L’ennemi public

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Tribune de Genève - Lundi 09.11.09

 

Vous avez remarqué comme ils lui tombent tous dessus ? Ici, c’est un docteur-ès-Kabbale, aux intentions aussi pures qu’une vierge cathare, qui lui démonte ses chiffres. Là c’est la Sainte Croisade des sortants qui le voue au bûcher. Il serait menteur, hérétique, destructeur d’équilibre, fossoyeur du bien commun. Rarement candidat au Conseil d’Etat n’aura, à ce point, focalisé les hargnes. Eric Stauffer a, décidément, beaucoup de chance.

Ils se ruent sur lui, tous. Libéraux jaloux du pré-carré rongé, radicaux convertis en vestales donneurs de leçons, n’ayant plus comme refrain que l’horaire continu et la laïcité, toutes choses aussi enthousiasmantes que le journal de bord d’un éclusier que sa femme vient de quitter. Ils regrettent les temps anciens, ils pleurent. Eternels offensés, il ne leur reste que le choix des larmes.

Ce qui peut lui arriver de mieux ? Non pas l’élection. Mais rater, tout en ayant progressé dans les résultats. Et la coalition des sortants, ce quintet d’artifice, qui ne tirerait aucune leçon de cet automne électoral, continuerait dans son arrogance à ignorer cette marge qui, depuis le 11 octobre, dévore déjà un tiers de la page. Et comme en quarante, de cocktails en cocktails, ce petit monde repartirait. Et vogueraient les copains, avec la sérénité de leurs voiles latines. Comme des nefs d’autrefois. Vers l’iceberg.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

  • Votre goût immodéré pour la politique spectacle et pour les malabars de boîte de nuit, cher Pascal, vous fait trébucher. 14 % de 40% de votants, cela n'a jamais fait un tiers de la page. En dépit de tous vos efforts médiatiques et du tapis rouge que vous lui avez consciencieusement lustré au fil de vos émissions, au prétexte qu'il est "un bon client" générateur d'audience.
    Ce qui pourrait arriver de mieux à votre poulain sans qualité - vous en conviendrez - en dehors de son élocution matamore, n'intéresse que ses fans. Le sort de notre communauté de vie dans son ensemble importe à davantage de gens. Et sur ce point, le mieux serait incontestablement qu'un barrage républicain démontre les limites du personnage et la maturité de l'électorat.
    Car en dehors des commentateurs de radio ou de télévision qui se repaissent du scandale et de l'odeur de souffre, l'économie et le social ont besoin de calme, de stabilité et d'efficacité pour avancer.

  • Cher Monsieur Decaillet,

    N'avez-vous pas constaté que depuis près de 236 ans (13 décembre 1773 Boston tea party) le Peuple aime à jeter par dessus bord ce qui entrave ses libertés. Il l'a redit il y a tout juste 20 ans, en dépit d'une répression extrêmement violente, avec le succès que l'on célèbre aujourd'hui.

    Certes nous ne sommes ni à Boston ni à Berlin mais plus modestement à Piogre.

    Il n'empêche qu'ici comme ailleurs, que le Peuple n'aime pas que l'on se paie de sa tête.

    Le 11 octobre il a fait parler la poudre, la plus belle qui soit en démocratie, celle des urnes.

    Aujourd'hui, tels la garde suisse aux Tuileries, les vaincus d'hier tirent leurs dernières cartouches. N'ayant pas plus de plomb dans leur cervelle qu'il n'en n'ont dans leurs pétoires à scandales, ils font feu de tous bois. Y compris celui des flûtes avec lesquelles, tels le Malin lorsqu'il ensorcela Adam, ils tentent de faire accroire au bon peuple que demain ils raseront gratis alors que se sont les murs qu'ils longeront pour mieux fuir leurs responsabilités.

    Dans ce contexte et parce qu'ils ne savent pas comment être meilleurs que lui, ils essayent par tous les moyens d'abattre celui qui risque fort de leur faire perdre l'exclusivité des dessous pas très affriolants de la politique genevoise.

    Ils n'ont pas encore compris que l'on ne s'élève jamais en dénigrant l'autre mais uniquement en étant meilleur que lui.

    Ce qui est affligeant c'est que c'est grâce à un système vérolé qu'ils risquent de rester aux commandes de la République pour son plus grand mal.

    La Constituante devrait changer cela, mais les mêmes la dominent et nous les minoritaires devons pouvoir compter sur les coups de buttoir du Peuple et de la presse pour y parvenir.

    Merci d'avance de nous aider à faire tomber ce mur et de nous permettre d'être des réformateurs grâce au peuple, protestant du mépris de ceux qui le gouvernent.

  • Le statut de tête-à-baffes est une condition sociale provisoirement bien en vue ...
    Mais son titulaire, le moment venu et la passion populiste une fois retombée, sera expédié comme il se doit dans désert, revêtu de tous les péchés endémiques de la République, les fesses irradiant encore les vibrantes caresses d'une certaine Genève, périodiquement poujadiste et crassement protectionniste.

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