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Tribune de Genève - Lundi 23.11.09

 

Dans l’affaire des minarets, les Eglises de Suisse ont eu mille fois raison d’intervenir, et d’appeler au rejet d’une initiative qui sape la paix confessionnelle dans notre pays. Car la question n’est pas christianisme contre Islam, ni judaïsme contre Islam, ni christianisme contre judaïsme. La question, la seule qui vaille, est la qualité du vivre ensemble entre tous, sous un même toit.

Ce toit commun a un nom : il s’appelle la République. La chose de tous, celle qui intègre croyants et athées, hommes et femmes, nomades et sédentaires dans une même aventure collective. Catholique, je dis et répète depuis des années que la seule voie possible est celle de la laïcité. Le grand Léon XIII, en appelant les catholiques de France au Ralliement républicain, ne disait, au fond, pas autre chose, même si les lois Combes et Waldeck-Rousseau n’étaient pas encore votées.

Dans leurs déclarations, les Eglises de Suisse ont montré que la nécessité de dialogue transversal, entre elles, mais aussi avec les athées, primait sur la notion débile de « guerre des civilisations » lancée par George W. Bush. Bien sûr, l’Islam de Suisse doit s’astreindre à des règles. Comme les catholiques, juifs ou protestants. Comme n’importe qui. En République, il y a certes des sensibilités. Elles sont les bienvenues. Mais, devant la loi, il n’y a que des citoyens.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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Commentaires

  • C'est clair, c'est simple, et cela devrait suffire.

    Bon courage.

    RH

  • "La question, la seule qui vaille, est la qualité du vivre ensemble entre tous, sous un même toit." Merci de votre note, Elle résume tout. cmj

  • Cher M. Decaillet,

    Vous devrier vous inspirer du débat qui a eu lieu sur Canal 9: Thème l'école laïque.

    Les protagonistes étaient Narcisse Praz, écrivain, Jean-François Lovey, Jean-Henri Dumont, et François Xavier Amherdt.

    Le débat était serein. Narcisse Praz a eu cette phrase: séparer le SAVOIR du CROIRE.

    Jean-François Lovey défendait HARMOS pour une école laïque. Imaginez-vous que le Valais, pays catholique a eu cette audace d'harmoniser l'école et de la mettre de plein pied dans le 21ème siècle. Il a eu cette phrase que je cite de mémoire: (les élèves d'aujourd'hui viennent de différentes cultures: bouddhistes, catholiques, protestants, musulmans et la prière du matin consiste à partager les traditions des uns et des autres) L'enseignant n'est pas partie prenante dans l'une ou l'autre des religions, mais simplement professeur de l'histoire des religions et non de l'enseignement religieux).

    Jean-Henri Dumont protestait contre les crucifix en clausse.

    Quant à François-Xavier Amherdt défendait son pré carré (la religion) et avait peine à saisir cette nouvelle ouverture.

  • « …d’une initiative qui sape la paix confessionnelle dans notre pays. »

    C’est à première vue ce qu’il semble. Parce que c’est tout au contraire le rejet de l’initiative qui portera un coup peut-être fatal à la paix confessionnelle. L'autorisation de construire des minarets se traduirait pas une guérilla oppositionnelle du type de celle que mènent les écologistes contre tout et n'importe quoi.

    Je pense, depuis toujours, que l'initiative ne passera pas, mais je note aussi qu'avec une participation de 45 % et 45 % de OUI, la barre du million d'opposants à l'islamisation serait franchie. Ca fait du monde, et du monde déçu, qui va marquer les musulmans à la culotte et ne laissera rien passer, en quelque domaine que ce soit.

    Au lieu de cela, l'interdiction des minarets serait LE moindre mal, puisqu'elle ne heurterait durablement une minorité d'intégristes plus ou moins virulents, de toute façon hostiles à notre civilisation « inculte », « polythéiste », « niant astucieusement ou brutalement toute spiritualité » - ces mots sont de Tariq Ramadan, qui souligne lui-même l' « inassimilabilité » de sa religion.

