Rien – ou presque – ne justifie l’anonymat

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Ou : l’élémentaire salut du Mousquetaire

 

Vendredi 10.10.08  -  11.55 h

 

Je l’écris et le répète depuis le premier jour : rien, ou presque, dans la Suisse d’aujourd’hui, ne justifie l’usage de l’anonymat dans l’expression d’une opinion publique. Nous sommes dans un pays libre, démocratique, nul ne risque pour sa vie, nul n’encourt la Bastille. Que volent et s’entrechoquent les idées contradictoires, oui, et comment ! Mais, de grâce, signées d’un nom et d’un prénom. A Genève, il y a certes une Régente, mais nous n’en sommes pas, pour autant, sous la Régence. Les lettres de cachet, c’est fini.

Bien sûr, il y a des pressions, des menaces de rétorsion, de petits chefs et de grands censeurs qui vous guettent et vous cherchent noise lorsque vous prenez la plume. Bien sûr, c’est plus dur lorsqu’on appartient, par exemple, à la fonction publique, parce qu’il y aura toujours un hiérarque véreux, ou un ami qui vous veut du bien, pour vous rappeler le devoir de réserve. Cela est vrai, ne doit pas être nié, je puis comprendre que, dans ces cas-là, on aspire à protéger son identité. Et pourtant j’appelle les intéressés à, tout de même, au maximum, se dévoiler. Même si c’est dur. Même si c’est risqué. Et peut-être pour cela, justement.

Parce que l’autre solution, l’anonymat, lorsqu’il atteint des proportions de déversoir, n’est tout simplement plus tenable. Dans cet univers de blogs de la Tribune de Genève et 24 Heures, que je considère comme une passionnante plate-forme d’expression citoyenne, et où je découvre quantité d’auteurs originaux et admirables, l’abus du masque, son usage comme paravent de lâcheté, finira par nuire à l’ensemble de l’exercice, le traîner vers le caniveau, ruiner son crédit, et finalement son intérêt pour le lecteur.

Pour être exact, le problème, ça n’est pas le pseudonyme. Lorsque Voltaire signe un pamphlet, tout le monde sait qu’il s’agit du ci-devant Arouet, François-Marie, et qu’il s’agit d’un nom de plume. Le pseudonyme troque, en toute connaissance de cause du récepteur, une identité contre une autre. Autre chose est un certain anonymat. Pas celui du jeu d’identités, style Ajar. Mais celui qui porte l’estocade. Trop facile de se camoufler pour frapper, blesser, attenter à l’honneur. On me dira que l’éditeur connaît la véritable identité : cela ne me semble pas suffisant. Sauf dans quelques cas extrêmes, toute personne qui prend la plume comme une épée, dans la Suisse d’octobre 2008, doit avancer son nom et son prénom. Le salut, élémentaire, du Mousquetaire, avant le combat.

D’autant que l’immense majorité des anonymes, dans cet espace où nous sommes, sont plutôt charmants. Drôles. Originaux. Rafraîchissants. Ils attaquent certes parfois, mais le plus souvent construisent, inventent, flairent d’inattendus chemins de traverse, surprennent. On y découvre des plumes de qualité, des regards. Eux, ne sont pas en cause. Hélas, l’exercice même de leur anonymat (qui, en soi, pourrait relever d’une joyeuse esthétique de masques et bergamasques) se trouve souillé par quelques professionnels de la délation généralisée et de l’opprobre. Ceux-là, profondément, nuisent à l’ensemble.

Prenons le cas d’un conseiller d’Etat. Celui qui, bien que membre de son Département, signe ses attaques contre le magistrat, prend des risques. Donc, mérite le respect. Cet homme-là, à coup sûr, est courageux. A l’inverse, lorsque, dans un espace d’expression voisin, le mécontentement tourne au déversoir, à l’avalanche de crachats et au dévaloir d’insultes, le tout joyeusement dissimulé sous le paravent, c’est la cause même qui s’en trouve ruinée. Nous ne sommes plus dans l’anonymat littéraire, mais dans la mise en action sécurisée de la lâcheté.

