Une petite gifle, Darling ?

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Sur le vif - Dimanche 22.02.09 - 17.25h

 

Il s’appelle Darling, ça ne s’invente pas, et déjà, depuis que je viens de prendre connaissance de son existence terrestre, il est mon chéri, mon trésor. Oh, le beau cas, étincelant comme une cuiller à thé trônant nue au milieu du living room.

De son état, il est ministre britannique des Finances. Dans l’hebdomadaire « The Observer » de ce matin, il vient de donner ses ordres au dictaphone à notre pays sur ce que nous devons faire en matière de secret bancaire. En clair, l’abolir : « La Suisse doit réformer ses lois fiscales et bancaires pour les aligner sur celles de l’Europe ». Dont acte, Aye, Aye, Sir, et surtout pardonnez aux misérables vermisseaux de fromage montagneux que nous sommes, du haut de notre goitre, du plus profond de notre état d’arachnide de farine, de n’y avoir point songé plus tôt.

Ils sont gentils, les ministres britanniques ou allemands des Finances. Chaque fois qu’ils parlent du secret bancaire, ils donnent quelques milliers de voix à la cause de son maintien. Parce que nous, les habitants de ce petit pays bien modeste, bien fragile, bien insignifiant face à la grandeur salée d’Albion, nous avons peut-être, en effet, à nous interroger sur le secret bancaire. Mais il se trouve que nous apprécierions de le faire entre nous, sans chancelier ni échiquier, sans pompes ni circonstances, sans les grands de l’Europe qui nous tannent et nous pourlèchent le poil.

C’est ainsi. Les contours de notre destin, nous aimons les dessiner entre nous. C’est là notre petite faiblesse, notre péché mignon, notre Petit Liré contre vos Palatins. Cela, Monsieur le Ministre, porte un très beau nom, que votre pays a d’ailleurs maintes fois défendu avec panache dans l’Histoire : cela s’appelle démocratie.

Pascal Décaillet

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 21 commentaires

Commentaires

  • Bonjour à toutes et à tous,

    Bonjour M. Décaillet,

    un mot : excellent.

    Bien à vous,

    Stéphane

  • La démocratie, cher Pascal, est indissociable de la liberté. Et comme vous le savez, ma liberté, comme la vôtre, s'arrête là où elle commence à empiéter sur celle d'autrui. Alors apparemment, ce M. Darling met ses grands pieds britanniques là où il ne devrait pas, mais en réalité, en accueillant chez nous l'argent de ceux qui chez eux cherchent à contourner les lois démocratiques, c'est nous qui avons commencé à empiéter sur leur liberté.
    Nous n'avons pas à nous immiscer dans leur débat politique de savoir où placer le taux d'imposition. Ce n'est pas nos oignons et ils sont donc légitimés à venir chercher leur argent là où il se trouve. Pour autant ben sûr qu'ils ne pratiquent pas eux-mêmes l'une ou l'autre forme de concurrence fiscale peu loyale. Or il se trouve que la Perfide Albion t mérite fort bien son nom sur ce poin.
    Il y a bien longtemps que les joyaux de la Couronne ne sont plus enfermés à la Tour de Londres, mais émergent ça et là, dans le Channel (les Iles anglo-normandes) ou dans les caraïbes. Et ça rapporte gros. C'est sur ce point qu'il faut se battre:
    "Messieurs les Anglais, fermes vos Paradis les premiers !" Alors, mais alors seulement nous vous suivrons, surtout si Singapour, Dubaï et Hong Kong en font autant...

  • N'y a-t-il pas un lien plus ou moins étroit entre le Royaume Uni et les Iles anglo-normandes, dont la célèbre Jersey avec ses trusts si utiles à ceux qui veulent dissimuler des choses au fisc?

  • Un peu anachronique, ce texte, un peu anchronique depuis que l'ancien employé d'UBS Merz et l'ancien employé d'UBS Haltiner ont cédé à l'Oncle Sam de façon tout à fait horizontale.
    Question gifle, on serait plutôt en train de récupérer de celle qu'on a reçue.

  • Oui - excellent !
    Et... merci beaucoup...