    A l'opposé, la grande majorité des musulmans - dont on nous dit qu'ils ne sont que peu ou pas pratiquants - oublieraient très vite l’incident, leur place acquise dans la société suisse n'étant en rien remise en question.

    Et quoi qu’il en soit de l’issue du vote, les musulmans savent désormais, et pour toujours, que leur présence ostensible n'est pas agréée par de très nombreux Suisses. Le débat en témoigne, et un sondage publié par "24 Heures" (12.11) a montré que 46 % des Suisses contre 32 % sont opposés à la construction de mosquées avec minarets.

    Cela peut paraître paradoxal aux observateurs superficiels, mais nous en sommes effectivement rendus à un point où c'est le rejet de l'initiative qui portera le coup le plus rude, et le plus durable, à la paix religieuse en ouvrant la porte à des années et des années de harcèlement dont les médias se feront scrupuleusement l'écho.

    Question "vivre ensemble", on aura vu mieux, voire beaucoup mieux.

  • Le débat entre CROIRE et SAVOIR est bien ancien. On le trouve dès le Moyen Age, il a eu ensuite des relais formidablement intelligents (je pense à Hegel) et Narcisse Praz enfonce des portes tellement ouvertes qu’il n’y a plus de gonds.

    Il existe aujourd’hui 4 positions clés sur le rapport entre l’État et la Religion :

    1. La Religion est totalement soumise à l’État, et c’est l’État qui lui dicte ses positions. C’est le cas des anciennes Républiques soviétiques, et c’est le cas des pays encore dominés par le marxisme (Corée du Nord, etc.)

    2. La Religion est DISTINGUEE de la sphère étatique. Nous trouvons cette variante en Italie, dans d’autres pays Européens et, pour ce qui concerne Canal 9, c’est le cas du Valais ou de Fribourg.

    3. La Religion est SEPAREE de la sphère publique. Nous reconnaissons-là, suite aux diverses bagarres et lois de « séparation » de l’Église et de l’État, le cas typique de la République française. C’est le cas aussi de Genève ou de Neuchâtel.

    4. La sphère publique est entièrement régie par les lois religieuses, qui dominent et font signifier les divers aspects politiques. Voilà l’opposé direct du cas No1 et cela se retrouve dans certains États musulmans (de loin pas tous).


    La discussion la plus fructueuse pour nous est, bien sûr, celle qui entend préciser les nuances entre « distingué » et « séparé ». A cet endroit, il existe un magnifique enjeu intellectuel. Les socialistes, en retard d’une bataille, s’attaquent aux crucifix en classe, mais biaisent par ce combat tout symbolique, le véritable intérêt.

    Or, toute l’actuelle querelle des minarets annule ce débat parce qu’elle le place émotionnellement sur un autre plan qui, en raison des outrances de part et d’autre, aboutit in fine à cette double équation :
    - pro-minarets = tolérants
    - anti-minarets = anti-musulmans

    Ces monstrueux amalgames sont dus au caractère outré des choses qui finit par tuer toute controverse intéressante et profonde. Et c’est là que le débat blesse. Comme je trouve que c’est dommage, je ne suis jamais entré dans cette querelle, ce que me reprochait l’Imam de la mosquée de Genève l’autre soir, en marge du plateau de Décaillet.

  • Pour Le CROIRE et le SAVOIR, même si Narcisse Praz ne détient pas la paternité, il fait partie de la famille. Ce n'est pas négligeable.

    LE SAVOIR LE CROIRE

    L'an 1, naissance de Jésus La virginité de Marie.
    (Et même là, il a y polémique
    avec les historiens)

    La Palestine fait partie Les mages proclament:L'enfant né deviendra
    de l'empire Romain le Roi des Juifs

    -Le Roi Hérode le gouverne Les miracles de Jésus: la pêche miraculeuse
    les guérisons
    Les visions de Jésus: Il vit l'Esprit descendre
    sur lui
    Vers l'an 30 Jésus rejoint
    Jean-Baptiste

    Jésus proclame son message

    Les autorités du Temple
    l'exécutèrent Résurrection de Jésus

    Ne serait-ce pas plus logique un enseignement de ce type. Au lieu de tout mélanger histoire et légende?

