Les larmes d'Adonis

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Marathonien aux yeux de saphir, Rolin Wavre est un homme sympathique. Issu de l’humanitaire, comme certains météores le sont de Pluton ou d’Adonis, le secrétaire général du parti radical genevois multiplie les communiqués où il nous inonde de larmes pour regretter le temps béni où la politique se faisait entre gentlemans.

Le temps d’avant Stauffer, avant l’UDC, avant l’émergence, des profondeurs de la fange, de cette bête immonde qui s’en vient tout perturber, tout piétiner, jusqu’à l’éblouissante clarté des Compas et des Equerres. Et pour laquelle une partie de la population, évidemment obscurantiste, frileuse, rétrograde, bernée, a la faiblesse de voter. Ah, les sottes gens, aveuglées, insensibles aux Lumières du grand vieux parti, désertées par la Raison, désespérément accrochées à l’archaïque notion de frontière. Des fauves. Des primitifs. Et puis surtout des mal élevés, qui parlent caniveau. Ne parlent pas salon.

Si j’avais un peu de temps, j’aimerais expliquer à Rolin Wavre, devant un drink, quelque part dans l’improbable proximité d’un green, que la politique n’est pas affaire de morale, ni de pleurnicheries, mais de rapports de force. La communication aussi : sans rien renier des valeurs qui sont les siennes, le parti de Monsieur Wavre a devant lui un océan à traverser pour aller vers un langage plus clair, plus accessible, moins éthéré dans l’apesanteur d’Adonis et de ses sous-satellites. Il ne s’agit ni de hurler, ni d’être vulgaire. Simplement, fortifier le verbe au service de l’idée. Préférer l’indépendante soutenue par la justesse et la vivacité d’une image, à l’enchevêtrement rocardien – ou longetien – de principales et de subordonnées où le locuteur finit par trébucher dans ses propres fils.

Bref, un métier. Mais je suis optimiste : dans la vie, tout s’apprend. Et ça n’est sans doute pas sans quelques millions d’années-lumière d’effort que le rocher Adonis, un soir, bien avant James Fazy, a réussi l’exploit de s’arracher à la pesanteur.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires

Commentaires

  • Mon cher Décaillet, vous voici revenu à votre verve du mois de décembre 2007 lorsque l'UDC cotait à 20% dans le canton de Genève.
    Ce Rolin Wavre serait-ce un autre vous, M. Décaillet ? Tel Jeckhill et M Hyde ?
    Un jour dénonçant le politiquement correct, le jour suivant retombant dans une candeur juvénile inspirée des Lumières ("Perles et pourceaux").
    A ce propos, j'ai remarqué l'autre jour dans Genève à Chaud votre relatif inconfort avec Yves Nidegger dénonçant la démagogie de François Longchamp. J'ose espérer que vous ayez encore suffisamment de sens critique pour dénoncer les membres du gourvernement genevois, y compris ceux de votre sensibilité, et pas seulement les porte-paroles de parti.

  • les larmes de cet Adonis sont-elles la fin du chagrin du repentir de sa mère qui était aussi sa soeur incestueuse avec son propre père? Tout pourrait nous porter à le croire puisque les radicaux sont à deux doigts de commettre l'inceste politique que leur propre Dieu "Fazeus" ne leur pardonnerait certainement pas.
    Mais il est vrai que la politique moderne est faite de va et vient ce qu'en anglais on pourrait appeler roll in & roll out. C'est un peu le sort de ce grand vieux parti père de la République moderne qui tente de se mouler dans les basques de ceux de la rue des Granges pour essayer de continuer à donner du son à un discours de plus en plus creux.
    Oui en politique moderne il faut savoir être synthétique, percutant et sans peur, tout ce qui fait défaut à ce centre mou qui ne survit au pouvoir que grâce à une règle électorale absurde qui assure un siège aux médiocres.

    C'est bien pour cette raison que depuis près de 20 ans Genève est gouvernée par ce qu'elle a de plus terne en stock et que même les partis moralistes tuent ceux des leurs qui ont une réelle valeur politique. Ziegler, Haegi, Balestra et aujourd'hui dans la course ne cours Hodgers et Tornare ont un autre relief politique que le salmigondis qui nous era servis tiède le 15 au soir.

    Alors lorsque Weiss aiguise les flèches d'airain qu'il tire contre Stauffer en faisant croire aux socialistes radicaux et autres PDC en quête de vent porteur, il oublie de leur rappeler que tout ce qui brille n'est pas d'or.

    Malheureusement dans ce marché de dupes c'est bien le Peuple qui risque fort de faire les frais de cette politique sans queue ni tête.

    C'est bien parce qu'à force de rechercher le centre qu'ils se sont perdus et que leur compas ne peut plus leur indiquer la rectitude de l'action et qu'à force de compromis leur équerre ne peut guère mieux leur tracer un angle obtu et non droit comme il tentent pourtant de le faire accroire aux plus naïfs.

    SI Adonis pleure aujourd'hui c'est que se remémore sa naissance, éjecté de l'arbre à myr(age)rhe dans lequel sa mère avait été transformée en punition de son inceste. Ce souvenir doit effectivement être cruel au moment où il va devoir se marier avec son ennemi pour survivre.

    Toutes ces raisons lui font perdre la sienne et il divague sur la morale, qui est à la politique ce qu'est le cache sexe pour une fille de joie, un simple paravent qui ne trompe personne quant à l'issue de la soirée!

    Patrick Dimier

  • Joli blog!
    J'espère que vous viendrez me rendre visite sur le mien:
    http://utopia-666.over-blog.com
    Merci et à plus tard!

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