Le chômage monte, donc tout va bien

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Un communiqué de presse sur les chiffres du chômage, c’est toujours un exercice de style. L’avaler, le reproduire comme tel, sans en décortiquer la sémantique, c’est benoîtement porter la parole du pouvoir.

Dernier exemple, la prose commise aujourd’hui par l’Office cantonal de l’emploi nous annonce que le taux de chômage est passé, à Genève, de 5,9% à 6,2% entre décembre et janvier. C’est une hausse importante. Ce sont les faits. Et cela devrait être le titre.

Le titre ? Lisez celui du communiqué officiel : « Hausse du chômage en janvier : Genève suit la tendance nationale ». Certes. Mais voilà diluée, par une adorable pirouette aussi gracile qu’un petit rat de l’opéra, la réalité intrinsèque de Genève.

Manipulation ? Le mot serait trop fort. Disons astuce. Laquelle tourne presque à l’ubuesque lorsqu’on nous explique, quelques lignes plus tard, que le nombre de chômeurs progresse moins à Genève qu’au niveau suisse. Juste en omettant de nous rappeler qu’en valeur absolue, le chômage genevois demeure au double de la moyenne nationale.

Pirouettes ? Cacahouètes ! Peanuts. Juste un petit apéritif avant les votations, et n’ayant – bien entendu – strictement aucun rapport avec le menu électoral de ce week-end.

 

Pascal Décaillet

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Commentaires

  • Et Rolex qui délocalise à Bienne, après s avoir profité durant des années du roulement ad infinitum des temporaires via des agences d'emploi. On a laissé faire tous ces abus et aujourd'hui où vont ces 700 temporaires ? Ils plongent dans un vide sidéral sous l'oeil complaisant d'un OCE qui a bien fermé les yeux et les oreilles.

  • Pascal, il me parait au contraire extrêmement sain de souligner que la hausse genevoise est liée à la conjoncture internationale et qu'elle fait même un peu moins mal - donc mieux - que le reste de la Suisse.
    Ce mieux est tendanciel depuis un moment, très précisément depuis le moment où sont entrées en vigueur les mesures prises par le conseiller d'Etat concerné, à savoir le radical François Longchamp.
    Le fait que le chômage genevois soit structurellement plus élevé que celui du reste de la Suisse ne fait que rendre la performance du radical plus remarquable. Quant aux raisons de cette anomalie genevoise, elles sont multiples, y compris culturelles et liées aussi aux errements du passé, qui ont pu encourager le chômage de longue durée.
    Ce taux de chômage, cela peut être aussi le prix à payer pour une économie particulièrement dynamique et réactive, mais qui n'a pour ainsi dire pas de secteur primaire ni secondaire. Donc un manque certain d'emplois qui permettraient de recaser des chômeurs de longue durée et des "cols bleus".
    Les mesures déjà prises par le Conseil d'Etat sont notamment d'avancer dès 2009 la réalisation de grands travaux prévus pour 2010, mais en réalité déjà prêts à démarrer.
    Le prévisible retournement de conjoncture et le peu d'économies réalisées dans les départements gérés par la gauche - notamment le DIP - font que, comme le souligne Pierre Kunz dans son blog ci-dessous, les moyens financiers manquent pour faire davantage, si l'on veut éviter d'exploser le déficit cantonal !

  • "Ce taux de chômage, cela peut être aussi le prix à payer pour une économie particulièrement dynamique et réactive"

    Peut-être que vous avez raison, mais ce prix n'est pas matériel, les chômeurs et les personnes en situation précaire seraient en quelque sorte le prix à payer pour le bien-être commun. Je pense que c'est très peu porteur d'espoir et d'envie d'avenir pour les personnes qui font partie de ces "sacrifiés".

    Je n'ai pas (plus) de croyance dans une communauté équitable. Mais chacun doit avoir sa chance.
    Plus de vision à long terme sur les besoins par corps de métier, des reconversion ou des formations supplémentaires cohérentes en cas de chômage. Il y a des choses à faire. Et peut-être plus de professionnels dans ces bureaux de chômage. Un exemple: j'ai vu nombre d'informaticiens au chômage devoir suivre des cours de développement java, un domaine où il y avait de la demande. Sauf que pour le 95% ces cours n'avaient rien à voir avec leur métier, donc inutilisables. La personne en charge de ces informaticiens n'avaient aucune idée de ce qu'était leur métier.
    Des mesures qui semblent baclées et donc qui en deviennent inutiles.

  • la crise économique est une une crise systémique. Nos systèmes sont défaillants, changeons-les .

  • @Philippe Souaille

    Je crains, cher Philippe, qu'il ne faille que tu consultes le budget de l'Etat 2009 (tu m'excuseras mais c'est un peu mon 2ème domicile, je le connais assez bien). On y trouve des chiffres intéressants :
    dpt des finances : 80,17 mo de charges en moins par rapport à l'an dernier
    dpt du territoire : aux comptes 2007 : 499,67 mo de de charges
    au budget 2009 : 381, 72 mo de charges
    dpt DIP : aux comptes 2007 : 2288 mo de charges
    au budget 2009 : 2123 mo de charges
    dpt institutions : aux comptes 2007 : 540,91 mo de charges
    au budget 2009 : 578,75 mo de charges
    dpt économie/santé : comptes 2007 : 978,37 mo de charges
    au budget 2009 : 1141,91 mo de charges
    dpt solidarité/emploi : aux comptes 2007 : 1608,27 mo de charges
    au budget 2009 : 1639,74 mo de charges
    dpt DCTI : aux comptes 2007 : 690,89 mo de charges
    au budget 2009 : 722,11 mo de charges

    si tu veux comparer en termes gauche/droite les économies réalisées dans les départements il faut être plus prudent, non ? C'est un peu brut mais les chiffres sont ceux-là et tu t'appuies un peu hâtivement sur le blog de Pierre Kunz. Bien entendu il y a des explications particulières pour chaque département, mais ton propos ne tient pas la route.
    reste à savoir si les Verts c'est aussi la gauche !
    bien cordialement
    p.losio

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