Dans ce cas-là, l’éditeur doit intervenir. Censure ? Non : sauvegarde d’un minimum de respect. Nulle liberté n’est totale : il y a des règles. Ne serait-ce que la loi. Il est, par exemple, parfaitement convenu, et même codifié, que l’espace public ne tolère ni le racisme, ni l’appel à la haine, ni l’antisémitisme. Ni les atteintes à l’honneur. Ces restrictions-là ne me dérangent pas. Je dirais même que je les salue.

Disons-nous les choses, attaquons-nous, ne nous épargnons pas. Mais soyons dans le sujet. Et signons. Cela ne m’apparaît tout de même pas, totalement, hors de portée. En conséquence, il ne me gênerait pas outre-mesure que l’éditeur, mon confrère Jean-François Mabut, augmente de quelques crans la sévérité face à quelques abuseurs, au reste très minoritaires, mais tenaces, systématiques et récurrents, de l’espace public.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

  • Cher M. Décaillet,

    Bien que souvent la cible de contradicteurs aussi agressifs qu'anonymes, je ne partage pas votre avis. Même dans notre démocratie où règne la liberté d'opinion, l'anonymat peut être nécessaire. Nombreux sont en effet les cas où l'on est lié à un devoir de réserve, que ce soit face à sa hiérarchie ou face à un collège dont on est membre et l'anonymat permet - lorsque l'intérêt public l'exige- de dévoiler certaines informations, d'exprimer des avis fondé ou de corriger des inexactitudes sans subir de représailles. Représailles bien réelles, quand on pense par exemple à la faible protection contre les licenciements abusifs, même en cas d'exercice d'un droit constitutionnel (Art. 336 al 1 lit b CO).

    Un cas récent et à mon avis exemplaire est le groupe "Surcouf" composé d'officiers français critiquant la gestion de l'armée de ce pays, qui n'auraient jamais pu exposer leurs griefs en public (et Dieu sait s'il y a un intérêt public à ce que les faits qu'ils dénoncent soient connus!) sans la protection de l'anonymat. Vous êtes journaliste et votre avis m'intéresse donc à ce sujet: Auriez-vous préféré que le groupe Surcouf n'existe pas et ne révèle rien, ou son intervention répondait-elle à un intérêt public légitime?

    Mes lignes ne doivent cependant pas être comprise comme un appel à la violation du secret de fonction. S'il existe un intérêt légitime à ce que des informations restent secrètes, elles ne devraient être en aucun cas divulguées.

    Sur la toile l'anonymat est de toute façon en vigueur, tant il est facile de se créer un pseudonyme, avec une fausse adresse électronique. Et il n'est pas très génant, les commentaires anonymes étant la plupart du temps démunis de toute crédibilité, vu leur ton et... leur anonymat, justement.

  • Bonjour Monsieur DECAILLET,

    Malheureusement, je n'ai ni votre talent oratoire, ni votre verbe, mais je tiens à vous féliciter sincèrement pour vos lignes s'agissant de la question de l'anonymat de certains écrits sur les blogs. Comme derrière un paravent, un masque, pas forcément en dentelle, certains se cachent ayant crainte de dévoiler leur identité, leurs mots, leurs textes aux senteurs nauséabondes, donnant parfois jusqu'à la nausée, voire l'envie de vomir. Il est un devoir, un respect que chacun d'entre nous devrait s'imposer, celui de dévoiler ses coordonnées, de signer ses écrits, surtout lorsqu'il prétend vouloir défendre le bien commun. Si les mots peuvent parfois être considérés comme des armes - Match avait pour slogan : le poids des mots - le choc des photos - alors que ces nouveaux guerriers qui utilisent les consonnes et les voyelles pour composer, rédiger, aient le courage de dire qu'ils sont. Le courage est une valeur noble, celle d'affronter des risques, celui d'une littérature qui pourrait déranger parce que des idées peuvent choquer, remettre en cause des systèmes ou des individus. Non, il n'y aura plus jamais d'Emile ZOLA, de Victor HUGO, de j'Accuse... j'en suis attristée. Souhaitons-nous pour ces prochaines semaines et années une République et Canton de Genève où, après un retour au calme des esprits, nos essayistes politiques et autres, parapherons leurs textes, ce qui rélève de la norme.
    Bien à vous,
    Béatrice FUCHS