  • "mais nous en sommes effectivement rendus à un point où c'est le rejet de l'initiative qui portera le coup le plus rude, et le plus durable, à la paix religieuse"

    D'où la dangerosité d'avoir posé le problème en des termes qui condamnent d'ors et déjà tout débat sérieux sur la question...si on voulait rendre caduc le débat sur la place de l'Islam et la laïcité, on ne s'en serait pas pris autrement. Je suis tout à fait d'accord sur la position de Jean Romain, que je partage totalement : le débat est mort-né, et l'action des jeunes socialistes n'est que le pendant naturel de ce qui a été initié de l'autre bord, sans aucune pertinence et avec la grâce et la pesanteur d'un troupeau de mammouths laineux. Il faudrait être particulièrement naïf pour croire que le débat et l'issue du scrutin, quel qu'ils soient, ne laisseront pas de traces, au-delà même de la question musulmane : la paix religieuse est déjà dans les roses, le résultat de dimanche, quoi que puissent lancer les agitateurs de chimères, n'y changera rien.

  • Les voies des blogs sont impénétrables. J'avais bien séparé le CROIRE du SAVOIR et voici ci-dessus un joyeux méli-mélo qui apparaît. St-Décaillet, êtes-vous pour quelque chose?

  • La paix religieuse n'existe que parce que les croyants acceptent de tendre l'autre joue et de se faire ridiculiser. Il faut quand même se rendre compte que la devise de Genève ("Post Tenebras Lux") est anti-catholique et qu'elle est dès lors incompatible avec la neutralité confessionnelle attendue de l'Etat...

  • Que les républicains modernes ne réalisent pas que leur monde ne survivra pas longtemps à la "diversité" restera toujours pour moi un mystère insondable. Face à une telle méconnaissance de l'histoire, de la nature des hommes, de la mécanique des peuples et de l'âpre succession des événements (1), on ne sait plus quoi dire; il y a là quelque chose qui relève clairement d'un aveuglement quasi religieux et peut-être pire, d'une envie de ne pas survivre !

    (1) il suffit de parcourir les divers sites de "réinformation" qui compilent les brèves sur front de la "diversité" pour réaliser que la construction républicaine est déjà morte (en vrac, la semaine passée, un commissariat bruxellois incendié par des CPB; des CPF qui arrachent le drapeau français sur la mairie de Nice; l'UMP qui déconstruit méthodiquement le peu qui reste du pays réel de France etc...).

  • Les minarets ne sont nullement nécessaires pour la liberté de culte. La Mosquée al-Aqsa de Jérusalem, troisième lieu saint de l’islam, n’a pas de minaret, et pourtant on y prie.

    Si les musulmans suisses insistent sur les minarets, c’est qu’ils veulent autre chose encore qu’une simple construction. Les minarets vont partie de la politique d’islamisation rampante de la Suisse. Ils font partie de la politique de saucissonnage bien connue des islamistes: on n’avale pas un saucisson entier, on le coupe en rondelles…

    C’est aux Suisses, et à eux seuls, de dire s’ils veulent être islamisés ou pas.

    Quant à l'avis des Églises suisses, il n'a aucune valeur puisqu'il émane de personnes ignorantes et sans aucune formation en droit musulman. Or, l'avis des ignorants ne compte pas. Les évêques et autres responsables religieux de ce pays sont des enfants de cœurs, et les enfants de cœurs sont faits pour chanter et non pas pour argumenter.

  • J'ai fait mon service militaire dans l'artillerie. Avant une prise de position sur un terrain non encore occupé, la procédure consistait à y envoyer un petit détachement de reconnaissance qui balisait, au moyen de jalons pointus, la surface où se positionnerait ensuite la batterie. Comme le dit si bien Monsieur Aldeeb, les minarets en Europe ne sont pas des signes religieux stricts, mais essentiellement des marqueurs identitaires, des jalons de pierre. Et qui ont déjà commencé à quadriller nos territoires, il suffit de constater ce qui se passe dans des pays où le phénomène est plus avancé que chez nous, comme en France, en Belgique ou en Grande-Bretagne. Là-bas, juste à nos frontières, la mort de la construction républicaine est déjà patente.

