Un tout petit « crime de guerre »

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Sur le vif - Jeudi 17.07.08 - 09.00h

Il est un peu fatigant d’entendre répéter sur toutes les ondes, de façon brute et sans contexte, que l’usurpation de l’emblème de la Croix-Rouge, lors de la libération d’Ingrid Betancourt, est un crime de guerre.

Non que ce soit faux. Juridiquement, selon les Conventions de Genève, c’est même parfaitement exact. Seulement, quand on donne les informations, même dans des modules très courts, il ne suffit pas toujours de se contenter sèchement de la vérité objective du droit.

Le moins n’est-il pas, dans cette affaire, d’interroger le contexte ? Si cet expédient était le seul, fallait-il y renoncer, et laisser mourir l’otage aux mains des FARC ? Ces dernières sont-elles autre chose, par leurs méthodes, que des terroristes ? Ce cheval de Troie était peut-être impur, illégal, nourrira sans doute mille discussions de juristes internationaux bien assis et bien au chaud, mais en attendant, INGRID BETANCOURT EST LIBRE.

« Crime de guerre » ? Peut-être, sur le papier. Mais utiliser, sans nuance, la même expression pour l’opération Betancourt que pour les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, du Vietnam ou des Balkans, il y a là atteinte au sens. Ce qui, sans être un crime, n’en constitue pas moins une faute.



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Commentaires

  • De "crime de guerre" à "génocide" il n'y a qu'un pas...manipulateur...
    Qui va le franchir ?

  • Bonjour !
    Les FARC, des "terroristes" ?
    Dans "terroriste" il y a - qu'on le veuille ou non - une sorte de connotation politique valorisante: les terroristes d'hier sont parfois les gouvernants de demain.
    Les FARC, n'en déplaise à certains beaux esprits suisses bien-pensants, sont des mafieux, des kidnappeurs et preneurs d'otages, des assassins et des trafiquants de coke tout à fait ordinaires.

    :o)

  • Vous avez évidemment raison. Tout est une question de proportion, sans parler du fait qu'il y a longtemps que dans les zones de conflit, les organisations humanitaires ne sont plus respectées, pire, sont l'objet d'attaques délibérées, afin de chasser les protecteurs des "ennemies" ou tout simplement, pour se débarrasser de témoins. Enfin, il est bien plus intelligent d'agir par la ruse que par la force aveugle. Mais comme toujours, nous avons le temps et les moyens de faire parler de soi, par de vaines polémiques.

  • Si les FARC sont des terroristes, que faut-il penser alors d'Alvaro Uribe et de son parti qui ont longtemps financé les AUC? Des AUC dont les crimes (voir les rapports d'Amnesty International) font passer les FARC pour des enfants de choeur .
    Et puis, que penser d'un président qui livre son pays aux Américains? Uribe, c'est un peu le Pétain sud-américain, il collabore avec une puissance étrangère et comme Pétain qui qualifiait la Résistance française de terroristes et n'avait en perspective que la manière forte, Uribe qualifie les FARC de terroristes et n'a qu'une obsession: les écraser. On lui prète beaucoup de mérite dans sa lutte, mais qui n'arriverait pas à écraser une guerilla de 10000 paysans mal armés avec les 400 000 hommes dont il dispose, dont 15 000 hommes de commandos formés par les sympathiques et très soucieux des droits de l'hommes instructeurs militaires américains
    On parle beaucoup du calvaire d'Ingrid Betancourt, mais qui parle du calvaire des guerilleras (les FARC sont composé pour un tiers de jeunes femmes) qui sont tombées entre les mains des AUC ou des commandos de l'armée?

  • Cette soudaine excitation de la gauche la plus moralisatrice, Sommaruga en tête, n'est là que pour faire rempart à la totale déconfiture de tout le mouvement gauchiste de l'amérique du sud, dont le FARC ne sont qu'un petit élément.

    Je trouve surieux que ce soudain excès de tempérautre diplomatique autour de la croix rouge n'ait pas été précédé d'une salve d'applaudissement de la réussite de cette opération "entebe bis".

    S'insurger contre l'emploi de la croix rouge, à des fins humanitaire soit la libération d'otage est non seulement ridicule mais cela démontre que la gauche genevoise et suisse n'a vraiement plus aucun contenu à mettre dans son action politique locale.

    A s'insurger sans cesse contre l'insignifiant on finit par oublier l'essentiel.