  • Bonjour !
    Quand je drague de façon (très presque) anonyme et de manière (très beaucoup) éhontée une dame (très presque) anonyme aux idées et à la plume (très beaucoup) nimbées d'acide sulfurique et de gaz hilarant, j'ajoute généralement mes prénoms:

    Jean-Hugues-Aldebert-Rigodon-Arthur-Anselme-Philibert-Carolus de* Blondesen

    * ça c'est juste pour impressionner

    Vous trouvez mieux comme ça ?

    ;o)

  • Etrange conception qui consiste à trouver qu'en démocratie, l'anonymat n'est jamais justifié, quand c'est le suffrage anonyme qui fait précisément le critère de la démocratie. L'anonymat n'est pas indéfendable en démocratie, il lui est coextensif. Il n'y a de démocratie, c'est-à-dire d'égalisation, ou de mise à même niveau, de tous les participants que lorsque les considérations de personnes sont justement suspendues, lorsque, pour ainsi dire, les noms sont exclus du débat.

  • Il me semble surtout que l'emploi du pseudo n'a de sens que s'il permet à des personnes de s'exprimer en marge du courant majoritaire du groupement auquel il appartiennent.

    L'exemple "Surcouf" est assez révélateur de ce point de vue.

    Sans le pseudo, nous serions privés de l'avis des avis divergents de la majorité de grandes formations qui verrouillent pour ne pas dire musèlent la communication des minoritaires.

    Là où le pseudo pose un réel problème c'est lorsqu'il est employé pour insulter l'adversaire ou mentir sur la substance de la controverse.

    En dernier lieu, je crois que le respect de l'autre et l'éthique sont les seuls guides qui vaillent dans le dialogue.

    Je m'évertue à le rappeler. Ce n'est pas le différend qui pose problème mais la manière de le gérer, de l'aborder et enfin de le résoudre.

    Comme le disait Sacha Guitry le disait souvent "La courtoisie est un placement qui coûte peu et rapporte énormément". Et lorsqu'on connaît la férocité de l'auteur dans ses répliques on comprend bien que l'élégance de la forme n'enlève rien à percussion du propos. Au contraire elle le renforce.

    Ce commentaire est donc tout particulièrement destiné à ceux qui conspuent les auteurs de blog qui laissent libre accès aux commentaires en signe d'ouverture d'esprit.

    Merci à Pascal Décaillet pour son texte qui contribue à enrichir le débat des idées, essentiel en démocratie.

    Cordialement,

    PATRICK DIMIER
    Liste No9 MCG
    Mouvement Changer Genève

  • M. Decaillet, ce que vous dites de Voltaire est quelque peu inexact. Son "Dictionnaire philosophique" a été diffusé à Genève de façon parfaitement anonyme et en dehors des circuits légaux du commerce. Il apparaissait mystérieusement dans les piles de publications présentes dans les salles d'attente des médecins, par exemple. Voltaire a nié publiquement en être l'auteur. En privé, il a écrit qu'il n'avait pas l'intention de devenir un martyr de la cause philosophique. Ce n'était pas tout à fait le pendant aux martyrs du christianisme sous l'empereur Dioclétien, à mon avis. Au reste, on peut le comprendre. Rousseau, qui ne fut jamais anonyme, en a bien souffert un peu.

