Tiens, revoici la frontière…

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Sur le vif - Dimanche 29.11.09 - 10.10h

« Le Conseil fédéral a mal analysé la situation. Il a commis une erreur en renonçant à réintroduire des quotas dans la libre circulation des personnes avec l'Union européenne ». Livrés ce matin au SonntagsBlick et à la NZZ am Sonntag, ces propos vont faire couler de l’encre. De qui émanent-ils ? Blocher ? Mörgeli ? Stauffer ? Non. Il s’agit de la parole ministérielle de la responsable fédérale de l’économie, et aussi des questions d’emploi, la démocrate-chrétienne Doris Leuthard.

Et ces propos arrivent quand ? Quelques jours après ceux de Micheline Calmy-Rey. En sachant que siègent aussi Ueli Maurer et Eveline Widmer-Schlumpf dans le collège, on se demande si une majorité du Conseil fédéral croit encore en la très grande magie de la libre circulation, telle qu’on a voulu la présenter au peuple, pressé par l’urgence de scrutins à gagner.

On aura beau me faire toutes les démonstrations du monde, j’ai peine à entrevoir en quoi l’aspiration protectionniste de ces propos diffère (sur le fond) du discours d’Eric Stauffer, à Genève. Ou de celui de Christoph Blocher, au niveau fédéral. Le chômage montant (4% en moyenne suisse, 7% à Genève), voilà qu’on commence à redécouvrir ce que la notion de frontière, qu’on croyait gisant aux orties, peut avoir comme avantages pour une communauté humaine. Évidemment pas pour l’enfermer, mais juste pour un minimum de régulation et de protection du marché intérieur de l’emploi.

J’entends encore François Longchamp, dans un débat, comparer les mouvements transfrontaliers venant de l’Ain et de la Haute-Savoie avec ceux des pendulaires vaudois ! Est-ce manquer d’amitié pour la France, ce pays que nous aimons et qui a nourri notre culture, que rappeler, très poliment, que le canton de Vaud se trouve être un compatriote, un Confédéré, que deux siècles de communauté de destin lie Genève ? C’est si vulgaire, Monsieur Longchamp, de rappeler l’appartenance de Genève à la Suisse ?

Voilà donc deux conseillères fédérales, dont je ne sache pas qu’elles aient trempé leur destin dans la glaise populiste, une socialiste et une PDC, émettant des doutes face au dogme de l’irénisme transfrontalier sur le marché du travail. C’est intéressant. Et c’est, sans doute, l’amorce d’un débat qui pourrait pas mal nous occuper dans les mois qui viennent.

Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Sur le vif 11 commentaires

Commentaires

  • Pour les illetrés que nous sommes, voici la définition du mot "irénisme": "attitude d'esprit selon laquelle on tolère de façon tranquille des erreurs graves, par désir exagéré de paix et de conciliation".

    Bon dimanche à Saint Pascal.

  • "Ce n'est pas la girouette qui change de direction, c'est le vent..."

    :o)

  • na... ja
    soupirs

    en considérant mon CV de ces 10 dernières années, plein de jobs sous qualifiés, plein de trous entre 2 licenciements, me disant que depuis MCR & consorts à Genève, ce sont des frontaliers qui ont profité de mes licenciements, tout en considérant le montant de ma retraite, qui devra être complétée avec d'autres petits jobs ..

    pendant que des black-blocs détruisent, et une manif et un espace de démocratie

    "So soll es sein, so soll es sein .."
    chantait Rolf Bierman, à l'époque du mur

    Ah au fait, on a un nouveau conseil à Genève?

  • Il faudra surtout que les parlementaires responsables de l'éviction de Christoph Blocher RENDENT DES COMPTES à leurs électeurs, très prochainement!!!

    Car gentillement on arrive a admettre que c'est le SEUL qui avait raison, qui comprenait et pratiquait une politique adéquate pour diriger la Suisse dans ces temps nouveaux ou toutes les magouilles sont permises pour faire tomber celui qui dit la vérité......Il sera exécuté...Guy Bépart!
    Que cela soit CB le 12.12.2007 ou la Suisse parce qu'elle nargue encore l'Europe avec sa meilleure situation en comparaison des pays environnants.

    Les promesses des clauses de sauvegarde ont été faites au temps de la votation, mais pas tenues dès lors que les chiffres affolaient les compteurs. Les dégâts sont maintenant là....et c'est seulement le début!
    Alors comme on a fait couler l'Islande (pour son pétrole), l'Irelande pour (pour son OUI) l'EU fait maintenant en sorte, avec la complicité d'au moins 5 conseillers Fédéraux de faire couler la Suisse, pour qu'OBLIGEE ELLE SE VENDE PIEDS ET POINGS LIES A L'EUROPE!

