Un petit pari à propos de Benoît XVI

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Sur le vif - Dimanche 10.01.10 - 18.40h

 

Dans mon denier billet, hier, j’ai évoqué avec inquiétude la montée de la xénophobie en Italie. Aujourd’hui à Rome, lors de la prière dominicale de l’Angélus, Benoît XVI a eu des mots très forts : « L’immigré est un être humain à respecter », suite à l’inacceptable chasse à l’homme, en Calabre, contre des travailleurs africains. « Un immigré est un être humain, différent par sa provenance, sa culture, ses traditions, mais c’est une personne à respecter ».

Ces mots, dans les circonstances que vit l’Italie, devaient être dits. En rappelant l’égalité des humains et en excluant la violence comme moyen de résoudre les difficultés, le Pape est dans son rôle. Il ne parle pas là de lointaines contrées, mais de l’Italie elle-même, mère de civilisation.

Sur cette intervention, un petit pari : je gage qu’elle n’occupera demain, dans les journaux, qu’une place modeste. Lorsqu’il s’agit d’accabler le chef de l’Eglise catholique, les gros titres. Lorsqu’il dit quelque chose d’universel (relevant d'ailleurs, bien au-delà de la foi des uns ou de l’athéisme des autres, du plus élémentaire humanisme ou simplement des droits de l’homme), alors, va, sans doute, pour le petit encadré en bas de page. Voire, rien du tout.

Mais je puis me tromper. Et si je l’avais écrit, le présent billet, pour le seul bonheur de me tromper ? Excellente soirée à tous.

 

Pascal Décaillet

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 14 commentaires

Commentaires

  • En fait, ce pape n'a dit que le la moitié du strict minimum! Oui la moitié de ce qu'il devait dire!

    Il aurait pu ajouter que ce qui a été fait en Calabre était un pécher, une ignominie qui méritait l'excommunication. Une excommunication réellement méritée et non pas due à un pécher phantasmé, ainsi que ce fut le cas en raison de l'avortement d'une enfant à peine pubère, violée par son père adoptif en Amérique du Sud!

    C'est dans cette optique qu'il mériterait la une en pleine page!

  • Le pape a évidemment raison, il est pleinement dans son rôle quand il rappelle la dignité intrinsèque de tout être humain. Néanmoins ce nécessaire rappel devrait toujours être accompagné, quand il s'agit de la migration, par une prière fervente pour l'équité des échanges commerciaux au niveau international, équité qui permettrait à ces migrants de vivre dignement, chez eux. Sinon, à la longue, au fur et à mesure de la dégradation de nos pays, on serait tenté de se demander : "mais combien de migrants l'état du Vatican accueille dans ses murs ?"
    Comme Blaise Pascal disait "qui veut faire l'ange, fait la bête" ; les bonnes intentions ne suffisent pas ici-bas, il est en effet toujours préférable d'arrêter le mal, avant qu'il ne se produise, c'est-à-dire empêcher que se constituent les situations qui aboutissent immanquablement au déchaînement du chaos. Il me semble que, jusque à une période récente, les papautés successives, surent assurer ce rôle de veilleur. Car l'irénisme, c'est aussi une forme de démission face au réel. "Ils ont les mains propres, mais ils n'ont pas de mains" comme disait Péguy. Facile, trop facile.

  • Ah Saint Pascal... QUe le bonheur de vous trompervous soit donné... CEla étant dit, les prouesses verbales et politiques de Ratzinger sont assez médiocres. Allez, je prends le pari contraire (un café). Ce propos, foort à propos mais peu crédible vu son auteur, sera ignoré superbement.

  • Je ne suis pas toujours d'accord avec vous, mais pour une fois je partage pleinement votre avis.

    Je ne vais pas me comparer au Saint Père (Je ne suis "que" père) mais lorsque j'ai essayé sur mon blog de dire que la faim dans le monde était au moins aussi importante que le réchauffement climatique, les commentaires ont été plus que discrets...

    Pour beaucoup, il est normal que le pape s'occupe du respect des immigrés comme il est normal que la presse préfère le latex d'un banquier.

    O tempora, o mores !

