Moritz, Sa Majesté des Mouches

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J’ai toujours pensé qu’au-delà de l’au-delà, plus loin que l’Apocalypse, là où s’évapore l’ultime éther de l’univers, il y avait Moritz Leuenberger. D’ellipses en éclipses, ce Pierrot lunaire en errance semi-consciente sur le chemin terrestre se maintient en son règne, au demeurant interminable, par la seule grâce de bons mots qu’il décoche avec une célérité inversement proportionnelle à l’énergie qu’il investit en politique.

De cet esprit en perpétuelles fiançailles avec l’irréel, nous savions déjà qu’il aimait l’art contemporain, les galeries zurichoises, les aphorismes de Lichtenberg, les sushis pour bobos, la poésie concrète. Mais nous ignorions encore les mouches.

Oui, les mouches.

Interrogé par l’Hebdo de cette semaine sur l’avenir du papier, en concurrence avec la toile, le Prince de l’Esquive a cette belle phrase : « Tant qu’on pourra écraser une mouche avec son journal, la presse imprimée existera. Avec l’internet, on n’a encore jamais réussi à supprimer une mouche ».

Voilà qui nous rassure. A maints égards. D’abord, nous savons enfin à quoi le ministre occupe ses journées dans son bureau. Ensuite, nous découvrons avec bonheur que la presse peut avoir, à ses yeux, une forme d’utilité.

Sous la clarté lunaire, juste l’ombre d’un doute : en connaissant toute l’étendue des ultimes outrages que les humains peuvent imaginer d’infliger à une mouche, une question, raide comme une pénétrante, nous traverse : se contente-t-il, au moins, de les tuer ?

Si oui, plût aux dieux que ce fût le dernier de ses crimes.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

  • Pardon, Moritz Leuenberg a émis quelques doutes sur l'opportunité du rapprochement télé - radio. Ce n'est pas anodin si l'on songe que la TV romande a réussi son putch en écartant toute autorité démocratique de surveillance avec sa victoire européenne pour faire passer son brûlot "l'honneur perdu de la Suisse".

  • Ne tirons pas toujours sur le seul édile subtil et cultivé! Le seul à lire, fréquenter les théâtres et les galeries d'art, aller au concert, savoir faire la différence entre Sylvie Fleury et John Armleder! Certes, il est inopérant et impuissant. Mais il l'est avec style. Au point d'attiser la jalousies des autres nains de la chanson…

  • L'ironie est certes salvatrice, mais bon sang comment se contenter de ce Néant-ambulant au sein de notre gouvernement. Par ailleurs, il y a également une certaine Cruella qui utilise le papier pour "vendre son pays" je veux parler de la lettre envoyée à l'OCDE pour féliciter cette organisation dont le siège est à Paris de son travail!!!!!!(ouvrez les écoutilles, les scandales pleuvent et valent bien ceux des grandes banques!) Puis encore une EWS qui depuis 15 mois ne s'était pas rendue compte qu'il y avait une Police-fédérale-spéciale au sein de son département et qui s'entraîne au quotidien? Dites-moi que font ces 3 personnes au Conseil Fédéral?
    3 sur 7 c'est grave Docteur ?

  • Parce qu'on attrape pas une mouche avec du vinaigre ... ni avec de l'éther, d'ailleurs! La seule chose que le très étheré M. Leuenberger a réussi, c'est à surfer sur toutes les vagues en créant toutefois quelques tempêtes dans des verres d'eau.

    Des mauvaises langues affirment même que Garbani aurait dû prendre de la graine chez son camarade zurichois : ça lui aurait évité les déboires qu'elle connaît. Le monde à l'envers, donc, tout droit sorti des Enfers ...

    Cher Pascal, merci pour ce portrait si magistralement esquissé !

  • Ca n'a rien à voir avec votre papier.
    je viens de regarder tardivement votre émission et été très touché par le final : c'est beau un patron qui salue publiquement comme vous l'avez fait le travail d'un de ses collaborateurs au moment de son départ.
    p.l.
    .... tout passe

  • Dans mes cours à Rome, nous apprenons à écrire, en italien, en anglais. Mais vous lire m'enchante... quel verbe...
    A bientôt

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