  • Bonjour!
    Je me plais à relever que pour une fois nous sommes tout à fait d'accord. Rien, absolument rien ne justifie l'anonymat. Qu'on le veuille ou non, l'Histoire contemporaine a largement démontré où menait l'anonymat et ses dénonciations. En démocratie, l'anonymat n'a ni de sens ni sa place.
    Bien à vous

  • Je suis d'avis que l'anonymat améliore la qualité des débats. Dans la société de l'information, la facilité est de forger son opinion en accordant crédit à de prétendus experts simplement parce qu'ils sont présentés comme tel. L'autorité de la personne se substitue largement à ses idées. C'est parce que monsieur XY est "spécialiste" sur le sujet lambda qu'il a raison.

    L'anonymat, ce sont des idées, rien que des idées. Si M. Décaillet raconte que la RSR présente de sérieux dysfonctionnement ;-) ;-), on ne pourra s'empêcher de penser que son opinion est bien plus forgée sur son vécu personnel que sur des considérations objectives. Si dans une conversation, un docteur en économie échange des idées avec un boursicoteur dilettante, ceux qui suivent le débat penseront obligatoirement que les idées du premier sont plus valable que celles du second.. etc.. etc..

    Gardons un endroit où l'anonymat permet le réel débat d'idées, SVP !

  • Les lettres anonymes se jettent à la poubelle et leurs auteurs - quand on les retrouve - peuvent (et doivent si nécessaire) être embastillés. Ainsi donc pourquoi, diable, faudrait-il accepter l'anonymat sur les blogs. L'anonymat est une arme de faibles. Je ne partage pas toujours - et de loin - les avis de M. Décaillet, un poil (pardonnez la familiarité) sentencieux et pontifiant.
    Mais je lui reconnais au moins l'honnêteté d'avancer à visage découvert !

    Michel Sommer

  • Dès le début, j'ai choisi de m'exprimer, en écrivant en mon nom propre.
    Quelle joie de voir certains visages devenir tout blanc à l'énoncé de mon nom, tel René Longet, le dimanche 28 septembre ... vous en souvenez vous ?

  • "Rien - ou presque - je justifie l'anonymat." Comme parfois, je suis d'accord avec M. Decaillet. Presque rien ne justifie l'anonymat, mais comme souvent, le détail, le "presque" a son importance. Pressions, menaces de rétorsion, etc., mais aussi traçabilité sur google et discrimination à l'embauche, cela pour des conceptions légèrement différentes et sans incompatibilité fondamentale.

    Mais effectivement, si le but est de n'avoir que des commentaires dans le bon sens du poil, de recevoir uniquement des encouragements niais et complaisants, alors l'interdiction (encore une) de l'anonymat sur ces mêmes blogs est une très bonne idée. Avec l'affaiblissement du débat et le désintérêt qui iront peut-être de pair..

  • Il y a déjà eu un débat sur le sujet

    http://auxfrontieresdelextreme-centre.blog.tdg.ch/archive/2008/10/07/le-faux-probleme-du-pseudonyme-sur-les-blogues.html

    et j’ai donné mon avis en particulier sur la Liberté qui fait qu’Internet est encore aujourd’hui (pourvu que ça dure) un lieu ou tout le monde peut s’exprimer sans contrainte.

    J’ajouterais que dans une société médiatique qui met de plus en plus l’accent sur le messager en oubliant souvent la teneur du message, j’aime assez l’idée d’être à contre courant en misant tout sur le message, sans se soucier de l’identité du messager. Dans ce sens, se cacher derrière un pseudo consiste, selon moi, à faire preuve d’une humilité aussi rare qu’édifiante.

    Ceci dit, je pense aussi que le respect est à la base de tous les échanges et que les messages, anonymes ou non, qui manquent de respect s’ils ne doivent pas être censurés, méritent au moins d’être ignorés.

    Maintenant, on peut également se poser la question de savoir à partir de quel moment on est (ou pas) dans le non respect….

    Bref, on n’est pas sorti de l’Auberge !

    Vincent Strohbach www.proposition.ch liste no 12

  • Cher M. Décaillet : on voit que vous ne connaissez pas grand-chose de Voltaire - si ce n'est son pseudo le plus connu...