  • @Paul Bär:
    Sur votre commentaire: "combien de migrants l'état du Vatican accueille dans ses murs": Sauf erreur, 100% de la population du Vatican est issue de l'immigration - même le chef d'Etat est étranger. Et l'intégration se passe très bien puisqu'ils n'y a aucune violence juvénile au Vatican (sauf parmi les gardes suisses de temps à autre).

  • Rome n'est pas toujours crédible. Le Vatican reste toujours attaché à des valeurs de droite, voire d'extrême droite, en préférant encore des gouvernements type Berlusconi allié à la Ligue du Nord de Bossi plutôt qu'un gouvernement centriste appuyé par une gauche modérée. Nous savons que l'Italie n'a pas trouvé son leader de centre gauche capable de battre la démagogie berlusconienne. En attendant si Rome faisait acte de courage en s'opposant à ce régime catastrophique qui mène tout droit au fascisme et à l'apartheid, les paroles de Benoît XVI seraient de vraies paroles guidant sur le chemin de l'espérance. Une fois de plus, celles et ceux qui ont une authentique foi en Jésus,ne peuvent pas se retrouver dans les discours d'un homme assis sur le trône de la légitimité de Dieu incapable de convoquer de toute urgence Mr Berlusconi au Saint-Siège pour lui dire ses quatre vérités. Bien à vous.

  • "...va, sans doute, pour le petit encadré en bas de page. Voire, rien du tout."

    Pari gagné avec un "entre les deux" ! Dans "Le Temps", quotidien de référence plus ou moins auto-proclamé, quelque chose, mais pas de petit encadré, juste quatre lignes à la fin de l'article consacré aux événements de Rosarno :

    "Préoccupé devant la situation en Calabre, le pape Benoît XVI est intervenu dimanche à l’occasion de l’angélus pour rappeler «qu’un immigré est un être humain, différent de par sa provenance, sa culture et ses traditions mais que c’est une personne à respecter»."

    Néamoins, je ne vous félicite pas, parce qu'à aucun moment j'ai pensé que vous pourriez le perdre.

  • "Si Rome faisait acte de courage en s'opposant à ce régime catastrophique qui mène tout droit au fascisme et à l'apartheid..." Celles et ceux qui luttent dans le domaine de l'asile en Suisse aussi, savent et disent que les SDF, les NEM les expulsés sont des personnes à respecter! Les théologiens de la Libération qui, avec la motivation de Jésus, luttent à la prise de conscience de la dignité des étrangers et participent à leur lutte pour qu'elle soit reconnue, aussi par l'institution ecclésiastique, ont été, des années durant, mis à l'écart par Ratzinger. De plus, il s'est efforcé, par l'intermédiaire d'évêques de son choix, à détruire les petites communauté de base...qui se prenaient en charge, chez eux, et n'émigraient pas en Italie.
    Concernant, la haine des étrangers (surtout noirs et arabes, je l'ai vu il y a 2 ans déjà). C'est nauséabond! Pourquoi Berlusconi et les siens ne s'inspirent-ils pas de ces mots du pape pour agir en conséquence?

  • @cmj et pachakmac:
    S'il est une personne qui a un avis cohérent et intelligent sur le rapport entre foi et engagement politique, c'est bien Joseph Ratzinger. Il faut lire, par exemple, "Eglise, oecuménisme et politique". Jésus Christ (puisque pachakmac invoque ici une "authentique foi" en lui), n'a jamais convoqué les autorités politiques de son temps pour leur dire leur quatre vérités. Lorsque St Paul en a appelé à César, ce n'était pas non plus pour pouvoir contester devant celui-ci les fondements de l'Empire. D'ailleurs, si Jésus a été crucifié, c'est assez certainement parce que la population aurait préféré qu'il joue un rôle politique, et qu'elle n'a pas accepté que ce thaumaturge fantastique n'use pas de ses talents contre l'occupant (pour beaucoup, le fait que Jésus puisse se faire arrêter devait être la preuve de sa supercherie). Les reproches que vous adressez au pape ressemble beaucoup à celui qui a conduit à la crucifixion du Christ. Ces reproches me confortent dans l'idée que nous avons un grand pape.

