Arte : un Messie à lacérer les âmes

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Des hommes aux visages d’anges, des voix à lacérer les âmes, des vierges comme des filles de l’enfer, costards cravates, robes d’aujourd’hui. C’était hier soir, sur Arte. C’était le Messie, de Haendel. Vienne. Ensemble Matheus. Chœur Arnold Schoenberg. Si la télévision doit servir à quelque chose, c’est à ce genre de bonheur. Absolu.

Le Messie, pour une fois avec une mise en scène. D’une intelligence époustouflante. Au service de l’oratorio, juste pour mettre en action ce qui doit l’être. Rien de trop, juste l’essentiel : les regards qui se croisent, un homme qui danse, une mortelle qui traduit en langage des sourds-muets l’aveuglante obscurité de la prophétie.

Des hommes et des femmes d’aujourd’hui, devant un cercueil. Celui de qui ? Quelle peine ? Quelle douleur ? Quelle espérance ? Un Messie exhumé des entrailles de l’Histoire. Nul autre costume que celui de l’actualité. Le génie de Haendel. Et la bouleversante actualité de la souffrance des hommes. La chair incarcérée dans l’incertitude. Juste la voix pour dire la mort. L’affronter, peut-être. Mais la dire, oui. Au moins cela.

 

Pascal Décaillet

 

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires

Commentaires

  • Pour le 250ème anniversaire dome Haendel, ARTE nous a offert un bien triste cadeau. Une tentative de viol en direct de ce chef d'oeuvre, sans doute le produit d'un apprenti metteur en scène raté désireux de se faire une réputation. Mais n'est pas subversif qui veut: il faut un minimum de talent. Sans aucun lien ni rapport avec le texte, cela débute dans une clinique psychiatrique où des infirmières sourdes-muettes tentent de faire passer un message en langue des signes, pour finir dans un hôtel de passe où le supposé messie (ex-aliéné ressucité au début) se suicide sur le lit de la soprano deshabillée ! Je passe sur la basse qui chante ses airs magnifiques la cigarette au bec tandis que le messie téléphone, et qui finit par vomir réellement sur scène, peut-être empoisonné !
    Quelle déception que cette soirée en dépit d'une exécution musicale impeccable !

  • Une musique céleste....des interprètes de qualité, une décor angoissant, une mise en scène incompréhensible avec des sous titres aléatoires....
    J'ai trouvé que l'orchestre et les cœurs manquaient d'enthousiasme

    Wagner tournait le dos à la scène quand il était à l'Opéra.

    Un gosse un jour a dit qu' a la radio les images étaient plus belles ! C'est la leçon de cette soirée.

  • Pas une soirée à passer dans un asile j'ai donc zappé. En revanche je ne rate jamais les Mercredis de l'histoire!

  • Quand j'ai su que c'était une version théâtrale, j'ai été tentée de renoncer: j'ai chanté le Messie avec un choeur, pas envie qu'un metteur en scène vienne interférer. Mais c'était bouleversant, parce que c'était la musique même qui était mise en scène.

    Sur la traduction visuelle de la musique, si vous comprenez l'italien, voir
    http://www.webmultimediale.org/videoblog/2009/04/tradurre_la_musica_visivamente.html , compte-rendu de Roberto Ellero de l'intervention de Simone Cericola et Roberta Gherardi au séminaire "Cinema senza barriere" à Milan le mois dernier.

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