Tiers Etat

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 22.03.10

 

On le disait totalement isolé, on annonçait qu’il n’aurait qu’une seule voix : la sienne. On le disait un peu fou, inaudible, tout juste bon pour le décodeur. Et voilà qu’au Lignon, face à René Longet, Alberto Velasco a ramassé un tiers des voix. Un score extraordinaire, quand on pense aux pressions internes qu’il a subies, à la chansonnette des apparatchiks qui lui ordonnaient de se retirer.

 

Ce tiers, conquis de haute lutte par Velasco, c’est le Tiers Etat. La sourde rumeur contre le jeu des marquis et roitelets qui se partagent postes et prébendes, régales et gabelles. Si la suprême cléricature du parti a fini par réélire René Longet, c’est par annulation des forces, neutralisation des ambitions. Je te tiens, tu me tiens, et la somme de nos barbichettes égale zéro.

 

Alors, quel avenir pour Velasco ? Continuer d’attaquer des moulins ? Passer chez un logopédiste ? Ou plutôt, tiens pourquoi pas, partir de ce tiers du Lignon pour suivre son étoile. Sur ce chemin-là, il pourrait bien se trouver beaucoup moins seul que prévu. Parce que l’obscurité de son verbe est parfois plus éclairante que dix mille langues de bois. Il en jaillit quelque chose de gauche et de maladroit, remuant, dérangeant. Quelque chose d’assez rare, au fond, de l’ordre de l’irruption ou de l’inopiné. Cela s’appelle, simplement, la sincérité.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

  • Bravo! Vous voyez juste!

  • Non, vous voyez faux !

  • Monsieur Velasco est à l'heure actuelle le seul socialiste qui parvient à placer de l'indignation antigouvernementale dans son discours.

    C'est donc dire que c'est le seul dirigeant socialiste d'opposition.

    Qu'il obtienne un tiers des voix montre que les militants, malgré la voie royale qui semblait tracée à René Longet pour faire un score stalinien, ne sont pas dupes.

    Ils savent que leur parti s'enfonce inéluctablement pour une et une seule raison : il est devenu un parti de notables, éloigné des préoccupations de la population, qui le lui rappelle de plus en plus à chaque consultation.

    Sans doute, le cap ne peut-il être redressé. Mais en choisissant René Longet plutôt que Monsieur Velasco, la majorité des militants a décidé de sombrer sans panache. À Achab-Velasco, et sa fureur de vaincre sans compter, ils ont préféré Edward John Smith-Longet, et sa soif de profiter à court terme, avec les autres officiers en uniforme blanc, des derniers plaisirs offerts par le navire s'abîmant dans les flots.

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