Le haut lieu de la démocratie

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Édito Lausanne FM – Vendredi 08.02.08 – 07.50h



Le mois de mai 2005 serait-il à ce point éloigné dans le temps que Nicolas Sarkozy ait la mémoire aussi courte ? Mai 2005, le non très clair du peuple français à la Constitution européenne, un non arraché par le souverain contre tous les corps intermédiaires : la classe politique, et surtout l’immense majorité des journalistes, dont Christine Ockrent, avec son émission « France Europe Express », véritable livre d’enluminures du bonheur communautaire, avait été la quintessence dorée.

C’était un non du suffrage universel. Je serais très heureux qu’on m’explique quelle autre instance, en démocratie, peut être encore plus légitime. Dès le soir de leur défaite, les mauvais perdants avaient eu le front d’expliquer que le peuple n’avait pas compris les enjeux, qu’il en avait fait un plébiscite anti-Chirac, qu’il n’avait agi que par réflexe de peur, que décidément la France n’était – comme ontologiquement – pas faite pour ce genre de consultation. Que Chirac aurait bien mieux fait de s’en tenir à la ratification parlementaire.

Et c’est, exactement, ce que vient de faire son successeur. Nicolas Sarkozy vient, hier, de faire passer en catimini, sur la pointe des pieds, sans fanfare ni trompettes, devant le Parlement, la ratification du nouveau traité, celui de Lisbonne. Pas de campagne. Pas de bruit. Pas de fureur. Les parlementaires, surtout quand on dispose d’une majorité taillée à sa botte, c’est tellement plus pratique que le peuple. Tellement plus simple. Tellement moins boueux. Tellement plus propre, plus lissé, plus présentable. Moins salé, moins iodé, moins tellurique dans ses surprises possibles. C’est vrai, quelle arrogance, ce peuple qui se permet de répondre « non », quand on lui pose une question !

Ainsi se construit, doucement mais sûrement, d’un président l’autre, la différence entre le bonapartisme et l’orléanisme, entre le vieil appel au souverain universel et le retour aux corps intermédiaires. C’est une vieille dialectique de l’Histoire française. On la trouve aussi bien dans Tocqueville que dans Michelet. Je ne suis pas sûr, face aux enjeux profonds de la question européenne, notamment son déficit démocratique, qu’à terme, éviter le peuple résolve grand chose. Le consulter, c’est sonore, c’est risqué, mais ça donne des bases et une légitimité beaucoup plus solides que l’obédience d’un Parlement aligné couvert derrière son président. Le haut lieu de la démocratie, son lieu suprême d’arbitrage, ça n’est pas le Parlement, c’est le suffrage universel. C’est le peuple.



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Commentaires

  • Je partage votre avis, M. Décaillet. Peut-être faut-il encore ajouter que si un dirigeant de gauche, par exemple sud-américain, s'était livré à un tel détournement de la volonté populaire, tout ce que les médias helvétiques comptent de chroniqueurs et d'éditorialistes auraient ensemble hurlés au déni démocratique, au coup d'Etat, et nous n'aurions pas fini d'en entendre parler... Je dois dire qu'à part la vôtre, je n'ai pas lu tant de réactions désabusées face à ce qui vient de passer en France.

  • Ce qui prouve bien que la presse est tenue par la gauche.
    Mais à propos de dirigeant gauchiste sud-américain, vous êtes bien sûr au courant de la tentative ratée de Chavez, en décembre dernier, de faire accepter par le peuple une réforme visant à instaurer un Etat socialiste et lui permettre de se présenter indéfiniment à la présidentielle, tout en lui conférant le droit de censurer la presse en situation de crise ? C'est une dépêche de l'AFP du 03.12.2007.

  • Rabbit, vous ne trouvez pas ça marrant vous que le dictateur Chavez perde un referendum populaire et reconnaisse sa défaite, pendant qu'en même temps le très-démocraqtique Sarkozy s'assoit sur la volonté populaire et contourne le non en passant par le parlement ? C'est étonnant ce silence de votre part, alors que vous auriez été le premier à hurler si Chavez avait fait de la sorte... Auriez-vous la démocratie à géométrie variable, Rabbit ?

  • Monsieur Sansonnens,
    Ce que je ne comprends pas, c'est que vous considériez Chavez comme réellement un homme démocrate de gauche ! Essayez d'analyser les choses objectivement ! Même en Suisse, le politiciens ne sont démocrates que quelques semaines avant les élections.
    Un seul exemple: Le Syndic de Lausanne.

    Pour être crédible, vous devriez dire que Chavez utilise certaines idées de gauches pour assoir son pouvoir !... Et ne nous faites pas le coup de Georges Marchais en nous disant que c'est globalement positif !

  • A propos de démocratie, dois-je encore rappeler ce qu'ont dit les Athéniens (démocrates) aux Corinthiens (démocrates): "Nous n'avons pas besoin de repecter les lois, puisque nous sommes les plus forts". C'est vrai qu'il n'existe toujours pas de consensus sur ce qu'est ou devrait être la démocratie. Donc, puisque M. Sazkozy est du bon côté, qu'il agisse comme bon lui semble. S'il va trop loin, il va se ramasser comme Napoléon Ier ou son neveu; mais j'espère au moins qu'il laissera un style de mobilier.

  • Il laissera en tous cas un type de femme, mannequin et brune...
    Quant à la question de la démocratie en France, elle est en coma dépassé. On ne brade pas sa nationalité à plus de dix millions d'Arabes tous fiers d'être Français pour toucher les allocs sans que cela n'aie quelques conséquences sur le fonctionnement démocratique. L'avenir de la Suisse ?

  • Je ne sais si il va laisser un style de mobilier, mais il a déjà un style de chaussures à talons hauts qui probablement se nommerons probablement "Nabot-Léon".

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