L’âne, le bœuf

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 02.04.09

 

C’est chaud, c’est poilu, ça exhale des océans de tendresse, c’est beau, un papa qui biberonne. Dire le contraire, c’est pousser l’épaisseur de la brute, la bestialité de l’immonde dans des confins au-delà de l’Antarctique. Non ?

Dans ces conditions, j’imagine déjà la douillette unanimité qui saluera la décision du Conseil d’Etat de porter à deux semaines le congé paternité pour les employés de l’Etat. Plumes et cocons, réhabilitation du père, partage des tâches, aurores aux doigts de rose, monde nouveau, humanité changée, plus douce, paraboles de progrès, sandales, vélos, chandails de coton. Le souffle de l’âne et puis celui du bœuf. Et, dans la tiédeur de la paille, Joseph.

C’est beau, tout cela. Entre deux porteurs de myrrhe ou d’encens, il y aura peut-être l’une ou l’autre Fée Carabosse, crochue et purulente, pour oser demander combien tout cela va coûter. L’ignoble créature. Jaillie des entrailles de la saleté terrestre. Médisante. Croûteuse.

Le coût ! Mais comment ose-t-elle, va-t-en sorcière, va, fille de Belzébuth, oser parler d’argent face à la Sainte Famille ! Tu ne respectes rien. Ni les pères, ni les mères, ni le progrès qui va, ni le chant des matins. Ni cette échéance d’octobre, brûlante et sacramentelle, là où se croisent les chemins et se défont les destins. Cela porte un beau nom. Cela s’appelle les élections.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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Commentaires

  • Eh ben oui, je me fous de savoir combien ça va coûter. 2 semaines ce n'est RIEN pour un père. On devrait avoir, comme dans certains pays du nord, 2 ans entiers à se partager librement entre le père et la mère. C'est un minimum lorsqu'on veut décemment encadrer ses gamins.

  • Bonjour Monsieur DECAILLET,

    J'aime lire vos textes, véritables petits bijoux illustrant toujours bien le sujet. Le congé paternité me fait penser à ce magnifique film qui avait fait un tabac au box office français, ce film délicat de Colline Serreau : trois hommes et un couffin. Dans cette crise financière qui n'arrête pas de faire parler d'elle, quoi de plus beau qu'un peu d'humanité, celle de la venue au monde d'un petit être qui pourrait également être bercé dans les bras de son père, dans un espace de temps, hors du temps, celui de deux semaines de congé paternité pour les employés de l'Etat. Et oui, l'argent dans tout cela, un peu de tendresse face à la monnaie sonnante et trébuchante...horrible Fée Carabosse, ne te penche pas sur le berceau tu donneras des cauchemars au petit ange.
    Bien à vous,
    Béatrice FUCHS

  • "deux semaines de congé paternité pour les employés de l'Etat". Très bien! Mais que fait l'État pour ceux qui ne sont pas employés d'État???

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