  • Le secret bancaire existe aussi en France. Pourquoi les agences bancaires des régions frontalières ne donne pas les noms de titulaires étrangers de comptes aux autres pays européens. Quand je demande des documents pour déclarer des coupons aux impôts à Genève, je dois expliquer la procédure à l'employé, car il semble que les autres clients suisse ne déclarent pas forcément leurs avoirs. Et oui je dois être un imbécile.

    Combien de suisse à Londres qui payent des forfaits fiscaux?

    Pourquoi ne pas nationaliser les filiales d'entreprises américaines installées à Geneve précisément pour des raisons fiscales.

    Pourquoi les pays europeens ne demandent ils pas aux filiales de leurs banques installées en Suisse de donner les noms de titulaires litigieux.

    Enfin il est plaisant de croiser dans les rues de Geneve quelques hommes politiques francais, Balladur, Mitterand fils, Marchiani......

    La Grande Bretagne est un refuge fiscal pour les Suisses et les français, la Suisse pour les français, les Anglais et les Suédois, Monaco pour tous le monde sauf les français, la Belgique pour les français les anglais. Bonjour l'entraide européenne. Il faudrait harmoniser cela en même temps.

  • A Edelweiss : e secret bancaire n'existe pas en France! A partir du moment où vous y demeurez, non seulement les RG connaissent vos comptes dans une banque françaises, mais également la plupart des prestataires de services: gaz, électricité, loyer, etc. car vous n'obtenez RIEN sans fournir un RIB.
    L'Etat peut en tout temps savoir quels sont vos comptes et de combien vous y disposez de crédit...

  • Suis aussi d'avis que nous devons régler cela entre nous, comme dans une vieille et désuète démocratie dont je n'imagine pas pouvoir me passer.
    en revanche suis inquiet de constater que suite à cette affaire FINMA, certain constituant genevois, remette en cause le lien confédéral et en appelle à l'indépendance de genève.
    p.losio

  • Relax Pierro, c'était déjà dans le programme du MCG pour la constituante. A l'époque, l'idée, c'était: "pour nous défendre vis-à-vis des frontaliers, et obtenir davantage d'avantages de l'Union européenne, faut que Genève devienne indépendante".
    Ces gens confondent la réalité avec Alice au pays des Merveilles. Ils n'ont rien compris aux rapports de force et sont atteints du syndrôme de l'enfant pourri gâté. Ils s'imaginent que dans le concert des Nations, il suffit de dire "Je veux et j'exige" pour obtenir tout ce dont ils ont envie.
    Heureusement, ils dégagent beaucoup de poussière dans les blogs en multipliant les alias, mais ils ne représentent qu'une tout petite frange de la population.

  • Cher Pascal, ma foi, vous nous livrez encore un excellent article! La complaisance habituelle du monde politique qui généralement laisse croire que ses discours sont de l’action s'avère encore une fois hallucinante ...

  • On parle abondamment du secret bancaire, sans même définir son étendue. On n'échappera pas aux malentendus et aux incompréhensions tant qu'on abordera pas cette étendue du secret.

    Il semble acceptable pour tout le monde que le secret bancaire soit conservé si votre voisin venait demander au guichet de votre banque, combien vous avez de comptes à votre nom, quels sont les numéros, les soldes et les dernières transactions.

    En revanche, ce secret bancaire doit-il permettre au contribuable, résidant en Suisse, de cacher au fisc le montant de sa fortune ?
    N'est-il pas légitime que le fisc puisse obtenir le détail des relations bancaires de chaque citoyen si la loi fiscale oblige ce même citoyen à payer un impôt sur sa fortune ?
    Sans donner au fisc la possibilité de s'informer, l'impôt sur la fortune (en liquidités) n'est qu'une vaste hypocrisie, une porte ouverte à toutes les injustices.

    Lorsque cet impôt sur la fortune est une loi d'un pays démocratique tiers et qu'une banque Suisse ou étrangère, donne au contribuable de ce pays les moyens de contourner cet impôt, cette banque est complice de fraude.
    Or le secret bancaire est précisemment le moyen de contourner le fisc et ce moyen a été ouvertement proposé par l'UBS à ses clients américains pour échapper au fisc américain.
    Il faut avoir un fond malhonnête pour défendre ce secret bancaire là, en dépit des lois démocratique d'un pays tiers.

