La fiscalité n'est pas un cadeau

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Édito Lausanne FM - Mercredi 16.01.08 – 07.50h



« Cadeau fiscal » : c’est l’expression traditionnellement employée par ceux qui combattent les baisses d’impôts. « Cadeau fiscal pour les riches », « cadeau fiscal pour les plus favorisés », « cadeau fiscal pour les nababs » : on a l’impression, à chaque fois, de voir émerger dans notre imaginaire toute une oligarchie censitaire, nantie, ouatée, protégée des torpeurs de l’existence par des liasses de dollars, jusqu’aux oreilles.

« Cadeau fiscal » : l’expression revient dans la grande bataille fédérale qui se joue autour de la votation du 24 février prochain sur la réforme de l’imposition des entreprises. « Cadeau fiscal » : la gauche genevoise, déjà, ressort l’incantation de ces deux mots magiques face au projet de l’Entente (libéraux, radicaux et PDC) de faire baisser de 34 à 30% le plafond de l’imposition sur le revenu. 30%, ça veut tout de même dire près de quatre mois par an de travail pour les impôts. Mais la gauche continue de parler de cadeau fiscal.

Cette expression est étrange, et contredit un principe républicain majeur. Car enfin, jusqu’à nouvel ordre, et nous le savons tous pour payer régulièrement nos impôts, le premier « cadeau », le premier de tous, le premier don, le premier transfert d’argent, c’est tout de même celui du contribuable à l’Etat. Cet argent, que nous ne serions pas fâchés de garder pour nous, pour notre patrimoine, nos familles, nous le transférons à l’Etat.

Nous le faisons certes pour d’excellentes raisons, que nul de raisonnable ne conteste : assurer un Etat fort, au service de tous, avoir une bonne sécurité publique, de bons hôpitaux, de bonnes écoles, de bonnes routes, de bons transports publics. Aider, aussi, les plus défavorisés, ceux qui sont restés sur le bord du chemin.

Mais enfin, cette idée de « cadeau » postule que la norme serait de ponctionner à mort, au maximum, le brave contribuable, le presser comme une vache à lait. Et que l’exception, condamnable, serait de le presser un peu moins. C’est, ma foi, une bien étrange conception du champ républicain. Où l’Etat serait tout, la norme première, le précédent de toutes les existences. Comme une machine à Tinguely, nourrie de son propre mouvement. Et où l’individu n’aurait de sens que pour en engraisser les rouages. Cette conception oublie que l’argent de l’Etat, c’est notre argent à nous, celui de notre sueur, de notre effort, de notre travail. Que nous lui transférons, certes pour de bonnes raisons. Il faudrait peut-être, de temps à autre, que nos autorités financières, nos baillis fiscaux, nos fermiers généraux, aient l’élémentaire courtoisie de s’en souvenir. Au besoin, nous le lui rappellerons.

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Commentaires

  • J'ai eu mon premier gamin cet automne et j'ai comme eu l'impression que le premier transfert d'argent, le premier don c'est bien l'état qui l'a donné à mon gamin et pas l'inverse...

    D'autre part, si je gagne ma vie maintenant c'est bien parce que l'état à mis en place des structures pour pouvoir me former. Je ne partage donc pas votre affirmation et jusqu'à nouvel ordre, le premier don vient de nos parents et de l'Etat. C'est bien plus tard que l'on fait notre premier transfert d'argent.

  • Vous éludez discrètement l'élément central de la contestation des baisses d'impôt par les milieux de gauche : ces baisses profitent essentiellement à ceux disposant d'une situtation financière très confortable. Remarquez, c'est normal, c'est les mêmes personnes qui financent les partis proposant ces baisses.

  • Cher Pascal Decaillet, vous parler de "c’est notre argent à nous, celui de notre sueur, de notre effort, de notre travail" . Justement c'est celui là qu'on aimerais pouvoir garder un peu plus et que celui qui n'est pas gagné à la sueur d'un front .. comme les gains en bourse par exemple soient eux plus taxés. C'est ce que veux la gauche, car n'oublions pas que les chers actionnaires gagnent de l'argent avec la sueur du front des travailleurs (et non du leur). Et ce sont ces même employés qui aimeraient bien qu'on les pressent un peu moins ! Cher Pascal Decaillet, vous avez cette fois, tapé à côté de la cible.

