Genève : de qui se moque l’Entente ?

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L’insécurité. Dès la mi-août, ils n’avaient plus que ce mot à la bouche. Vous étiez en Valais, vous marchiez sur les crêtes et les moraines, vous écoutiez de temps en temps la radio : on avait l’impression que Genève n’était plus qu’un champ de ruines, livré aux gueux.

Cette campagne, cette surenchère (sur des phénomènes qu’il ne s’agit certes pas de nier), c’est eux qui l’ont voulue, orchestrée. Eux : deux partis de l’Entente, les libéraux et les radicaux. Le PDC a été plus mesuré. L’UDC et le MCG, quant à eux, pataugeaient déjà avec aisance dans ces eaux, dont le trouble leur est naturel. Ils étaient l’original, là où d’autres ont cru bon d’être la copie.

Ces deux partis, oui, ont donné de la voix. Ils ont construit leur campagne de cet automne sur ce thème. C’est leur droit. Mais alors, de grâce, aujourd’hui qu’ils ont triomphé, qu’ils assument ! Ces deux partis ont désormais trois magistrats, dont deux sortants. Qu’ils nous montrent le talent qui est le leur pour résoudre ce que, paraît-il, ni Gérard Ramseyer, ni Micheline Spoerri, ni Laurent Moutinot n’auront débloqué.

Trop facile de mener campagne sur un monothème rugissant, dont on sait à quel point il caresse l’opinion publique, et, une fois la victoire obtenue, se livrer à l’exercice de la patate chaude.

Ne pas assumer l’acte alors qu’on a galvanisé le verbe apparaîtrait, pour le moins, comme un retrait. Avec un e muet supplémentaire, on pourrait même parler de retraite. Et ce mot-là, en l’espèce, serait encore bien faible.

 

Pascal Décaillet

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 10 commentaires

Commentaires

  • Bonsoir,
    Les écailles vous tomberaient-elles des yeux ?
    Hier, vous écriviez un billet laudateur à propos de Mme Pûrro, alors que vous ne l'aviez guère mise en évidence pendant la campagne.
    Et aujourd'hui, vous semblez découvrir une droite frileuse et velléitaire.
    Sans compter vos remarques sur l'UDC et le MCG.
    Dommage que vous n'ayez pas eu cette rigueur d'analyse pendant la campagne.
    Bien à vous.

  • Courage, fuyons!

    Qu'il refile la patate chaude à Beer, que je ne serai pas plus surpris que celà.

  • Surenchère ? Dèjà je vous vois tenter de réécrire l'histoire M. Décaillet !
    Je vous épargnerai ici une énumération fastidieuse des choses qui ne tournent plus rond dans notre république. Je me bornerai à rappeler que lors de mon enfance (il n'y pas si longtemps) on pouvait laisser sa bicyclette sans cadenas dans le quartier des Grottes en comptant raisonnablement la retrouver le lendemain. Ces temps sont révolus. Aujourd'hui des gens venus d'ailleurs peuplent nos prisons et il manque de la place. Des roms circulent dans nos trains pour nous solliciter (quand tout va bien). On parle de racaille que la mauvaise fois française voudrait interpréter comme un refus généralisé de l'autre. Accepter le projet du CEVA me semble en effet relever de la fuite en avant, tant que le débat ne sera pas devenu plus serein en la matière.
    Je n'ai pas vos qualités littéraires M. Décaillet. Mais nous ne sommes plus au temps de Voltaire (philosophe qu'on nous rabâche dans les écoles) et il me semble que, s'agissant du constat sur de notre mixité imposée par des phénomènes géopolitiques, vous manquez singulièrement de lucidité.

  • Merci Monsieur Décaillet,

    pendant toute la journée je me suis dit que l'Entente se foutait allègrement de nous ! Que d'hypocrisie et d'opportunisme ! Le MCG a un bel avenir devant lui !

  • Buvons à la victoire des élus, concernant les morts, vive les loosers.
    Cette campagne était d'un niveau, si on peut encore parler de niveau et il est vrai Monsieur Pascal, que vous avez largement suivi le troupeau de horde de "bêleurs" sans vous y perdre.
    Votre dictionnaire des synonymes semble toujours aussi efficace mais il vous manque de ressort vis-à-vis des errements incontournables de la non vie politique de cette cité bordée de nouilles !
    Cher Pascal, seriez-vous en train de vous laisser caresser par les même ambitions de ceux que vous ne critiquer que du bout de votre gomme ?

