Lisons le Coran

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Édito Lausanne FM – Mercredi 09.04.08 – 07.50h



Je viens de recevoir la nouvelle traduction française du Coran, par ordre chronologique selon l’Azhar, avec renvoi aux variantes, aux abrogations, aux écrits juifs et chrétiens. Elle est de Sami Awad Aldeeb Abu-Sahlieh, professeur de droit comparé aux Universités de Lausanne et Palerme. Éditions de l’Aire. À parcourir le livre, avant de m’y plonger, je suis impressionné par la clarté de la mise en page, l’ordonnance des sourates et des versets, la richesse de la mise en contexte. Je me réjouis déjà de m’entretenir avec le traducteur.

Point n’est besoin d’être Musulman pour lire le Coran, ni Juif pour l’Ancien Testament, ni Chrétien pour les Evangiles, les Actes des Apôtres ou les vies des saints. Ces livres-là appartiennent à l’humanité entière. On en partage ou non la foi, on les tient pour révélations ou lentes constructions humaines, on les aime ou on les rejette. On peut aussi les ignorer, vivre sans eux, ne jamais les ouvrir. Mais ils sont là. Comme l’Iliade, ou l’Odyssée, ou Rimbaud, ou le poète allemand Paul Celan, sont là.

La Bible, le Nouveau Testament, le Coran sont une part inaltérable de ce que nous sommes. Ils fondent non seulement la foi de certains d’entre nous, mais une immense partie de notre patrimoine culturel. Promenez-vous dans la Vieille Ville de Jérusalem, avec ces noms d’églises en grec, en byzantin, en arménien. Allez à Grenade, à l’Alhambra, aux murs couverts de citations du Coran. Emmenez vos enfants dans les églises d’Italie : les sourires des madones, les Nativités, les descentes de croix. Lisez Kafka à la lumière du Talmud : partout, les religions du Livre nous accompagnent.

Je l’avoue, je suis catholique. Je pourrais tout autant être juif ou musulman, juste les hasards de la naissance. Je le suis, j’y tiens beaucoup, mais ça n’est pas à ce titre que je m’exprime ce matin. C’est au titre, plus large, de citoyen en quête de lumière et de racines.

Ces références, dans les écoles, doivent être enseignées. L’initiation à l’Histoire des religions, ne serait-ce que les trois du Livre, leur influence politique et leur apport culturel à travers les âges, est une clef de lecture essentielle pour notre monde. La laïcité comme saine séparation des Eglises et de l’Etat, je dis évidemment oui. L’ultra-laïcité, comme ignorance totale (pire : culture de cette ignorance) de tout phénomène religieux, c’est définitivement non.




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Commentaires

  • Amen :-)

  • C'est un vrai plaisir de lire un billet aussi sensé, "humaniste" et intelligent.
    Bravo et merci !
    :o)

  • Le Coran est la première source à laquelle ont puisé les juristes musulmans pour constituer le droit islamique (fiqh et chari'a). Une grande part des règles qui régissent la vie du musulman, sa vie privée, sa vie publique, son rapport avec les non-musulmans trouve son origine dans le Coran.

    La révélation coranique s'étend sur une période de 22 ans et sa "tonalité" varie en fonction de la situation (faiblesse de Mahomet à La Mecque, position de force à Médine). Nombre de versets de la période médinoise sont en contradiction flagrante avec ceux de la période mecquoise antérieure. Et d'après le Coran lui-même (sourate II, verset 106), lorsque des versets se contredisent, les versets révélés en dernier abrogent ceux révélés en premier.

    D'où l'attention extrême portée à chronologie de la révélation par les érudits musulmans depuis les débuts de l'islam jusqu'à nos jours.
    Personne n'est mieux placé que Sami Awad Aldeeb Abu-Sahlieh, spécialiste du droit musulman, pour le savoir.

    Or les versets de tolérants qu'ils étaient au début au début de la révélation se révèlent par la suite de plus en plus durs, jusqu'à devenir impitoyables vers la fin. Chose qui n'apparaît pas clairement dans le Coran en raison de l'arrangement des versets en chapitres (sourates) classés non pas chronologiquement, mais compilés, grosso modo, par ordre de longueur décroissante.