  • Que ce sujet devient fatigant a force d'être rebattu. M. Décaillet (je suppose, mais je n'en suis pas certain sans avoir vérifié, que c'est son vrai nom), admet lui-même que parmi les contributions qu'il lit en provenance d'auteurs à pseudonymes, il en est de grande qualité. Tout le monde peut constater que parmi celles qui figurent ici-même et qui sont signées, certaines ne le sont pas. M. Décaillet est certain, d'autre part, comme Jean Romain, par exemple, que tout le monde le connaît, alors qu'à moins de suivre régulièrement l'actualité genevoise on peut très ne pas savoir de qui il s'agit. Enfin, le temps qu'il faudrait pour vérifier l'authenticité des noms donnés comme vrais peut tout aussi bien être utilisé pour éliminer les message injurieux, diffamatoires ou simplement idiots. Vous ne me ferez pas croire que vous reconnaissez les noms de tous ceux qui écrivent en utilisant ce qui ressemble à un vrai patronyme. Il est donc nécessaire de faire confiance. Pourquoi cette confiance serait-elle impossible ou inadaptée envers ceux qui écrivent sous pseudonymes?

  • Totalement d'accord avec vous Monsieur Décaillet.
    Il faut en toutes circonstances avoir le courage de ses opinions.
    Ceux qui se cachent derrière un pseudo pour se permettre de vomir sur leurs voisins et déverser leur fiel sur tout et n'importe quoi ne sont que des lâches.
    Il est certes des circonstances où un anonymat peut/doit être requis, mais cela n'est nullement le cas lors d'un débat public ou assimilable comme tel.

  • Cher M. Décaillet,
    Chers collègues réagissants,

    Voici les premiers et les derniers mots d'un des grands de notre siècle, Nobel comme Le Clézio, et pourtant, incomparable, Alexandre Soljénitsyne, il y a 30 ans, 4 mois et 5 jours :

    " Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l'Ouest aujourd'hui pour un observateur extérieur. (...)

    Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n'avons pas d'autre choix que de monter ... toujours plus haut."

    (Alexandre Soljénitsyne, Le Déclin du courage, Harvard, 8 juin 1978)

    Il me semble que Pascal Décaillet n'a pas tort de cette dénonciation. Peut-être Voltaire n'est pas le meilleur exemple de courage en général, ni de courage éditorial en particulier, j'en conviens. Cependant, la liberté d'expression a pour pendant la responsabilité. Pascal Décaillet a l'honnêteté de fonctionner de la sorte, c'est à son honneur.

    Le jour où les hommes s'arment de convictions, il est bon qu'ils n'oublient pas l'honnêteté, car la confiance a besoin de vérité pour fonctionner. Pour ma part, je ne saurais m’accomoder d’un monde truqué où les tricheurs sont rois.

    Bonne semaine à tous,

    Bertrand Loze

  • Comme déjà mentionné dans un commentaire non-publié pour une raison obscure, ceux qui voudrait prendre connaissance d'un sujet similaire déjà traité dans le blog du modérateur de la TDG, JF Mabut, peuvent se référer au liens suivant :

    - http://jfmabut.blog.tdg.ch/archive/2007/12/20/commentaires-et-anonymat-les-points-sur-les-i.html
    - http://jfmabut.blog.tdg.ch/archive/2007/12/21/commentaires-et-anonymat-suite-et-pas-fin.html