  • L'avis de Sami Aldeeb devrait être écouté: il est en effet le seul parmi les intervenants à avoir une connaissance profonde non seulement de l'Islam et de ses versants juridiques et politiques. La démarche de l'Iran dans la question nucléaire (voir sur ce sujet le billet d'aujourd'hui de Pierre Emerach) est un bon exemple de ce que nous pouvons craindre des prosélytes musulmans et de la naïveté avec laquelle l'Occident y répond.

  • "notre civilisation « inculte », « polythéiste », « niant astucieusement ou brutalement toute spiritualité » - ces mots sont de Tariq Ramadan, qui souligne lui-même l' « inassimilabilité » de sa religion".
    J'extrais ces propos de l'intervention de Scipion sur ce blog. Puisque celui-ci utilise des guillemets ces mots doivent avoir été prononcés. Dans le cas contraire, j'attends, comme les autres lecteurs j'imagine, un démenti ou une correction, tant ils sont graves dans leurs conséquences. Si je donne tant de poids à ces paroles, c'est qu'elles semblent exprimer parfaitement la position de leur auteur ou auteur supposé, même si elles expriment plus vigoureusement et surtout, plus ouvertement, ses positions.
    Ces précautions oratoires ayant été prises, je me permets d'interpeller les intervenants sur ces blogs qui traitent d'islamophobes (ou simplement d'ennemis des musulmans) tous ceux qui se permettent de mettre en garde leurs concitoyens contre les dangers d'une islamisation progressive de notre pays. Les danger d'une dérive vers une infiltration progressive de nos moeurs et de nos lois ont, bien sûr, été évoqués à de nombreuses reprises à propos de nombreux préceptes et pratiques quasi consubstantielles à l'Islam, quelles touchent les femmes, la violence de certains châtiments, l'interdiction de se convertir, les fatawas promettant la mort à certains individus, même lorsqu'ils résident à l'étranger, et j'en passe. Pour plus de détails, on peut utilement se référer à un spécialiste des écrits et de la pensée musulmane, comme Sami Aldeeb.
    Mais en l'occurrence il s'agit de paroles prononcée par le celui que presque tous considèrent comme un représentant d'un Islam de paix et de conciliation, le modèle d'une pensée et d'une pratique pour l'Europe de demain. prononcées par un homme qui est né en Suisse, qui a fait toutes ses études dans notre pays, dont il est citoyen de deuxième génération, où il a pu y exercer librement sa religion et donc sa spiritualité. Il a choisi de consacrer sa vie à la prédication et à la défense de sa foi, poussé, semble-t-il par une destin familial et une identification à une culture étrangère plus forts que toutes les racines qu'il a pu ou aurait pu développer dans le pays d'adoption de sa famille. C'est bien entendu son droit, comme c'est son droit de mener ce qui me semble être une lutte incessante pour venger la colonisation des pays arabes dans les siècles passés.
    Ce qui me semble, par contre, inacceptable (mot terrible peut-être pour les tenants de la paix universelle obtenue par la soumission et la joue tendue) de la part d'un citoyen suisse, ce sont les paroles citées plus haut, par lesquels il se présente comme la victime d'une culture oppressive, inférieure et donc, j'imagine, à convertir. Et ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi ceux qui relèvent ce que cette attitude a d'inquiétant étant donné la popularité et l'influence de leur auteur, se voient prêter toutes sortes d'intentions, qui vont de la défense à tout crin du Christianisme jusqu'à la haine la plus profonde envers tous les étrangers.
    Baptisé et confirmé Protestant mais devenu athée il y a fort longtemps, j'avoue aussi ne pas comprendre pourquoi l'opposition à ce que l'on peut légitimement voir comme une prise de possession d'un territoire par une religion non implantée traditionnellement dans notre pays, menace que démontre notamment l'épisode des jeunes filles du Collège André Chavanne près de la mosquée du Grand- Saconnex, pousse certains à s'en prendre au Christianisme, qui a marqué la vie de notre pays et de notre culture, sans nous imposer, depuis bien longtemps du moins, autre chose que des impôts ecclésiastiques (dans certains cantons), des sonneries de cloches à l'occasion (je sais bien que certains voudraient faire taire celles des vaches dans nos montagnes), et de bien tendres sermons facultatifs dans nos temples et églises. Ce désir de se soumettre aux demandes d'autrui, quitte à sacrifier sa propre identité, nous distingue certainement, avec d'autres pays d'Europe, du reste du monde. Il suffit pour s'en convaincre de voyager quelque peu, de lire la presse étrangère ou de regarder la télévision, sans qu'il soit même nécessaire de faire des études d'ethnologie ou d'anthropologie.

