, vendredi, dans les pages Opinions du Temps, l’une de ces amphigouriques aberrations dont l’actuelle direction de sa formation semble raffoler. Il déclare : « Je suis de l’avis qu’un parti ne devrait pas avoir pour but premier de gagner des électeurs à tout prix ».

Diable. Je commence à comprendre. La voilà donc, la subtile, la colossale finesse des éléphants du grand vieux parti. La quintessence des tortueux contours de la pensée fulvio-pellienne, densifiée en quelques syllabes par l’un des chouchous des journalistes parlementaires, des gens du sérail, de ceux qui hantent le Palais fédéral, depuis tant d’années, sans en trouver la sortie.

La phrase de Monsieur Burkhalter me fait penser à ces responsables d’émissions que personne ne regarde ou n’écoute, et surtout dont personne ne parle, et qui nous disent : « Surtout pas de course à l’audience ! ». Sur le fond, ils n’ont peut-être pas tort. Mais est-ce à eux de le dire ? Ne seraient-ils pas plus crédibles s’ils avaient, au moins, donné la preuve par l’acte qu’ils savent parler aux gens, conquérir quelques auditeurs ou spectateurs ?

Venir d’un parti qui n’a pas franchement brillé dans ces élections fédérales, qui a totalement raté sa communication (alors qu’il aurait de vitales idées d’avenir à faire passer), et venir prôner la relative importance de la conquête des électeurs, voilà qui est assez plaisant. Monsieur Burkhalter est certes un homme de valeur, il m’arrive souvent de l’écouter sur les ondes. Et, tout aussi souvent, de ne saisir qu’à moitié la clarté de son message. C’est sans doute sa recette très secrète pour gagner.

Gagner devant qui ? La seule ambition, apparemment, de Monsieur Burkhlater, c’est de s’imposer un jour, sans trop tarder, devant ses 245 collègues de l’Assemblée fédérale. Entre initiés, devenir un jour l’élu. Pour cela, en effet, point trop besoin de l’appétit de conquête des cœurs et des âmes du grand public. On fait de la politique entre soi, dans le sérail, comme sous la Quatrième République, dans le seul enclos parlementaire, qui est à la fois chambre d’échos, galerie des glaces et antichambre des ambitions. Avec de tels meneurs, je souhaite bonne chance à ce grand vieux parti qui, faute d’être encore grand, ne semble plus compter que sur quelques zestes de prudente vieillesse pour nous conquérir et nous séduire.


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