  • Merci à Dji pou son excellent commentaire. Le terme de cadeau est tout è fait aproprié quand on parle de la réforme de l'imposition des enterprises II. Une baisse d'impôt inutile sera accordée à un infime minorité (estimée au maximum à 1% de la population, selon economiesuisse), sans que cela n'ait le moindre effet positif sur la croissance et l'emploi (c'est la NZZ, quotidient proche des milieux économique, qui l'affirme). En outre, cette baisse ne profitera qu'aux quelques patrons d'entreprises faisant déjà des bénéfices et la majorité des PME n'en verra pas la couleur. Si ça ce n'est pas un "cadeau"...

    Quoi qu'il en soit, si c'est le terme "cadeau" qui vous tarabuste, n'hésitez pas à le remplacer par "baisse d'impôt inutile accordée à quelques privilégiés aux dépens du reste des contribuables et de l'AVS". C'est plus long, mais c'est plus précis.

  • Mr Schwaab pourrait il nous expliquer en quoi cette baisse d'impôt se ferait aux dépens du reste des contribuables et en particuliers de l'AVS ?

    Je crois (peut-être naïvement) que l'AVS est financé par les cotisations et que sont immense capital fructifie notamment grâce aux dividendes perçues sur ses investissements ? Alors moins d'impôt sur les dividendes ne serait il pas plutôt favorable a la santé de l'AVS ?

    AF


  • Payer des impôts est inutile. Naturellement faux. Pourquoi ?
    Notre destin, n'est pas d'entretenir ni un Etat et ce qui va avec, les fonctionnaires, les assistés, etc.
    Toute taxe est illégale.Regardez aux USA, l'impôt sur le revenu, est illégal, sans aucun fondement juridique.
    L'etat est illégal, la société est illégale, la famille c'est naturel, nous en avons tous une.
    La République est le système qui a remplacé le Royaume, mais sans pour autant éliminer les impôts.
    La Liberté, motto des vaudois "Liberté et Patrie"...ou est-elle ?
    A quoi ca sert un état, quand on veut dissoudre son Armée, les soldats, interdire le SVP-UDC, multiplier les endroits comme Artamis, le Rhino...?

    "Cadeau Fiscal"...quel belle notion. C'est oublier que personne n'est obligé de payer des impôts. C'est bien le con-tribuable, qui fait des cadeaux fiscaux à cet Etat de Genève, qui nous a endettés de 12 milliards et qui se mocque, ne sait pas gérér les deniers publics, alors boycottons l'Etat, arrêtons de payer les impôts.

  • Bon, brutalement, le niveau des commentaires à chuté, merci Victor.

    Vous vous exprimez, maladroitement, et comme vous semblez tellement haïr toute forme de solidarité que représente (encore) l'Etat, je vous invite à ne plus payer vos impôt, vous pourrez alors vous prétendre martyr de la cause glorieuse "Toute taxe est illégale" !

    Allez-y boycotter l'Etat, et aller astiquer votre collection d'arme.

  • Le procès d'intention fait à M. Décaillet est inadéquat. Sans se prononcer pour dire à qui la baisse d'impôt doit profiter - aux députés d'en décider ou au peuple, plutôt - M. Décaillet ne rien rien d'autre que les impôts doivent seulement couvrir les besoins de l'Etat et que ce dernier doit adapter son train de vie au stricte nécessaire. De ce point de vue là, il ne s'agit pas de faire un cadeau à quiconque, mais de diminuer la ponction du contribuable. Cela étant, je soutiens que l'Etat social que tout le monde réclame , ne peut être financé que par des entreprises florissantes. Laissez créer la richesse et les pauvres en profiteront. Prouvez-moi qu'en période de vaches maigres, le citoyen lambda se porte mieux !

  • Cher Alain Fernal,
    La réforme de l'imposition des entreprises encourage les propriétaires d'entreprise à se "salarier" en dividendes (vu qu'ils seraient nettement moins imposés) et plus en salaire. Or, les cotisations AVS ne sont prélevées que sur les salaires. La perte est estimée (selon M. Merz en personne) à au moins 150 millions de francs par an.
    En outre, le fond de compensation AVS n'est pas placé qu'en action. Fort heureusement, d'ailleurs.

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