La flibuste et l’homme de l’ombre

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«Une opération de flibustiers » : c’est par ces termes que le secrétaire général adjoint du Département de la solidarité et de l’emploi, à Genève, a qualifié hier, sur les ondes de la RSR, l’action du syndicat SSP à l’aéroport de Genève.

Dérivé du néerlandais « vrijbuiter » (celui qui tente librement d’obtenir un butin), le mot « flibustier », qui pourrait aussi remonter à « free booter », une sorte de franc-tireur marin, commence par désigner les corsaires des Antilles qui attaquent des bateaux, avant de s’étendre, dès l’époque des Lumières, au sens d’escroc, ce qu’il désigne clairement aujourd’hui.

Le syndicat qui tente, depuis 48 heures, de ralentir l’activité de l’aéroport mérite-t-il une telle étiquette ? A chacun d’en juger. Ce qui est sûr, c’est qu’un mot aussi fort ne peut avoir crédit et légitimité que s’il vient de la bouche d’un élu du peuple, tiens par exemple le magistrat en charge.

Cette légitimité, cette liberté de parole ne sauraient être celles d’un secrétaire général adjoint. A moins – ce que nul n’ose imaginer – que ce dernier ne soit investi d’une fonction beaucoup plus politique que son cahier des charges ne le laisserait paraître. Une sorte de « chargé des missions spéciales », par exemple. Ou de corsaire du langage. Celui qui, le premier, monterait à l’abordage. Pour dégager le terrain. La fonction publique, décidément, recèle des trésors méconnus. Quelque part à la sainte-barbe. A côté de la cabine du capitaine. Là où se trouvent les explosifs.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 10 commentaires

Commentaires

  • Cet homme de l'ombre? Un membre d'un nouveau SAC ou la mise à sac des libertés syndicales?

  • Pas des flibustiers puisque ceux-ci agissaient dans l'intérêt de l'Etat. Pas des escrocs non plus, mais, plus grave, des preneurs d'otages.

  • Que M. Longchamp, président radical du Conseil d’Etat, laisse s’exprimer à sa place un « homme de l’ombre », de plus strictement tenu au devoir de réserve, et dans ces termes, c’est un peu approximatif, pour de la « com ».

    Maintenant, discréditer les grévistes en les caricaturant en preneurs d’otages n’est rien d’autre qu’un chantage facile visant à discréditer l’idée même de grève. « Lord » Acton voudra donc bien signaler aux populations comment on fait la grève sans déranger un peu de monde. Ou même s’il croit bon de les autoriser à la faire.

    Le mieux serait certainement de ne pas la faire, certes. Encore faut-il que les employeurs (Swissport et Dnata) soient sensibles à l’aggravation des conditions de travail et aux demandes réitérées des chargeurs de bagages (le 12 décembre, 1 pétition à l’OCIT portant 1151 signatures, 1 lettre au ministre de l’emploi et président du conseil d’administration de l’aéroport : un certain M. Longchamp…).

    Autres éléments qui rempliront de plaisir « Lord » Acton, grand défenseur des serviteurs de l’Etat :

    - L’Etat a mis à la disposition de Swissport, entreprise privée, une partie des effectifs des pompiers de l’aéroport pour effectuer le tri des bagages, les fonctionnaires aéroportuaires jouant ainsi le rôle de briseurs de grève ;

    - Hier, la police est intervenue assez brutalement, plaquant des grévistes au sol et matraquant vigoureusement le secrétaire syndical SSP Yves Mugny ;

    La presse n’en parle pas.

    Curieux.

  • @Yves Scheller:
    Tout de suite les grands mots magiques. Le droit à la grève. Mais cela fait longtemps que nous avons remarqué que les syndicats font parler d'eux à intervalles plus ou mieux réguliers pour justifier vis-à-vis de leurs membres la perception des cotisations. Ne nous demandez pas d'être dupes de ces petites saynètes syndicales.
    Quant aux médias, ils sont tout heureux de montrer ces groupuscules de grévistes, en cadrant les images de manière à nous faire croire qu'il y en a encore beaucoup d'autres à côté. L'enfance de l'art. Alors si pour une fois elle parle peu de ce mouvement de grève, c'est peut-être tout simplement que les syndicats ne convainquent personne.

  • @ "Lord" Acton

    Donc, si les syndicats perçoivent des cotisations, c'est parce qu'ils font de temps en temps une grève, comme ça, pour s'amuser. Bien sûr.