  • J'espère que, par souci de cohérence, M. Décaillet ne reçoit pas dans ses émissions des interlocuteurs, par exemple des politiciens, à qui il arrive de mentir, ou qu'il les dénonce. Il doit aussi s'abstenir d'admirer la plupart des sportifs, qui, selon les moeurs sportives en vigueur, ne trichent que s'ils se font attraper. Je constate aussi que pour beaucoup de correspondants qui abhorrent l'usage du pseudonyme, celui-ci n'est utilisé qu'à des fins d'insulte et de dénonciation.
    Je ne vais pas répéter les raisons pour lesquelles j'accepte cet usage et l'utilise moi-même ici, mais il me plaît d'affirmer, sans du tout imaginer être cru, que mon éducation et mon âge me placent dans une catégorie de gens pour qui sport venait de l'anglais "sport" (amusement), qui laissaient leurs bicyclettes n'importe où dans la ville sans cadenas, qui ne connaissaient pas dans leur jeunesse ce que pouvait être un prêtre pédophile, pour qui les musulmans étaient plutôt des gens qu'ils associaient avec les Mille et une Nuits qu'avec la gorge tranchée d'un cinéaste hollandais, pour qui les avocats, les médecins, les juges et les politiciens étaient tous des gens très convenables et importants, que ne fréquentaient d'ailleurs pas les gens pauvres, simples et insignifiants comme nous.
    La TV n'existait pas, les natels non plus, on répondait à la porte sans craindre une attaque, on faisait en sorte confiance un peu à n'importe qui, par ignorance, naïveté et parce que c'était l'époque, j'imagine.
    Maintenant les vélos sont cadenassés, les sportifs dopés, les coups de téléphone proviennent de gens inconnus qui veulent nous rouler d'une manière ou d'une autre, les natels et téléphones indiquent ou non le numéro de celui qui appelle ... je m'arrêterai ici pour ne pas revenir sur les aspects les moins ragoûtants que j'ai énumérés. J'ai aussi dû apprendre que la Rita, Jocelyne ou Michèle (et à l'occasion même Michel) dont les messages me parviennent régulièrement sur Internet, accompagnés de toutes sortes de promesses, ne sont pas des dames que j'ai impressionnées par les restes de mon allure, que les Nigérians qui veulent déposer des millions sur mon compte en banque sont des méchants noirs (et donc pas ceux dont parlaient les missionnaires de mon enfance), qu'il existe des gens capables de lire ou d'effacer à distance tout ce qu'il y aa sur mon ordinateur, et tant de chose encore que feu mes parents n'auraient pas pu imaginer un instant.
    Alors, à ma grande honte, je suis devenu prudent, parfois méfiant, exagérément bien sûr, comme certains vieux, je cherche à protéger mes petits enfants d'éventuelles retombées que mes délires pourraient susciter. J'ai aussi renoncé un peu à croire que l'on pouvait voir le monde de manière aussi idéale que j'imaginais que mon cher Pasteur le fît, lui qui me recommandait la lecture de Montaigne le grand sceptique, visitait les prisons et devait donc être au courant de tout ce que j'ignorais. Mais je ne peux m'empêcher de lire dans les propos de mes contradicteurs cette vieille et belle morale protestante, qui en l'occurrence fonctionne, hélas, dans un vide crée par les conditions-même de la technologie moderne.
    J'ai cependant gardé un réflexe de cet ancien temps: il ne m'est jamais venu à l'esprit de penser qu'un de mes contradicteurs pouvait utiliser un pseudonyme à mauvais escient ou par lâcheté. Je le laisse libre d'apprécier ce qu'il pense pouvoir et devoir faire dans les circonstances que sont les siennes. Je lui fais confiance, vieil idiot que je suis.

  • "Je l’écris et le répète depuis le premier jour : rien, ou presque, dans la Suisse d’aujourd’hui, ne justifie l’usage de l’anonymat dans l’expression d’une opinion publique. Nous sommes dans un pays libre, démocratique, nul ne risque pour sa vie, nul n’encourt la Bastille."

    Et si on parlait de l'anonymat de ceux qui font des "dons" aux partis?

  • C'est bon, j'ai fini par céder (forcé par Victor Dumitrescu mais je l'ai bien pris), vous saurez tout ou presque en lisant mon dernier billet:

    http://auxfrontieresdelextreme-centre.blog.tdg.ch/archive/2008/10/16/lettre-a-j-f-mabut-au-sujet-de-la-disparition-du-blogue-de-v.html

  • Et puis, ne pas se dévoiler permet de frappe sans risquer le retour de manivelle !

  • Et ce qui est pratique c'est qu'on peut donner des coups tous azimuts sans aucun risque de recevoir le bâton en retour. Vive l'anonymat !