    Mais il est encore plus choquant de défendre le secret bancaire lorsque le titulaire de compte est un criminel.
    Contrairement à une croyance largement répandue, il ne suffit pas qu'une personne soit accusée d'un crime pour que les autorités judiciaire puissent obtenir les détails de tous les comptes bancaires auprès de toutes les banques du pays. Il faut impérativement qu'une relation soit prouvée entre la provenance criminelle des fonds et une banque ou un compte particulier.
    Autrement dit, les banques refuseront de dévoiler toute information en l'absence d'une relation criminelle prouvée avec un compte soigneusement désigné.

    Ainsi, si la justice peut prouver la culpabilité d'un mafieux et le montant du revenu de l'activité criminelle, elle ne pourra pas forcément mettre la main sur le compte où sont entreposés les fonds provenants du crime.
    Que le coupable enterre sa fortune à la lisière d'une forêt ou la dépose dans une banque sans laisser de trace de ses transactions, la justice ne pourra pas saisir cette fortune criminelle.
    Le secret bancaire considère à priori que chaque compte est légitimement approvisionné en l'absence de preuve contraire. Donc en l'absence de preuve criminelle, chaque compte est protégé par le secret bancaire.

    Donc en dehors du secret bancaire admis qui permet de se protéger à l'encontre de curiosités illégitimes de privés, le secret bancaire qui empêche les autorités de faire leur travail de contrôle, favorisent surtout la fraude et la criminalité.

    Quel est l'intérêt des gens honnêtes de maintenir le secret bancaire dans sa définition large suisse, anglo-normande ou des Bahamas ?

  • Dans un monde de loups,d'hypocrites, l'agneau se fait dévorer. On veut notre peau, alors peu importe dans le fond que nous ayons un peu tort ou pas tout à fait raison. Luttons pour notre survie, montrons que nous avons aussi des dents et vendons chèrement le peu qui nous reste.On va souffrir,alors que ce soit la tête haute !
    Eric Leyvraz, Président du Grand Conseil.

  • Pas toujours, voire rarement d'accord avec Pascal Décaillet, je lui reconnais toutefois un certain talent et même un talent certain ...

    Aujourd'hui avec ce billet, non seulement je savoure sa prose, mais partage aussi son point de vue sur l'hypocrisie britannique, incarnée par Gordon Brown et Alistair Darling. Car pour qui connaît un peu le système bancaire britannique et ses pratiques, comment ne pas y voir l'attaque frontale et déloyale d'un concurrent bondissant dans ses "starting blocks" de peur de ne pouvoir assister à temps à la curée, après l'estocade portée par les USA sur la Suisse par UBS interposée. Si ces attaques émanaient encore d'un pays aux pratiques vertueuses on pourrait le comprendre, mais venant de Grande-Bretagne, alors là ça ressemble étrangement à l'appel de la jungle avec le cri des hyènes dans la nuit africaine ...

    La Suisse il faut bien le dire porte une part de responsabilité dans les événements actuels car à trop vouloir privilégier l'Alleingang, nous en payons aujourd'hui le prix, et ce n'est pas terminé.

    Il est urgent que nous nous posions des questions sur notre avenir, que nous engagions un débat national sur notre isolement politique, sur la pertinence de conserver le secret bancaire sous sa forme actuelle, avec la distinction entre "soustraction fiscale" et "fraude fiscale", car à force de réagir aux événements plutôt que d'être proactifs, cette politique un peu autiste pourrait nous coûter très cher ...

    Il est urgent de nous remettre en question, de prendre notre destin en mains, avant que les autres ne s'en chargent eux-mêmes en nous imposant leurs propres solutions sous la contrainte ...
    Nous aurons un avant-goût de ce qui nous attend au terme de la réunion préparatoire de Berlin et plus encore lors de celle du G20 à Londres.

    L'indépendance n'a pas de prix, mais elle a un coût et les enchères montent !!!

  • @ Jean Merek :

    " ... Pourquoi les pays europeens ne demandent ils pas aux filiales de leurs banques installées en Suisse de donner les noms de titulaires litigieux...."

    Réponse :
    Tout simplement parce que ces filiales relèvent droit suisse et c'est d'ailleurs l'une des raisons qui expliquent leur présence sur sol helvétique ...

  • @ praline - Connaissez-vous ces dames qui s'appellent la Jalousie, l'Envie, la Revendication et la Haine ?