    Nul doute donc que ce Coran chronologique de Sami Awad Aldeeb Abu-Sahlieh constitue une très belle avancée dans la rationalisation de l'étude de l'islam, et qu'il épargnera beaucoup d'efforts à l'"honnête homme" qui, musulman ou non, s'intéresse à cette religion.

    Sami Awad Aldeeb Abu-Sahlieh, chrétien Palestinien de nationalité suisse, est responsable du droit musulman et arabe à l'Institut suisse de droit comparé, à Lausanne. Plus sur l'auteur :
    http://www.kipa-apic.ch/meldungen/sep_show_fr.php?id=4259

  • Le coran étant un livre ( sacré pour les musulmans ) de guerre, de haine, intolérant, obscurantiste et très violent .... De même pour les hadiths de mahomet, ils sont cruels. Ils ( coran et hadiths ) doivent être réjettés par tout intellectuel, tout humaniste, le monde civilisé et le monde démocratique partout dans le monde.

  • Cher Pascal,

    Là encore, permettez-moi de vous le dire, la foi vous rend trop modeste. Vous oubliez ces grands actes de civilisation que furent la Saint-Barthélémy, l'Inquisition, le sac de Constantinople - pourtant capitale alors de la chrétienté, en 1204, par les Croisés (bravo les cathos !) ?; les excès innombrables des musulmans, aujourd'hui des islamistes (bravo les mahométans !) ?; Michel Servet au bûcher et les anabaptistes noyés dans l'Aar par Zwingli (bravo les parpaillots) ?;

    Bien sûr, il serait excessif de réduire les religions à cela. Mais il n'est pas moins abusif de n'en voir que le bien... D'accord pour parler des religions à l'école - cela d'ailleurs n'a jamais été interdit - à condition de parler de toutes les religions (y compris celles d'ailleurs, de celles du passé etc.) et de tout ce qu'elles ont édifié ou détruit.

    Une chose me gêne, chez les croyants : c'est cette tendance à croire que ce qui les intéresse beaucoup devrait fatalement devenir primordial pour tout le monde. La religion, pour comprendre Picasso ? Inutile. Pour saisir le fonctionnement de la matière ? Superflu, - après avoir même été plutôt nuisible (Galilée, réhabilité par Jean-Paul II en... 1986 !). Pour comprendre la littérature ? Certes, mais hors d'un Pascal, d'un Léon Bloy ou d'un Bernanos, il y a pas mal de monde. Trop de croyants paniquent en raison de la disparition de leurs Eglises, et sont prêts à n'importe quel acte de mauvaise foi pour les rétablir dans leurs assez douteuses splendeurs. Pourquoi ? Au nom de ce terme affreux d' "appartenance" ? Ou d'identité ? Il faut vraiment chérir ses prisons. Au risque de déplaire à ces minorités infimes qui fréquentent encore les lieux de culte, et dont la représentation médiatique est tout à fait disproportionnée, on a le droit de ne vouloir appartenir qu'à soi-même, et de ne s'identifier à personne. Dans les Etats laïques, on en a la garantie légale. C'est bien appréciable. Avis à nos Constituants : faudra voir à la maintenir à Genève, voire à la renforcer, car les bigots qui voudraient la supprimer sont toujours là, et bien là.

    Pour moi, désolé, j'en reste à Prévert : "Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y".

    Pour les amateurs du caractère hautement civilisateur du Coran, je les renvoie à toutes les citations guerrières qu'il contient - même si on n'y trouve pas que cela.

    Pour les amateurs du caractère hautement civilisateur de la Bible (ou du Pentateuque, qui est la Torah des juifs) - même si on n'y trouve pas que cela -, voici un texte hilarant qui circulait en Amérique il y a quelque temps :

    "Récemment, une célèbre animatrice radio US fit remarquer à l'antenne que
    l'homosexualité est une perversion. " C'est ce que dit la Bible dans le
    livre du Levitique, chapitre 18, verset 22 : " Tu ne coucheras pas avec un
    homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination". La Bible
    le dit. Un point c'est tout" , affirma-t-elle.

    Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa une lettre ouverte qui
    disait : « Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la Loi
    de Dieu. J'apprends beaucoup à l'écoute de votre programme et j'essaie
    d'en faire profiter tout le monde. Mais j'aurais besoin de conseils quant
    à d'autres lois bibliques.

    Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est
    indiqué dans le livre de l'Exode, chapitre 21, verset 7. Á votre avis, quel
    serait le meilleur prix ?

