La Bugatti et le Pélican

Imprimer

 

L'autre jour, en sa Bugatti, quelque part au Texas, roulait un joyeux Yankee. Belle pièce, rarissime, machine à deux millions de dollars. 16 cylindres, mille et un chevaux. On the road again.

 

Soudain, patatrac : la Bugatti Veyron dévie, chancelle, s’entortille, finit dans 60 centimètres d’eau boueuse, juste le long de la lagune. Et le gros Américain, de l’eau plus haut que les genoux, reste là, tout coi, à la contempler. Devisant sans doute, par dedans son for, sur l’insignifiance des choses.

 

Cette glissaaade, digne de Brel, pourquoi ? Le chauffeur s’en explique : « J’ai juste été distrait par le vol d’un pélican ».

 

A la bonne heure. J’étais sur le point de juger ce bas monde comme définitivement pourri. Ici, les copains. Là, les coquins. Partout, l’argent, l’insolence. Et pourtant, quelque part au-dessus d’une lagune texane, la grâce ailée. Pour l’homme aux mille chevaux, une petite seconde d’envol. Qui certes se paye cher. Mais l’aura délivré, juste un instant, de l’insoutenable boulet de la vie qui va trop droit.

 

Pascal Décaillet

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 1 commentaire

Commentaires

  • Monsieur Décaillet,

    Vraiment très bonne histoire et belle "moralité"!
    Mais savez-vous si l'oiseau était le pélican du très jeune Capitaine Jonathan ou celui de Robert Desnos?

    Un Monsieur Desnos qu'il faut cité absolument aux côtés de Brel! Non pas pour la glissaaaade du père, mais pour l'omelette, car on ne fait pas d'omelette sans casser de... Bugatti!

Les commentaires sont fermés.