  • Je signale cet excellent billet à propos de "l'anonymat du blogueur, un nouveau rapport du journaliste et de son lecteur
    http://novovision.fr/?L-anonymat-du-blogueur-un-nouveau
    faisant référence au blog de la journaliste alochia (pseudo)
    http://laplumedaliocha.wordpress.com/2008/10/18/imperieux-anonymat/

    « Laissez-nous nos masques, c’est la liberté des humbles. »

  • Etre jugé essentiellement sur la qualité de ses propos, la force de sa plume, l'impertinence outrancière sans être catalogué est un exercice d'expression libre. Absolument libre, libre de préjugés, débarassé des stéréotypes ! quant aux insulteurs, l'administrateur du blog les connaît donc pas si anonymes que ça ! Voilà le vrai forum ! ce sont les idées qui intéressent pas les gens, dommage pour les narcissiques mais vous pouvez toujours signer de votre vrai nom, personne ne vous en empêchera.

  • Cher Pascal Descaillet,
    Je découvre avec réconfort que vous êtes parmi ceux qui déplorent l'anonymat accompagnant les commentaires aux blogs de la tdg. Ceux-ci risquent de devenir, à la longue, ce que j'appelle "le vomitorium des couards".
    J'en viens d'en faire la triste expérience sur le blog de Pierre Emerhach à propos du savant et philosophie israélien Yeshayahou Leibowitz.

    J'y ai été insulté nommément et personnellement par un certain "Maurice", qui reconnait avoir connu mon père et me connaître personnellement, car je lui ai livré mon identité. Mais il a refusé quant à lui de me livrer la sienne.
    Ses insultes à mon encontre ont atteint un degré de violence inimaginable. "En connaissance de cause", il m'a accusé à deux reprises "d'avoir fait le malheur de toute ma famille", "d'avoir abandonné mon père de 102 ans", et s'est même autorisé à signer un de ses commentaires au nom de ma fille, qui me maudirait pour avoir fait tant de mal à toute ma famille.

    Face à de telles calomnies totalement scandaleuses et injustifiées, j'ai décidé de déposer une plainte pénale contre ce "Maurice".
    Or il se trouve que J.-F. Mabut vient de m'avouer qu'il est impossible de découvrir l'identité de ce personnage !!

    Alors je m'interroge : la liberté d'expression sur les blogs doit-elle donner un sentiment d'impunité totale à ceux qui violent les règles élémentaires dont le code pénal voudrait se faire le défenseur ? Dès le moment où la tdg ne juge pas utile d'exiger, à titre confidentiel bien entendu, l'identité des intervenants ayant choisi un pseudo, n'encourage-t-on pas certains individus à narguer la loi tout en sachant qu'en dernier ressort on ne disposera d'aucun moyen pour les poursuivre (en cas d'abus grave et manifeste) ?

    Le réalisme pragmatique de la Tribune ne peut-il être assimilé à une forme de "cynisme promotionnel", dès le moment où celle-ci estime qu'il faut prendre ce genre de risque afin de rendre les blogs plus vivants ? Terrible question ...

  • Dans le deuxième paragraphe de votre écrit, vous citez la fonction publique et le devoir de réserve. Vous faites également l'apologie du courage ...

    Demandez à un candidat au Grand Conseil, Marc FALQUET ce qui lui est arrivé quand il a fait preuve d'un grand courage en écrivant directement à son chef de département ce qu'il pensait. Il n'a fait que dire tout haut ce que la majorité pensait. Il ne sait pas adressé à la presse (même si ensuite l'histoire est parue), il n'est pas intervenu sous couvert d'anonymat dans un blog, il a envoyé un e-mail au chef du département : il ne fait plus partie de ce département.

    Certaines informations, et la Tribune le sait bien, ne sortiront que sous le couvert de l'anonymat !

    Comme l'a dit un des intervenants, si le forum est modéré et que l'anonymat ne sert pas à insulter impunément autrui, je ne suis pas contre (étant fonctionnaire, certains diront que cela m'arrange ...).

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