    Le Levitique, chapitre 25, verset 44, enseigne aussi que je peux posséder
    des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu'ils soient achetés dans des
    nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux Mexicains,
    mais pas aux Canadiens. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ? Pourquoi
    est-ce que je ne peux pas posséder d'esclaves canadiens ?

    J'ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L'Exode, Chapitre 35,
    verset 2, dit clairement qu'il doit être condamné à mort. Suis-je obligé
    de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante
    d'une quelconque manière ?

    Autre chose : le Levitique, chapitre 21, verset 18, dit qu'on ne peut pas
    s'approcher de l'autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J'ai besoin
    de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de 100 % ?
    Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse ?

    Un dernier conseil : mon oncle ne respecte pas ce que dit le Levitique,
    chapitre 19, verset 19, en plantant deux types de culture différents dans
    le même champ, de même que sa femme qui porte des vêtements faits de
    différents tissus, coton et polyester. De plus, il passe ses journées à
    médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d'aller jusqu'au bout de la
    procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour
    lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Levitique, chapitre
    24, versets 10 a 16 ? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours
    d'une simple réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui
    dorment avec des parents proches, tel qu'il est indiqué dans le livre
    sacré, chapitre 20, verset 14 ? Je me confie pleinement à votre aide. »

  • Tout à fait d'accord, Scheller. Et puisqu'il s'agit de lecture et de religions, je recommande chaudement l'ouvrage de Richard Dawkins: "Pour en finir avec Dieu".

  • Moi, je suis d'accord avec Pascal Decaillet. Les décisions politiques n'ont pas à suivre une faction, religieuse ou autre. Mais la religion a droit à la libre expression. J'ai lu aussi le Coran. De bout en bout, sans ennui. En outre, personne ne doit se sentir obligé de ne parler que pour intéresser les gens qui excluent la religion de leur champ d'intérêt. Ceux qui font cela ne doivent pas non plus imaginer que leurs préoccupations intéresseront forcément tout le monde. Il n'y a pas d'unanimité, sur le plan culturel. Il n'y a que des individus traversés de mille vents contraires. La culture d'Etat, cela n'a pas d'intérêt. La laïcité ne peut donc pas renvoyer à une culture laïque d'Etat, mais aux procédures menant à l'action politique. C'est simplement dire que la volonté du peuple est souveraine, et qu'il n'y a pas de condition, religieuse ou autre, à l'exercice de sa souveraineté. C'est ce que disait Victor Hugo, qui pour autant exprimait librement ses croyances mystiques et providentialistes.

  • ... d'où tout l'intérêt de faire connaître, expliquer, démystifier.
    Cela évite de brûler ses voisins, lapider sa femme ou sa fille et de voir de jeunes imbéciles crédules se faire sauter au milieu d'une foule dans le naïf espoir d'aller sauter quelques vierges.

  • Si tout expliquer suffisait à évacuer les pulsions meurtrières des uns et des autres, cela se saurait, à mon avis.

  • Cher R.M.

    Vous mettez un talent particulier à faire dire aux gens ce qu'ils n'ont pas dit.

    D'abord, en dépit des gémissements pathétiques de tant de croyants bien nourris qui se victimisent en boucle comme de vrais martyrs, qui, mais qui, dites-le moi, empêche la religion de s'exprimer librement ? Et avant tout dans les Etats laïques ? Je vous signale que l'association suisse pour la laïcité, que j'ai l'insigne honneur de présider, s'est opposée au maintien de l'article constitutionnel sur les évêchés, parce qu'il était discriminatoire pour le catholiques, et s'oppose, pour la même raison, à l'initiative de l'UDC contre les minarets. Désolé, mais le monde paraît bien plus compliqué que celui dans lequel vous vivez. A moins qu'au contraire il soit bien plus simple...

    La laïcité défend au même titre les droits de croire, de ne pas croire ou de changer d'avis. Voudrait-on empêcher le curé de mon village de célébrer sa messe que je descendrai dans la rue pour le défendre. Mais vous, vous semblez confondre la laïcité et l'irréligion, ce qui relève soit de l'ignardise soit de l'hypocrisie. En réalité, ce qui gêne non pas tant les religions, mais les Eglises, c'est d'être en deshérence et de ne plus disposer d'aucun pouvoir. Quand on sait ce qu'a été leur pouvoir et l'enthousiasme qu'on a mis et qu'on met encore ici ou là à s'entr'égorger pour des paragraphes, pour le Filioque ou pour d'obscures dispositions sur le baptême, sans parler de l'antisémitisme, invention chrétienne, ou de la relégation millénaires des femmes dans l'espace privé, on est en droit de s'en réjouir. Ne vous en déplaise.