    Et donc si les salariés adhérents à ces syndicats persistent à payer des cotisations, c'est pour avoir un peu de mouvement de temps et passer dans les médias. Une activité de loisirs, avec perte de salaire (compensée parfois par la caisse de grève, elle-même alimentée par les cotisations, eh oui...), pieds glacés, heurts avec la police si on a un peu de chance, défaite si on en a moins. Evident.

    Enfin, si les syndicats lancent de temps en temps un mouvement de grève, avec l'assentiment de leurs membres et leur participation active, comme par exemple ceux qui viennent de décider de prolonger leur grève à l'aéroport, ce n'est certainement pas pour contrer la dégradation de leurs conditions de travail ni pour c'est pour donner aux médias l'occasion d'être deshonnêtes, et à "Lord" Acton l'occasion de dégoiser à leur sujet. Voilà qui saute aux yeux.

    "Lord" Acton, votre conception de la vie sociale remonte à Louis-Philippe, votre perception de la vie économique aux Rois fainéants, et votre vision de la politique à Clovis. Et encore, je suis gentil, on pourrait remonter jusqu'à Alaric.

  • @Yves Scheller:
    Mis à part l'ironie qui le teinte, votre message décrit parfaitement de quoi il en retourne. N'allez surtout pas vous imaginer que j'ignore de quoi je parle, ou que mon pseudonyme (qui comporte certes un titre de noblesse - mais je n'y peux rien si c'est sous ce nom-là qu'écrivait le grand penseur que fut John Emerich Edward Dalberg...) vous autorise à me considérer comme un vil et arrogant méchant contre vous, le gentil défenseur du tiers-état ou du prolétariat.
    N'avez-vous jamais bu, dans une action de grève ou dans une manifestation, le thé tiré des thermos, mangé dans le froid le cake quatre-quart préparé par bobonne qu'un camarade tire de son sac, gouté à l'exaltation puissante des préparatifs de "combat", aux joies de lire dans les journaux les "exploits" de la veille. Vous ne me ferez pas croire que vous n'avez pas vu et compris le romantisme de la grève. Heureusement qu'il y a ces levers à l'aube, ces pieds glacés, ces brimade... Dans cinquante ans vous ne parlerez que de vos pieds glacés. Vous aurez oublié la raison de votre combat. Et le mythe de la grève survivra.

  • Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose!

    Lord ou pas...

    Votre discours ne sert qu'à égarer toute réflexion sur l'essentiel: peut-on vivre à Genève avec 3'200.- en travaillant?
    Si la réponse est NON alors la lutte s'impose.
    Car que je sache aucun "patron" du public ou du privé n'a jamais concédé une augmentation de salaire ou tout autre "avantage" de bonne volonté et autour d'un thé dans un salon feutré en tenant des réflexions philosophiques comme vous le faites.
    Que cela vous plaise ou pas, la lutte des classes existe et se manifeste!

    Je ne vous salue pas.

    Albert Anor

    PS: et votre ironie (probable) à propos de la LdC sera le signe distinctif de votre totale impuissance...

  • @Albert Anor:
    Votre intervention confirme tout à fait ce que je disais: votre volonté de "lutter" vous fait perdre de vue l'enjeu de la lutte. Démonstration par A+B:
    - J'apprends de votre message (et vous êtes apparemment un responsable du SSP-VPOD) que l'essentiel serait de déterminer si l'on peut vivre à Genève avec 3'200 francs.
    - Or, le communiqué du SSP-VPOD du 16.12.2009 mentionne uniquement le durcissement des conditions de travail (mais pas une perte de pouvoir d'achat).
    Un partenaire de négociation sérieux ne peut pas changer l'objet du débat à tout moment. Vous feriez donc bien de vous assoir dans un salon feutré et de définir précisément vos revendications plutôt que de privilégier la "lutte".

  • "Lutte des classes" étonnant comme des idées dépassées du XIXe siècle existent toujours dans l'esprit de certains. On est en 2010. Mettons la lutte des classes au musée au rayon des inepties marxistes (de quoi remplir pas mal de salles ou plutôt de sous sols poussiéreux du musée, hahaha, c'est leur place).
    Dans les pays, comme un pays voisin à l'ouest de la Suisse, où les syndicats et pas mal de gens croient encore à la lutte des classes, c'est justement là où l'économie et les entreprises se portent le plus mal et les revenus des plus défavorisés stagnent et continueront tant que la mentalité de ces gens ne changera pas.
    Il y a un lien évident entre la pensée marxiste et la faible croissance économique, la faible compétitivité et le plus bas niveau de vie d'un pays.

  • En matière de société et d'économie, mieux vaudrait ressembler à Singapour qu'à la France.

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