  • @Mère:
    L'avis de M. Aldeeb est sans aucun doute très intéressant. Mais il ne suffit pas. Ah, les musulmans veulent plus qu'un lieu de culte, ils veulent asseoir un pouvoir politique. Fort bien. Ce n'est pas en empêchant la construction de minarets que l'on empêchera ce projet (si tant est qu'il existe). D'autant plus que la volonté de prendre de l'influence politique est parfaitement légitime dans une démocratie qui ne limite pas l'exercice du pouvoir à un cercle de personnes prédéfini. L'immense majorité des musulmans qui sont venus chez nous ne sont pas venus pour nous envahir. Ils sont venus parce qu'ils fuyaient les conditions politiques ou économiques de leur pays d'origine. On partait donc avec un certain crédit. Nous avons représenté l'espoir de ces gens. Mais notre société athée, société de consommation matérialiste, hédoniste et individualiste n'a pas su les convaincre - et c'est bien normal puisque notre modèle ne convainc plus personne... Les musulmans ont quelque chose à proposer. Nous pas. Ou plus. Il y a quelque chose dans le rapport des forces spirituelles qui s'est inversé, et nous sommes arrivés à un point où nous ne pouvons plus défendre nos principes sans les contredire. C'est la fin de l'Occident moderne. L'agonie aura duré trois siècles.

  • @Mère:
    Désolé, mais il me semble que vous avez déjà fait l'auto-sacrifice de votre identité. Toutes les valeurs dont vous vous réclamez (de la séparation Eglise/Etat aux droits de l'homme, pour ne citer que les plus évidents), notre société les doit au christianisme que vous avez rejeté. Je me demande dès lors si vous êtes bien fondé à vous plaindre de la menace que les musulmans feraient peser sur ces valeurs.

  • @Lord Acton
    "Les musulmans ont quelque chose à proposer. Nous pas. Ou plus. Il y a quelque chose dans le rapport des forces spirituelles qui s'est inversé, et nous sommes arrivés à un point où nous ne pouvons plus défendre nos principes sans les contredire."
    Tout votre discours repose sur votre conception des forces spirituelles, que vous semblez ne reconnaître que dans la religion. Obnubilé par l'équation que vous faites, vous ne pouvez évidemment voir le laïcisation de notre société que comme une renonciation aux plus hautes valeurs auxquelles vous tenez, et vous semblez voir l'Islamisation comme la voit Hani Ramadan (pour prendre un exemple caricatural), comme une chance de salut de notre monde pourri. Cela vous permet de fermer les yeux sur tous les aspects déplaisants (pour utiliser un euphémisme) associés à cette religion, telle qu'elle est prônée par les plus fervents de ses adhérents et pratiquée dans certains pays. C'est un peu comme si vous souhaitiez le retour aux temps de l'Inquisition papale sous prétexte que la foi y était encore vive dans nos population. Ne serait-ce pas, aussi, une offre intéressante?