    Ensuite, quel est ce procès d'intention qui consiste à dire que je me sentirais obligé de parler pour intéresser ceux-là seuls qui sont indifférents à la religion ? Quand on s'exprime sur un blog, on s'adresse à tout le monde. Libre aux lecteurs d'en penser ce qu'ils veulent, de rétorquer ou même de ne pas lire. S'exprimer ne présuppose aucune intention totalitaire. En revanche, présupposer que c'est le cas lorsqu'on a affaire à des gens qui ne partagent pas votre avis, là, c'est assez tortueux et suspect. Inquisition pas loin. Eh bien schmuck, mon cher : on continuera, en dépit de vos apoplexies.

    Quant à la "culture d'Etat", qu'est-ce que c'est, - sinon peut-être celle des ministères de la culture ou de la tyrannie jdanovienne en vigueur dans les tyrannies communistes. L'expression en elle-même est dénuée de sens. Pour la "culture laïque d'Etat", c'est encore plus confus. D'où mon incapacité totale à saisir votre critique.

    Cessons peut-être aussi, par souci sémantique, de parer du beau mot légitimant de "culture" ce qui n'est que folklore, coutume, façon de vivre ou simple obscurantisme. L'infaillibilité papale ( founded 1870) ou l'Immaculée Conception, de la culture ? L'étroitesse mesquine et dogmatique de Benoît Seize (=Treize Et Trois), de la culture ? L'"Intelligent Design" ou le créationnisme, de la culture ? A d'autres ! On a même vu dans nos prétoires des avocats défendre des prévenus accusés d'avoir battu leur femme en utilisant le prétexte que cela appartenait à leur "culture". Eh bien, cette culture-là, on n'en veut pas. Qu'on se le dise. Point.

    On a créé les écoles pour favoriser la connaissance rationnelle, et voilà qu'on voudrait les utiliser pour revenir à l'ignorance ? Non merci.

    La laïcité n'est pas une forme de culture ou de coutume, c'est une disposition législative qui sépare l'Etat et le droit, qui s'imposent à tous, des morales, qui restent particulières. Elle n'est pas une doctrine parmi d'autres, mais ce qui permet à toutes les doctrines de coexister. Elle vise aussi à protéger ce qui appartient à l'ensemble des citoyens (le "laos" grec), l'hôpital, l'école publique, la police etc. etc. etc. - mais pas les Eglises, qui n'appartiennent qu'à quelques-uns et ne sont en aucun cas un service public. Ce qui ne signifie pas, je le dis pour vous rassurer car j'entends déjà sourdre vos sanglots, qu'on va les interdire : l'Etat laïque, indifférent et incompétent en matière de morales, s'interdit de s'en mêler, laissant chacun libre de penser ce qu'il veut - à condition de respecter le code pénal. Si les paroisses se vident, que les clergés ne s'en prennent qu'à eux-mêmes.

    Bref : si vous connaissez mieux que la laïcité, y compris pour la liberté des croyants, veuillez me éclairer ma lanterne. Suis toujours très intéressé. Mais en argumentant un peu plus sérieusement, s'il vous plaît.

  • M. Schaller, si la liberté absolue existe dans les Etats laïques, je m'en réjouis. Mais personnellement, je ne crois pas que la liberté absolue soit possible, en ce monde. Mon opinion est que les sentiments qui dominent le pouvoir en place, le sommet de l'Etat, ont toujours tendance à s'imposer à la majorité. Mon sentiment à moi est donc qu'un choix définitif et trop clair, sur le plan idéologique, est justement nuisible à la liberté, parce qu'il tend à imposer ce qu'on pourrait appeler une voie unique. L'Etat doit à mes yeux rester en retrait de ces questions, et ne pas en parler, sinon en cas de problème : alors, il décide au coup par coup, selon la volonté du peuple. Je vous dis là ma pensée, sur un sujet précis. Je ne suis pas intervenu pour démontrer que vous aviez tort. Je pensais simplement qu'il était possible d'être d'accord avec M. Decaillet.