    Des petits nullâtres de politiciens en herbe sont déjà là, style Nantermod et Schwaab pour vendre leur patrie sans état d'âme, dès lors que cela colle à leur projets plutôt personnels que politique et pour le bien et l'avenir du pays.

  • M. Décaillet,voici revenu votre pendule à droite, après avoir oscillé à gauche avec votre note récente "Maison Commune" qui ne se distinguait en rien avec "Désir d'avenir" et "Vivre ensemble" de Ségolène Royale. Pour cette raison, quand vous parlez de vos origines catholiques, vous me faites pensez à ma belle-mère, comme vous une catholique francophone, qui se fait offrir les mémoires de Jacques Chirac, un grand républicain "radsoc"dans sa jeunesse et convaincu de se situer à droite de l'échiquier politique. Vous souffrez de l'irénisme (quel joli mot !) commun à toutes ces personnes qui ont troqué leur foi religieuse pour une croyance absolue aux valeurs républicaines qui traduise si bien l'amour du prochain en acte politique.

    Apparemment, il n'y a pas pour vous l'ombre d'une contradiction entre l'utilité des frontières et l'accueil sur notre territoire de cultures très différentes de la notre. Vous croyez que même les populations dont les origines sont les plus lointaines des Européens sont tout à fait assimilables dans la mesure du respect de règles communes. C'est exactement ce qui nous différencie vous et moi. Je suis persuadé que notre capacité d'intégration n'est pas infinie et qu'elle est fonction du temps et du nombre. Contrairement à vous, je ne pense pas que la notion du "choc des civilisations" soit une notion "débile" pour reprende votre qualificatif. Je pense que M. Huntington ainsi que M, Lévi-Strauss sont à cet égard, infiniment plus pertinents que Voltaire et Roussseau et la déclaration universelle des droits de l'homme.
    Pour conclure, je ne me fait guère d'espoir de vous convaincre. Je continue à vous lire avec plaisir, comme on se rend à un café littéraire provincial.

  • Ouf, enfin c'est dit! >> C’est si vulgaire, Monsieur Longchamp, de rappeler l’appartenance de Genève à la Suisse ?

  • Il faut supprimer les douanes, mais multiplier les frontières

  • C'est marrant mais le simple citoyen que je suis, de la Suisse d'en bas, savais depuis très longtemps que ça allais poser des problèmes!

    Nos élus bernois sont complètement auto-centrés sur leurs carrières politiques, vous ne voulez pas en plus qu'ils s'occupent de nos petites problèmes de précarités!

    Ils est important de noter que nos élus ont des chiffres qui ne nous sont pas communiquer, on peut donc imaginer que la situation est vraiment encore plus catastrophique!

  • Oups... je voulais évidemment écrire les "illettrés"...

  • « J’entends encore François Longchamp, dans un débat, comparer les mouvements transfrontaliers venant de l’Ain et de la Haute-Savoie avec ceux des pendulaires vaudois ! Est-ce manquer d’amitié pour la France, ce pays que nous aimons et qui a nourri notre culture, que rappeler, très poliment, que le canton de Vaud se trouve être un compatriote, un Confédéré, que deux siècles de communauté de destin lie Genève ? C’est si vulgaire, Monsieur Longchamp, de rappeler l’appartenance de Genève à la Suisse ? »

    C’est exactement ce genre de mentalité nationaliste qui nous freine dans la construction de notre métropole et qui nous a mené vers cette situation lamentable en terme de transports et de mobilité. Voulez-vous donc bien me dire en quoi les mouvement transfrontaliers de la France voisine diffèrent des mouvements des pendulaires vaudois ? En quoi ces derniers auraient plus de légitimité à travailler chez nous que les Français ? Ça change quelque chose qu’ils soient des Confédérés, des “compatriotes” ? Doit-on de fait se sentir culturellement plus proche avec le Saint-Gallois qu’avec le Ferneysien, puisque « liés par le destin » ? Traiter le Tessinois comme un concitoyen et le Saint-Juliennois comme un étranger ? Mais le destin de Genève n’est-il pas d’abord lié à sa région ? Qui comprend dans les faits la France voisine ?

  • Je n'ai rien contre les quotas dans les entreprises Suisses, mais ne pensez vous pas que cette clause risque de faire fuire les multinationales qui se délocalisent à Genève pour raisons fiscales ? La Suisse peut elle obliger ces entreprises à ne pas proposer de plans de reclassements à leur salariés licenciés dans un autre pays (Yahoo, google, hp, lexmark, etc...) ?
    A choisir, vaut il mieux autoriser une multinationale a apporter 50 etrangers tout en créant 100 postes pour des Suisses ou refuser qu'elle s'implente et perdre 100 emplois potentiels ?

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