    "Toutes les valeurs dont vous vous réclamez (de la séparation Eglise/Etat aux droits de l'homme, pour ne citer que les plus évidents), notre société les doit au christianisme que vous avez rejeté."
    C'est une affirmation purement gratuite, et j'utilise là un terme que m'impose ma volonté de courtoisie. C'est comme si vous mettiez au compte de la Papauté les progrès de la science occidentale, pour laquelle certains grands esprits (si vous admettez que ce terme en dehors du contexte religieux) sont morts sur le bûcher. Ma qualité d'athée semble déconsidérer mes opinions à vos yeux. Or ce n'est pas par haine de la religion ni des croyants que je me dis athée, et je m'en suis expliqué souvent sur divers blogs (pour autant que cela ait un quelconque intérêt d'ailleurs). Je n'en tire non plus aucune fierté, ni ne propose de punir, selon le modèle de certaine religion, ceux qui sont différents: les croyants, les athées qui retrouvent la foi, les athées qui épousent un ou une croyante, et j'en passe. Comme je l'ai dit et répété, l'existence de dieu ou d'un dieu est simplement une hypothèse dont je peux me passer (je paraphrase Laplace) et dont ma tournure d'esprit et ma formation s'accommodent mieux que de la position contraire. En ce qui concerne le Christianisme et les autres religions dites du livre, l'humanité s'en est fort bien passé pendant des centaines de milliers d'années et les trois quarts au moins du monde s'en passent toujours.
    Je n'ai pas eu l'occasion au cours de ma déjà longue vie de constater que les croyants de telle ou telle religion se montrent moralement supérieurs aux autres dans leur conduite et leur amour du prochain. Je vis sans peine avec une épouse croyante et j'ai connu, à part un pasteur merveilleux qui m'a beaucoup inspiré dans ma jeunesse, plusieurs croyants fort estimables, sans que j'en retire pourtant jamais la certitude que leurs qualités étaient dues pour l'essentiel à leur foi, même s'ils pouvaient à l'occasion trouver en elle une encouragement et une force dans les circonstances difficiles de la vie. Ces circonstances sont celles que rencontre tout être humain depuis l'origine des temps et, comme je l'ai dit plus haut, nos ancêtres ont toujours trouvé, sans bible, sans baptêmes, sans sermons et pour moi sans dieu (c'est sur ce point que nous sommes probablement irréconciliables) ces encouragements et cette force dans leur nature biologique même, ainsi que, sur un plan que vous appelleriez plus spirituel, dans l'amour de et pour leurs proches.

  • @Mère:
    Désolé. Toutes vos références sont dépassées. Les valeurs de respect et d'amour sont universelles mais il a fallu la révélation chrétienne pour qu'elles s'impriment dans le tissu de notre société, et c'est bien pour cela que seules les sociétés influencées par la bible acceptent quelque chose d'aussi étonnant que les droits de l'homme (que ni les Aztèques, ni les Babyloniens ne connaissaient). Vous croyez que l'on peut se passer du christianisme, comme celui qui regarde une rivière un jour de soleil pense que la rivière peut se passer de pluie. La rivière est bientôt à sec.

  • @Mère:
    Vous écrivez: "nos ancêtres ont toujours trouvé, sans bible, sans baptêmes, sans sermons et pour moi sans dieu (c'est sur ce point que nous sommes probablement irréconciliables) ces encouragements et cette force dans leur nature biologique même, ainsi que, sur un plan que vous appelleriez plus spirituel, dans l'amour de et pour leurs proches."
    Ah, parce que pour vous il s'agirait donc seulement d'aimer ses proches. Parce que vous imaginez peut-être que les Taliban n'aiment pas leurs proches, ou que les tortionnaires des camps de déportation du XXème siècle n'aimaient pas leurs proches? Mais les droits de l'homme sont basés sur le fait qu'on ne protège pas seulement nos proches et ceux qui nous veulent du bien, mais tous les êtres humains, y compris ceux qui nous menacent. C'est la marque évidente de l'enseignement du Christ: "On vous a dit: aimez vos amis. Moi je vous dis: aimez vos ennemis".
    Vous rêvez peut-être comme Nietzsche (et tous ceux qu'il a inspirés) d'une humanité débarrassée de ce souci pour les faibles qui caractérise les sociétés chrétiennes (les Romains s'en plaignaient déjà après le sac de Rome, dont ils attribuaient la cause à la faiblesse induite par le christianisme - (re)lisez St Augustin, qui répondait à ce reproche de ses contemporains, nostalgiques des divinités païennes, dans la Cité de Dieu).
    Nous vivons une époque intéressante. La pseudo-rationalité athée, passagère clandestine de l'aventure chrétienne, arrive en bout de course.