  • Cher R.M.

    Là encore, vous me faites dire ce que je n'ai pas dit ! Où avez-vous lu qu'il puisse exister une liberté absolue dans les Etats laïques ? Aucune liberté n'est absolue, nous sommes bien d'accord.

    Quant aux risques provenant de l'Etat - à vos yeux l'Etat laïque, je suppose - ne paniquons pas : la laïcité est une disposition constitutionnelle. Pour être promulguée dans l'un ou l'autre de nos cantons, elle doit donc être acceptée par le peuple. Le cas échéant, elle n'impose justement pas de "voie unique", mais fixe les mêmes limites pour tous, croyants et incroyants, limites qui laissent la plus grande liberté possible à chacun. Enfin, en vertu de la laïcité, l'Etat se tient bel et bien en retrait des morales, qu'il n'a pas à contrôler; nous sommes d'accord itou. Bref : je me répète.

    Ensuite vous avez le droit total, irréductible et constitutionnel de considérer que j'ai tort. Votre liberté est plus précieuse que votre acquiescement ! Et on peut parfaitement être d'accord avec Pascal Décaillet sur toute sortes de points, bien sûr.

    En somme, nous sommes beaucoup plus proches que nous pensions. Tant mieux.

    C'est bien de causer.

  • Sans doute, sur le plan politique, mais n'êtes-vous pas un peu dur, avec le folklore ? Le critère pour le distinguer de la culture au sens propre n'est-il pas de nature sociale, et donc, à nouveau, politique ? Moi qui me suis toujours intéressé au folklore de toutes les régions et de tous les pays, je suis un peu sceptique. A mon avis, il est par exemple de comprendre le catholicisme, sur un plan intellectuel, si onne veut pas parler non forcément de l'infaillibilité du Pape, mais au moins du Saint-Esprit qui depuis toujours, dans cette religion, est censé guider l'Eglise latine en général.

  • Erratum : "il est par exemple DIFFICILE de comprendre le catholicisme", si ON NE, etc.

  • Cher R.M.,

    Je ne mets aucun mépris dans l'usage du terme "folklore". Seulement, j'objecte à ce qu'on classe sous le terme de "culture" tout et n'importe quoi. Flaubert, ce n'est pas tout à fait la même chose que les Pieds Nickelés etc. On confond depuis longtemps, sous prétexte d'esprit démocratique, le mot de culture dans son sens, disons, humaniste, et dans son sens anthropologique (au pluriel, le plus souvent). Il existe une hiérarchie dans les choses de l'esprit.

    Je ne crois pas que l'on puisse distinguer ce qui est culturel de ce qui ne l'est pas sur la seule base du social. Cela, c'est du Bourdieu : la volonté tenace de tout mettre au même niveau. Ce qui appartient à la culture se distingue d'abord par ses domaines : l'art n'est pas l'artisanat, la coutume n'est pas la culture, composer un poème n'est pas au même niveau que confectionner un boeuf miroton.

    Quant à comprendre le catholicisme, alors là c'est à mon tour de vois ça sur un plan social. J'ignore ce qu'est le Saint-Esprit. Désolé.

  • Oui, mais les théologiens qui en ont parlé en ont donné une idée assez claire. Or, on peut réellement comprendre une idée, sans croire qu'elle correspond à une réalité.

    De toutes façons, pour en revenir au folklore, il faudrait donner une idée aussi assez claire des critères, pour hiérarchiser la culture. Par exemple, entre l'art et l'artisanat, on dira que la différence est le degré d'utilité pratique auquel est soumis l'objet. On peut aussi dire qu'une philosophie de bas niveau est celle qui n'est élaborée que pour servir les intérêts des uns ou des autres. C'est encore celle où la politique a une part déterminante.

    Cela veut dire que si un principe politique pèse sur la culture, il la mine, la corrompt, la détruit, la dissout. Et donc, la laïcité est bonne sur le plan politique, mais dès qu'elle déborde sur le plan culturel, elle est nuisible, parce qu'elle est d'abord elle-même un principe politique.

    Y en a-t-il des sexemples ? Eh bien, précisément encore, si le principe politique qu'est la laïcité peut permettre de créer une hiérarchie entre différentes parties de la culture, si par exemple on peut dire que le livre "Du Pape" de Joseph de Maistre est radicalement inférieur à un livre d'Ernest Renan simplement parce qu'il défend l'idée de l'infaillibilité du Pape, et que ce qui l'assure, c'est la laïcité représentée non seulement comme un progrès politique mais aussi culturel, on peut dire que la politique empiète sur la culture, et l'enchaîne, et donc est nuisible.

