Trébucher avec Isabelle Graesslé

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Édito Lausanne FM – Mercredi 23.01.08 – 07.50h



Qu’elle écrive ou qu’elle parle, Isabelle Graesslé est habitée par la lumière. Aujourd’hui directrice du Musée international de la Réforme, à Genève, après avoir été la première femme modératrice de la Compagnie des pasteurs et des diacres, cette immense connaisseuse du texte biblique ne conçoit sa mission que pour transmettre au plus grand nombre sa lecture et son interprétation des textes. L’impératif de clarté, n’est-ce pas le début de toute démarche pastorale ?

Ainsi, son dernier livre*. Où elle nous prend par la main, et nous invite à cheminer avec Matthieu, l’un des quatre évangélistes. Un espace qu’elle définit comme aride, « marqué par l’exigence et le conflit ». Un ton « peu enclin aux émotions chaudes de Jean, aux récits colorés de Luc, à la belle simplicité de Marc ». À vrai dire, voilà deux mille ans que l’Evangile de Matthieu – comme tant de textes bibliques – est soumis à la subjectivité des exégèses. Des interprétations « en couches serrées, tissant une toile magnifique mais qui n’est manifestement pas parvenue à en épuiser le sens ». « Lire l’Evangile, ajoute l’auteur, c’est parcourir un chemin pour glaner des bribes de sens, pour agripper des mots, pour passer d’une lecture à une autre, d’une trame à la suivante ».

Alors, Isabelle Graesslé nous invite, avec elle, à découvrir Matthieu, à travers sept jours de prière, de l’Origine au Silence, en passant par l’Initiation, le rapport Maître-Disciple, l’Identité, le Scandale, le Jugement. Et quand on lui demande de définir le « Scandale », elle nous répond que c’est l’arrivée de Jésus de Nazareth sur la Terre, le retournement des identités. « Et par-dessus tout, l’identité messianique de Jésus. Identité détournée, éclatée en une multitude de figures divergentes : Jésus le rabbin impertinent, le thaumaturge solitaire, le conteur de paraboles, l’éveilleur d’hommes fragiles, le caresseur de mots, l’illuminé des fins dernières… De quoi avoir le vertige et trébucher ! ».

Trébucher. C’est le mot-clef de l’interprétation d’Isabelle Graesslé. Le contraire même de la progression à froid. Ce qui nous arrive, nous advient, nous dérange. Le contraire même de la religion installée, de la religion de pouvoir. Une forme de révolution intérieure permanente. Il faut lire Isabelle Graesslé, comme il faut lire le cardinal Carlo Maria Martini, comme il faut lire tous ceux qui nous éclairent sur l’intelligence d’un texte, qu’il soit sacré oui profane, de foi ou de doute, biblique, coranique, talmudique, ou simplement poétique.

*** Isabelle Graesslé. « Prier 7 jours avec la Bible – L’Evangile de Matthieu ». Editions Bayard.


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