  • On peut se passer du christianisme....mais alors pas du tout du SOLEIL! :o)

  • @Lord Acton
    Je n'ai rien contre les Chrétiens, mais je me méfie des fanatiques Chrétiens comme des autres fanatiques et, de surcroît je n'ai jamais vraiment apprécié les prêches. A part cela, je ne sais si je dois me réjouir de me compter au nombre de tous ceux que, en tant que bon Chrétien, vous aimez, dont les partisans de la lapidation, les Aztèques (puisque vous les mentionnez) écorcheurs et, bien sûr, ces bons inquisiteurs chrétiens, qui pendaient, brûlaient, écartelaient et éventraient pour plaire à leur dieu, et parmi lesquels vous ne pouvez décemment pas trier avec vos faibles moyens, cette tâche étant dévolue à plus grand que vous à la fin des temps.
    Quant à l'athéisme déclaré, il a toujours été, et reste encore, semble-t-il, le pêché le plus impardonnable, puisque le plus dangereux, constat sur lequel semblent s'entendre, comme larrons en foire, aussi bien les Musulmans que les Chrétiens.
    P.S. Pour répondre, avec ma faible pseudo-rationalité athée, à un seul de vos arguments, je pense en effet que l'amour des proches précède l'amour de tous, même les plus lointains et que, sauf pour les illuminés comme vous, il est le seul qui résiste, presque sans exception, à toutes les épreuves, comme le montre l'histoire des hommes à travers l'espace et le temps, puisqu'il tire son origine dans notre nature animale. Imaginer donc que les Talibans n'aimeraient pas leurs prochains serait totalement stupide, aussi bien pour un Chrétien que pour un athée. Quant à savoir si les Talibans lapident les femmes par amour, comme les bons Chrétiens ont brûlé Jeanne d'Arc par amour, pour la sauver des griffes du diable, je laisse cette question à ceux qui sont plus éclairés que moi, vous par exemple.
    Ainsi se terminera, j'espère, cet échange, qui n'apporte pas grand chose à la discussion engagée sur ce blog.
    Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de ma considération distinguée.

  • " Ils sont venus parce qu'ils fuyaient les conditions politiques ou économiques de leur pays d'origine."
    Alors pourquoi veulent-ils à tout prix les reproduire chez nous ???

  • @Mère:
    Je pense que notre échange est de la plus haute importance, et qu'il est parfaitement en phase avec les questions que soulève le billet de M. Décaillet. C'est donc sous un bien mauvais prétexte que vous essayez de vous tirer d'un bien mauvais pas. Vous essayez de jouer la victime et de feindre que je vous reprocherais quelque chose (un pêché (sic) impardonnable, ou que sais-je). Il n'en est rien. Je constate seulement que les théories athées sont des outils qui ne permettent plus de comprendre le monde d'aujourd'hui - d'ailleurs vous en êtes réduit à baser toute organisation sociale sur le rapport animal de protection qui lie les membres d'un clan. Vous ne pouviez manifester plus clairement l'indigence et l'échec de votre raisonnement.

  • @Géo:
    Vous me demandez: ""Ils sont venus parce qu'ils fuyaient les conditions politiques ou économiques de leur pays d'origine." Alors pourquoi veulent-ils à tout prix les reproduire chez nous ???"
    Réponse: parce que nous n'avons pas été à la hauteur de leurs attentes. Parce que l'on ne peut pas remplacer un contenu spirituel par un vide spirituel (et inversement on ne peut pas résister à un contenu par le vide). Parce que nous avons confondu l'amour avec la lâcheté, une éthique du pardon avec un laisser-aller généralisé. S'il est un point qui compte beaucoup pour les musulmans et sur lequel nous les décevons énormément, c'est celui de la dignité humaine. La société occidentale moderne est une branche coupée de l'arbre des civilisations. Elle se dessèche petit à petit.

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