    Car le livre de Joseph de Maistre peut n'être pas bon ; mais cela ne peut pas être prouvé par la politique, et donc par un principe d'organisation politique comme est la laïcité.

  • Des exemples (erratum).

  • Etonnant pour un radical de défendre un position écclésiastique y compris dans les affaires publiques.

    Je n'ai rien contre les croyances individuelles, mais la laïcité, c'est-à-dire la tolérance, le respect et surtout des règles identiques pour toutes et tous sont indispensables pour garantir la paix et un espace de vie agréable.

    J'ai lu les textes fondamentaux de la religion chrétienne y compris les diverses interprétations de cette lignée (catholique, protestant et plusieurs de leurs doctrines), idem pour la vision musulmane, juive et quelques autres moins connues. Je constate de manière répétée et répétitive que les textes interprétatifs varient selon l'époque et le lieu dans lesquels ils ont été écrit. Je constate également que la défense de privilèges semblent le plus souvent être la clé des documents des instutions en place.

    Face à cela comment croire que l'humain est favorable au partage et à la réciprocité, si il se reconnaît globalement dans ces textes et qu'il ne se limite pas simplement à dire que le partage et l'échange sont les seules valeurs qui permettent la sérénité

  • Je ne sais pas quelle philosophie ne tend pas à défendre la position de ceux qui la partagent. Présupposer que la philosophie d'une religion est forcément réductible aux intérêts de ceux qui la partagent, c'est dénier finalement à la philosophie d'une religion le caractère d'un élément culturel digne de ce nom. Mais on pourrait aussi bien dire que la philosophie de Sartre, en tendant à donner à l'activité intellectuelle le pouvoir de donner forme au contingent et comme de créer le monde, est aussi une manière de vendre la camelote des intellectuels en général et des professeurs de la Sorbonne en particulier. Cela ne veut rien dire. On peut toujours tout tourner dans ce sens, car il est rare qu'en public, on parle contre soi-même. A mon avis, ne voir précisément le fond d'une philosophie (qu'elle se relie ou non au monde divin, ou à de la transcendance) que sous l'angle de ses conditions de production, c'est au fond nier que la culture tout entière existe.

    En réalité, même pour une philosophie du monde immatériel, les conditions objectives - politiques, ou économiques - ne suffisent pas à tout expliquer. Il y a aussi le simple fait qu'une philosophie n'est pas censée se limiter, dans son expression de ce qui est, à ce qui apparaît physiquement, matériellement. Toute forme de représentation, dit en substance Gilbert Durand, émane d'un échange permanent entre le subjectif et l'objectif ; et l'un ne précède jamais l'autre : les deux étaient présents dès le départ, et le pire, c'est qu'ils le restent jusqu'à aujourd'hui. A cet égard, on a quelques illusions, sur les philosophies les plus modernes.

  • Cher R. M.

    Vous êtes indécrottable dans le procès d'intention, l'insinuation et la pétition de principes.

    Vos enchaînements d'arguments sont tout sauf clairs.

    Alors soyons clair. Sachez

    1. que la laïcité, contrairement à ce que vous croyez pouvoir affirmer, ne "déborde" pas "sur le plan culturel. La laïcité sépare les morales et le droit : elle n'a pas de programme culturel. Cessez s'il vous plaît de nous placer là où nous ne sommes pas.

    2. que la laïcité ne hiérarchise pas les oeuvres en fonction de leur degré d'adhésion à ses propres principes. Là encore, vous me faites dire ce que je n'ai pas dit. Pour les laïques, en raiuson même du principe laïque selon lequel la laïcité n'est pas un courant, mais ce qui permet aux courants de coexister, la liberté est plus importante que l'adhésion à la laïcité. C'est pourquoi nous sommes des fanatiques de la liberté d'expression.

    3. que la laïcité n'entend pas hiérarchiser Renan par rapport à Joseph de Maistre, mais garantir le libre accès aux deux oeuvres contre toute tentative de censure de quelque groupe que ce soit, ainsi que notre association l'a dit par exemple en défendant le livre de Roger Garaudy (que nous n'aimons pas beaucoup), celui d'Oriana Fallaci (que nous n'aimons pas du tout), et encore en défendant la liberté d'expression d'un Hani Ramadan, vieil adversaire de notre association.