  • Je ne pense pas que l'Entente se moque de qui que ce soit. C'est juste que personne ne maîtrise le problème de la sécurité, ce qui en fait un sujet de critique facile pour ceux qui observent depuis l'extérieur, et un casse-tête pour ceux qui doivent prendre des décisions. Cela dit, il est vrai que l'Entente donne d'elle une image pitoyable en laissant à ce point apparaître que personne ne veut se charger du département des institutions - elle s'affaiblit tant par rapport à la gauche (qui doit bien sourire des critiques émises contre Moutinot) que par rapport aux MCG/UDC (qui doivent trouver que pour des partis "gouvernementaux", les partis de l'Entente sont bien empruntés sur la question de la sécurité, première tâche de l'Etat)...

  • @Marc Grandjean:
    Il est vrai que les étrangers sont sur-représentés dans nos prisons, et que nous connaissons des problèmes de sécurité liés à l'immigration. C'est incontestable. Mais il faut aussi dire une chose: c'est que le niveau moral général de notre société (toutes origines confondues) a énormément baissé ces cinquante dernières années. La morale de paiement à baissé. On ne compte plus les resquilleurs et les profiteurs en tous genres. Il n'y a plus un automobiliste qui, ayant incontestablement mal garé son véhicule ou ayant commis un excès de vitesse, ne va pas commencer par contester le bien-fondé de l'acte de l'autorité ou essayer de se soustraire à ses obligations, souvent, en plus, en injuriant les forces de l'ordre. Si le citoyen-bien-comme-il-faut se permet de tricher chaque fois que c'est possible, pourquoi s'étonner que des personnes moins bien intégrées, moins bien ancrées dans la solidarité locale, ne respectent pas notre ordre juridique?

  • Monsieur Acton, merci. Un autre interlocuteur me faisait remarquer que dans le passé, exactement les mêmes débats eurent lieu ("Das Boot ist voll..."). Je lui rétorquai que la différence fondamentale est qu'en 1960 nous étions 4 millions alors que nous avons quasiment atteint la cote des 8 millions aujourd'hui, que nous formons l'une des communautés les plus densément peuplées au monde ! Même des gens comme Bastien Girod commencent à s'en inquiéter. Il était temps. Vous relevez notre décadence et notre manque de politesse. Or, ces attitudes sont certainement aussi le corollaire de la plus grande anonymité de nos sociétés, de notre exaspération de vivre dans un espace réduit et de l'usure prématurée de nos infrastructures (p.ex.CFF). Lévy Strauss avait eu l'intelligence d'observer que nos sociétés ont toutes leur taille et leur diversité optimales (Le regard éloigné, 1983).

  • Monsieur Acton, merci. Ma réponse (1er essai) ne vous est pas parvenue. Je voulais juste vous rétorquer que, selon Claude Lévi-Srauss (Le regard éloigné, 1983), nos sociétés ont toutes leur taille et leur diversité optimales. Notre décadence est aussi le résultat de notre exaspération de devoir vivre dans un espace plus restreint avec des infrastructures à l'usure prématurée (p.ex. CFF), conséquences de notre explosion démographique (population Suisse en 1960: 4 millions. Population Suisse selon dernier recensement: 7.7 millions).

  • Bonjour,

    L'Entente n'a pas fait campagne sur le "monothème" de l'insécurité mais sur un ensemble de projets qui vont de l'éducation (respect à l'école, notamment) aux transports (CEVA et traversée lacustre), en passant par le logement (grand projets) la lutte contre le chômage de longue durée et le retour à l'emploi et l'énergie (barrage plutôt que centrale à gaz). Dans les domaine de l'insécurité, les radicaux ont en effet réclamé le recours à la détention administrative, de manière ciblée pour répondre à un problème précis de multirécidive par un groupe connu et dans des quartiers connus.

    Il n'y a là aucune "surenchère" ni campagne "rugissante". Il y a un problème et des propositions de solutions qui sont en attente devant le Grand Conseil depuis bien avant la campagne.

    A noter aussi que la campagne, autrefois qualifiée par vous de terne est soudait qualifiée de tonitruante. Votre licence poétique je suppose.

    Cordialement
    Rolin Wavre

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