  • @LordActon : je faisais évidemment allusion à la migration illégale extra-européenne dont je doute fort qu'un seul de ses représentants séjourne, temporairement ou en permanence, sur le territoire du Vatican. Il est en effet relativement aisé d'être généreux, quand ce sont les autres qui paient (les partisans de la mixité vivent généralement dans des quartiers bourgeoisement confortables). En outre, on n'arrêtera jamais un mal, quand on se trompe, plus ou moins consciemment, sur ses racines (jamais vu, à aucune époque, de population constituée qui se laisse dépouiller, de sa souveraineté territoriale ou identitaire, sans réagir). Rappelons enfin que c'est le système libéral, la finance hors-sol, le capitalisme sans frontières, qui tirent en premier les profits de la migration transmondiale, notamment en brisant les solidarités locales ou ouvrières, avec cet apport constant et massif de "cheap labor".

  • Il conviendrait aussi de freiner un peu sur le recours systématique à l'anathème "fasciste", vous savez, l'histoire de la chèvre de Monsieur Seguin...
    Personne n'utilise non plus cet artifice de langage quand Israël construit des barrières de séparation....... pour se protéger de la migration illégale :

    http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/8451085.stm

  • Ou encore ceci..

    http://online.wsj.com/article/SB10001424052748704842604574641981049321484.html?mod=googlenews_wsj

    ... un comité de personnalités éminentes (donc, les "élites")qui demande, en Grande-Bretagne, que l'immigration extérieure soit freinée, sinon bloguée, avant que le pays n'atteigne les 70 millions d'habitants, ce qui y rendrait la situation commune objectivement invivable.

    Alors, les signataires de l'appel, parmi eux des personnalités du Labour ou l'ancien archévêques de Canterbury, des "fascistes" ? Ou vouloir, comme ces gens distingués le demandent "préserver nos services publics, notre qualité de vie et la nature même de notre société" (sic), une réaction "nauséabonde" aussi ?

  • Lord Acton. Effectivement, Jésus ne disait ses quatre vérités aux politiciens, aux autorités religieuses, aux populations de l'époque qu'à travers des paraboles prodigieuses d'humanité. Le pape actuel n'est sans doute pas un pape qui soutiendrait un génocide, même passivement. Mais le courage ne serait-il pas de convoquer ceux qui agissent comme des empereurs ou des rois, tel Berlusconi, voir Sarkozy? Puisque nous vivons un nouveau Moyen-Age intellectuel sous couvert de démocratie, autant utiliser les influences des hautes instances religieuses pour éviter les massacres et les guerres. Ne trouvez-vous pas, Lord Acton? Personnellement, je peux très bien me passer du pape ou de toute autre autorité religieuse. Mais la société semblant si infantilisée, si prise par le matérialisme et la réussite individuelle, réussite toute matérialiste évidemment, que le pape a une très grande responsabilité pour remettre une Eglise au milieu d'un village global à l'image de Jésus qui respecterait ses idéaux d'humanité, de multiculturalité, et de fraternité entre nous.

  • @pachakmac:
    On n'échappe pas à l'illusion qui domine notre époque. Chacun est persuadé de pouvoir se passer de tout, et de savoir très exactement où se trouve en tout le juste milieu. Seuls les autres ont besoin de conseils et de guides... Personnellement, je suis reconnaissant à l'Eglise catholique d'être parvenue, malgré tout, à me communiquer un message qui me parle.
    Le pape fait son travail, et il le fait très bien. Il porte témoignage à la Vérité dans un monde épris de mensonge. Il n'est pas affairé, comme vous le souhaiteriez, au chevet de la politique. En cela, contrairement à Sainte Marthe qui s'agite et se plaint, il "a choisi la meilleure part qui ne lui sera point ôtée".
    Quant au Moyen-Age, il fut une haute période de l'activité intellectuelle. Aucune des idéologies mensongères dont nous souffrons aujourd'hui ne trouve son origine au Moyen-Age. Ces idéologies mensongères datent toutes de périodes ultérieures, notamment de la Renaissance et des prétendues "Lumières".

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