    Me réjouis d'avance des insinuations que vous allez pouvoir tirer de la différence ci-dessus entre "pas beaucoup" et "pas du tout". Bonne branlette.

    Merci de relire ce passage deux fois, s'il vous plaît, afin de bien vouloir vous en pénétrer et de ne pas en faire l'opposé de ce qu'il est (quoique que je sois tout à fait désespéré sur ce point).

    3. que la laïcité n'est pas une personne. Par exemple, elle n'a pas d'inconscient. Vous savez, l'inconscient ?

    3. que je suis pas la laïcité. Lorsque je m'exprime sur un blog, je ne suis pas en permanence le représentant de la laïcité. Il m'arrive d'avancer des positions personnelles (ex la hiérarchisation de la culture, l'agnosticisme, la confiture de framboises etc.), sans rapport avec celles de notre association. Merci donc de bien vouloir prendre en compte qu'en vertu ne serait-ce que de la séparation public-privé, on peut aussi être quelque chose d'autre que ce qu'on voudrait que vous soyez. Par exemple, je ne suis pas laïque sous ma douche, ni agnostique au badminton, ni prof (car suis prof) lorsque je caresse mon chat.

    En somme, personne n'est un bloc (attention, il s'agit là d'une opinion personnelle, pas d'un communiqué de l'association suisse pour la laïcité, JE TIENS A LE FAIRE SAVOIR HAUT ET CLAIR...).

    Je cesse ici de m'entretenir avec vous : vous êtes trop sinueux pour un laïque clair et net, même à temps partiel.

  • M. Scheller, malheureusement, votre message qui hiérarchisait la culture n'impliquait pas un "je", mais un "on" : "Eh bien, cette culture-là, on n'en veut pas." C'est ce que vous avez écrit. Il n'est pas très illogique de subodorer que cela dépasse le "je". Or, sur le plan public, j'ai regardé sur Internet, pour savoir qui pouvait être ce "on", et j'ai vu que vous dirigiez une association laïque. Vous vous êtes un peu mal exprimé, à mon avis.

  • De quoi parle-t-on? Pour reprendre un mot de Desproges que nous commémorons ces jours : "Il faut voir la vérité en face. Dieu est mort, il va nous falloir faire avec."

    Que de compensations et désirs de puissance !!

  • Oui, Desproges, c'est un peu un nouveau prophète.

  • Ce qu'il nous manque de nos jours , c'est cette pure recherche de la verite sans arriere plan ideologique.
    Les religions comme les mythes et les histoires anciennes relatent des faits qui ont surement une origine veridique mais qui ont perdus de leur essence au fil des retransmissions.
    Et pour ceux qui disent que les religions attisent les violences je rappelle que la deuxieme guerre mondiale n'avait pour motivation que l'envie , l'ambition et la suprematie , ces memes "vertus" qui aujourd'hui sont encore exaltées.
    Le sujet est plus serieux que de simples considerations humanistes ou egalitaires , il s'agit de notre devenir ou non devenir.
    Il est quand meme intrigant de voir le nombre de decouvertes archeologiques et leur liens avec les histoires anciennes: ex mohenjo daro en inde et la maharbata.
    J'effectue aujourd'hui une recherche sur les points communs entre les differentes religions monotheiste et polytheiste, pour essayer d'en extraire un substrat de LA VERITE, ex : le jugement dernier est evoque dans les croyance de l'egypte antique, la reincarnation est cite dans le coran de facon implicite, la langue arabe est plus proche de l'hebreu d'un point de vue phonetique, le TAO donne une description de dieu qui rejoint le coran (pas de forme physique , ni d'emanation visible).
    Je vous invite donc a vous inscrire dans ce contexte de recherche plutot que discuter de choses comme l'existance de dieu qui n'aboutira a rien, car personne sur terre ne peut prouver l'existance ou la non existance de dieu, l'immateriel ne peut pas etre demontrer par le materiel, de meme que nos cinq sens nous permettent d'aprehender une partie du monde physique (la partie accessible a nos sens) l'ame quant a elle permet de sentir ce qui ne se comprend pas (bien entendu c'est un avis personnel).

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