    Parce que si j'ai gagné mon pain à la sueur de mon front et qu'au lieu de jouer à la cigale j'ai préféré être fourmi, pourquoi dois-je être sujette à ces satanées envies des cigales qui m'envient à longueur de journée ?

  • @ Severine I.

    Je crois que vous vous trompez d'interlocuteur... Je sais que la France ne connaît pas le secret bancaire...

  • Toujours mettre la faute sur les autres. L'éternelle ritournelle des biens pensants qui voient les vilains étrangers en vouloir à leurs petits secrets. Incapable de remarquer que les développements récents que vous déplorer viennent du sérail bancaire que vous tentez de protéger si maladroitement.
    L'affaiblissement soudain et brutal d'un secret bancaire déjà pris à partie auparavant est bien le fait des dirigeants cupides, mesquins, hautains et sans scrupules de l'UBS. Et qu'on ne vienne pas me dire que les armées de juristes et fiscalistes américains ne les avaient pas prévenus. Quand la suffisance tient lieu d'horizon on se prend les pieds dans le tapis.
    Que les USA fassent une intolérable pression sur la Suisse pour court-circuiter les procédures en cours? et toute la classe politique de brailler dans un concert de vierges effarouchées. Tous font semblant de ne pas voir les lenteurs coupables de la justice helvétique en la matière, par ex. les 25 ans de procédure de l'état philippin pour retrouver les fonds Marcos.
    Et maintenant on est parti pour deux semaines de renvoi de la patate chaude entre FINMA UBS et CF, c'est tout simplement pathétique alors qu'une crise majeure vide les carnets de commandes de nos entreprises exportatrices.
    Souvenez vous d'il n'y a pas si longtemps encore lors de la fusion UBS SBS et des "tailles critiques" et de "rayonnement de la place financière suisse" qui permettait au parlement de faire des cadeaux fiscaux aux banques chaque fin de législature. Ben oui la taille est tellement critique qu'on ne peut même plus la laisser couler comme elle le mérite.
    Quid de ces commissions avec des membres largement rétribués tels que la COMCO CFDB ou FINMA qui nous bourrent le mou à longueur d'année et ne sont là que pour nettoyer le sol devant les pieds de banquiers et faire des courbettes quand ils passent, pensez, s'ils travaillent bien ils auront peut-être un siège d'administration!

  • Il faut simplement se rendre à l'évidence que tout n'est que hypocrisie totale dans cette question, comme dans bien d'autres. Ou bien, pour éviter un terme si dur, disons intérêt national et personnel camouflé cous de fallacieux prétextes moraux. Ceux qui possèdent veulent conserver et les autres veulent acquérir. Les exceptions existent mais elles le restent.
    Les pays les plus puissants essayent d'imposer aux autres les règles qui leur conviennent à eux, jouant si possible d'arguments moraux qu'il trahissent dès que la nécessité politique s'en fait sentir. Inutile de s'en effaroucher et hypocrite (ou très naïf) à notre tour de faire semblant d'obéir à d'autres règles que celles de la protection de nos intérêts. C'est valable pour les nations et valable pour la majorité des individus, et d'autant plus qu'ils sont dans le besoin ou la détresse.

  • A philippe Souaille,

    Si il y a bien une personne qui dégage beaucoup de poussière et qui brasse de l'air putride, c'est bien vous.

    Vous ne respectez pas les personnes votant pour le MCG et c'est réciproque.

  • Edelweiss,

    Vous contestez l'impôt sur la fortune.
    C'est votre droit, mais ce n'est pas l'objet de ce débat.
    Soit l'impôt sur la fortune est valable pour tout le monde, soit il doit être supprimé.
    Ceux qui veulent échapper à l'impôt en fraudant ne sont ni des cigales, ni des fourmis. Ce sont des voleurs.

    Cexu qui demandent que les voleurs soient punis, ne sont ni des envieux, ni des jaloux. Ce sont des victimes qui demandent réparation.

  • Continuez comme ça M. Décaillet, vous signez là votre meilleur billet !!
    Dans pas longtemps vous aurez rejoint le camp des souverainistes où vous vous trouvez déjà, comme M. Jourdain, sans le savoir. Il est loin le temps de votre idôlatrerie pour Delamuraz et l'idéal européen. Encore Bravo. Dans cettte affaire il faut se souvenir de George Orwell: "il y en a qui sont plus égaux que d'autres".

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