La maman cygne et les rats noirs

Imprimer


Je devais avoir quatre ans, c’était au bord du lac. Une maman cygne, sur le rivage, protège ses œufs. Il fait très chaud, étouffant. Une armée de rats noirs (petits, lustrés, très agressifs, affamés) multiplie les assauts pour atteindre sa progéniture. La maman au long cou, infatigablement, repousse attaque après attaque, menace les rongeurs de son grand bec terrible. J’avais, bien sûr, trouvé tout cela abominablement injuste, de quoi se mêlent ces sales rats ? Je n’avais pas encore compris que c’était la vie, simplement.

Le parti de Monsieur Merz l’a-t-il compris, quant à lui ? À force de répéter, à Berne ou dans les cantons, qu’il est – comme par essence – un « parti de gouvernement », ne voit-il pas, de sa droite et de sa gauche, les ignobles ratons lustrés à qui cette vocation, ce nid de couvaison, ne déplairaient pas, non plus ? La plage n’est-elle pas à tous ? La nature aurait-elle, par décret, légitimé, pour ce coin de littoral, une espèce plutôt qu’une autre ?

Alors, pour justifier son sursis dans la moite douceur du promontoire, le grand vieux parti a eu une idée : il a eu recours à la vieille ficelle de la jérémiade. C’est lui, l’Oiseau blanc, cher aux poètes. Les autres, les imposteurs, surgis des égouts, porteurs de peste, de malheur. C’est ainsi souvent, en politique : la morale, on l’utilise quand ça vous arrange. Il y aurait les blancs, les noirs, les héritiers et les usurpateurs. Tiens, pourquoi pas la Sainte Terre des Ancêtres, tant qu’on y est ? Ah, les braves gens !

 

Pascal Décaillet

 

 


Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires

Commentaires

  • A longueur de billets, vous Pascal Décaillet, utilisez le terme "Le Grand vieux Parti". Y aurait-il anguille sous roche?

    Votre ton épistolaire laisse entrevoir la déchéance du parti radical. Il y a une certaine perfidie derrière un vocabulaire ampoulé. Vous n'osez pas avouer votre secrète satisfaction à voir disparaître cette formation. Votre analyse reflète une méconnaissance du système.

    Nous allons le démontrer tout à l'heure.

    Les noces du Parti Libéral et du Parti Radical sont du meilleur augure. Le mariage est en général une cérémonie joyeuse et festive. Ce type d'union annonce un renouveau. Et, dans ces moments, l'on parle plutôt d'extase qu' épectase.

    Vous voulez un autre nom magique: Isabelle Moret.

    Inutile de donner son curriculum vitae qui ferait pâlir plus d'un. mais juste son nom. Inutile de vous la décrire, vous restez bouche bée.

    Arrêtez de souffler le mauvais esprit, le Parti Libéral et le Parti Radical, beaux joueurs, ne vous accablent pas.

  • Cher Pascal,

    C'est peut-être un signe, ce cygne. Et ce vide en guise de nid sous votre tendre souvenir de cygne.

    Je me fends d'un petit commentaire pour voler à votre secours, parce que jusqu'ici je n'en ai pas vu un seul pour votre chronique, et que ça me fait de la peine de vous voir si seul avec votre maman cygne et vos petits rats lustrés.

    Oh, sans vouloir donner dans l'intervention décisive, ni pour prononcer un mot historique ou une sentence d'une abyssale et épuisante profondeur, non.

    Déjà pour vous dire que votre représentation de la vie est bien sombre. Allons : il y a aussi l'amour, la fraternité, le ciel bleu, "il vino, uccelli in aria", tout ça. La beauté des choses. J'ai connu des cygnes heureux. On voit aussi pas mal de rats, plus ou moins lustrés, qui ont fondé avec succès leur entreprise pour devenir des "leaders avec une vision". Il en sont si heureux quand ils se regardent dans leurs miroirs médiatiques qu'on s'en voudrait de les démentir. Du reste, leur somnambulisme les mène parfois vers l'abîme, où il peut leur arriver d'entraîner pas mal de monde. C'est justement eux que défend depuis longtemps, et assez exclusivement, ce fameux parti qui se prendrait pour un cygne, alors qu'il est en fait l'auberge des rats. C'est vrai qu'ils l'en remercient bien mal, mais que voulez-vous, l'époque signale d'autres cygnes à l'horizon. Des noirs. Avec de grandes dents. Certains, parmi les rats les plus galeux, les verraient même en burqa.

    Mais c'est un mirage.

    La politique n'est pas toute la vie. Heureusement du reste.

    Et vous avez bien raison de dire en tout cas que, quand la morale s'y substitue, ça devient encore plus ennuyeux. En dépit de vos talentueux efforts. Il n'y a sans doute qu'une chose qui soit plus ennuyeuse que la morale en politique, finalement, c'est l'immoralisme affiché ("mort aux pauvres" etc. On en a parfois d'assez beaux extraits sur ces blogues, ce cynisme de comptoir, vous voyez de quoi je veux parler). Nos cyniques ne sont pas plus intéressants que nos pères-la-pudeur, très présents sur la gauche de la scène.

    Dommage.

  • Il existe des cygnes noirs... Il existe des rats blancs!

  • Père Siffleur@

    Mais oui, bien sûr.

Les commentaires sont fermés.