  • Heureusement pour eux ("tout le mouvement gauchiste"), le ("seulement ridicule") ne tue pas !

    "A s'insurger sans cesse contre l'insignifiant on finit par oublier l'essentiel."

    C'est d'ailleurs le but en soi...pensez seulement à l'autorisation du cannabis...l'oubli, le rêve...

  • Le problème est malheureusement ailleurs. Ce n’est pas un problème de politique gauche/droite ou de repérer les bons et les mauvais (on est d'ailleurs toujours le mauvais de quelqu'un), mais bien de savoir quelles sont les conséquences à terme de l’utilisation abusive d’un emblème connu et respecté par tous, j’ajouterai désormais jusqu’à ce jour.
    L’emblème de la Croix-Rouge est en effet un emblème de paix et de secours en qui tout le monde avait confiance.
    Avoir utilisé cet emblème en tant que ruse de guerre pour parvenir à ses fins conduira malheureusement à ce que d’aucuns n’auront désormais plus confiance dans cet emblème jusqu’ici respecté avec les conséquences que cela pourrait comporter pour des personnes en attente de soins et de secours dans des régions en crise ou qui pourraient le devenir.
    Pour les quelques personnes sauvées aujourd’hui (finalement peu importe qui elles sont) combien de dizaines, voire plus, demain mourront parce que l’emblème de la Croix-Rouge se sera plus considéré comme neutre et sans danger par des belligérants, quels qu'ils soient. Il est vrai que ces pauvres futurs morts anonymes ne seront d’aucune utilité pour des journalistes en mal permanent de sensationnel.
    Avant de faire tout et n’importe quoi pour parvenir à ses fins et faire du politico-médiatique permanent, il faudrait peut-être réfléchir un peu plus loin que le bout de son nez et toujours à court terme, mais chacun sait que ce n’est malheureusement pas le propre de la politique et de la majorité des politiciens en général.

  • Vous auriez même été en droit d'écrire:

    Une astuce où il n'y a "guère de crime" et non pas crime de guerre !

  • Si pour vous l'emblème de la Croix-Rouge n'est qu'un jouet "pour juristes internationaux assis bien au chaud", c'est que vous ne connaissez rien à la réalité des conflits sur le terrain ni à ce qu'apporte l'espace de neutralité dans un environnement d'inhumanité.

    Vos raisonnements et ceux de plusieurs de vos commentateurs sont du même tonneau que ceux qui mènent à justifier la torture, renoncer au droit et finalement à s'aligner sur ce que l'on reproche à l'adversaire. Une vision à court terme qui fait le deuil de ses valeurs.

    En faire une question de droite ou de gauche est encore plus absurde.

  • Bonjour à toutes et à tous,

    Bonjour M. Décaillet,

    la meilleure des réponses pourrait venir de Madame Bétancourt elle - même, et de ses compagnons d'infortune.

    Lorsqu'ils ont du comprendre que ce n'était pas un hélicoptère de la Croix Rouge auraient-ils du demander à ce que l'aéronef se pose et en seraient ils descendus ?

    Les services de sécurité colombiens ont mené une opération parfaite, sans effusion de sang, sans un coup de feu... un sans faute admirable.

    Maintenant, la question juridique de l'utilisation de l'emblème de la Croix Rouge peut trouver sa réponse dans notre Code pénal, sous titre : état de nécessité.

    Ce dernier, dans son esprit, permet une infraction si cette dernière permet d'éviter un danger qui aurait des conséquences plus importante si la première infraction n'était pas commise...

    Exemple type : -"vous vous promenez à Cologny, là... Miss Suisse tombe dans l'eau de sa piscine et commence à se noyer... vous voyez la scène... mais pour aller la sauver, il vous faut "violer sa propriété" pour entrer... vous sautez par dessus le grillage, vous vous précipitez pour la sortir de l'eau et là... bien à contre coeur, vous lui faites un "bouche à bouche" salavateur...

    Vous venez de lui sauver la vie... mais elle décide de vous faire un procès pour avoir violer sa propriété... et vous reproche de ne pas avoir pris un "Tic Tac" avant de lui faire du "bouche à bouche" là, en vertu de l'article sur l'état de nécessité, vous serez remercié par les Tribunaux...

    Concernant le tic tac... là évidemment, à l'avenir vous prendrez soin de vous promener à Cologny avec une boite de Tic Tac en poche.

    Bien à vous M. Décaillet,

    Stéphane

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