Blocher, les ricaneurs, les moralistes

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Sur le vif - Dimanche 25.07.10 - 14.15h

 

Il aura 70 ans le 11 octobre, n’a jamais été aussi jeune. Là où d’autres s’assoupissent, il veille. Au cœur de l’été, dans les colonnes du Matin dimanche d’aujourd’hui, il lance une offensive. Une initiative anti-adhésion. Oui, Christoph Blocher tient une forme d’enfer, comme il sied au diable, d’ailleurs il est le diable, le sait, en joue, et des entrailles du néant, brille de mille feux. Bref, Blocher fait du Blocher : c’est dans ce rôle qu’il excelle.

 

Dans son combat contre l’Union européenne, le vieux lion est parfaitement clair, cohérent, il a défini une stratégie à très long terme, s’y tient contre vents et marées, se contrefout de ce qu’on dit de lui. Il est debout. Il se bat. Les aigris, les ratiocineurs ricanent. Ou font la morale. Ils ne savent faire, à peu près, que cela. Pendant ce temps, lui, dans un terrain qu’il étudie depuis quarante ans et dont il connaît chaque anfractuosité, conquiert patiemment des positions, les tient, progresse. Il n’est pas Masséna, ni Joffre, ni Nivelle : contrairement aux apparences, il est loin d’être l’homme des grandes offensives. Il serait plutôt celui de la guerre de position, tranchée après tranchée. Il n’a pas peur du temps qui passe.

 

Je les entends encore, ceux qui l’annonçaient comme mort au soir du 12 décembre 2007, suite au pronunciamiento parlementaire qui avait combiné sa perte. Il aurait fallu ne plus jamais parler de lui, dissoudre jusqu’à la mémoire de ce qu’il avait été. Eh bien non, le fauve est toujours là. Le vrai chef de l’UDC c’est lui. Le diapason des prochaines élections fédérales, c’est lui qui le tient. Et alors que Pascal Couchepin, qui avait cru judicieux de le traiter de Duce, somnole dans d’improbables conseils de fondation, il se trouve, lui, au cœur du dispositif de bataille pour octobre 2011. La politique est un démon. Son démon à lui, simplement, doit être plus puissant que d’autres.

 

Et puis, ils ont été quelques-uns, depuis sa mort, à tout entreprendre pour sa résurrection, un véritable comité de soutien. M. Steinbrück, en Allemagne. M. Woerth, en France, ah Monsieur Woerth, sublime allié, l’homme dont chaque péripétie fait grimper encore un peu plus les intentions de vote UDC à l’automne de l’an prochain ! L’autre allié, en Suisse, étant évidemment Christian Levrat, jamais meilleur ami de Blocher que lorsqu’il embrasse, avec ardeur et dévotion, ce que beaucoup, dans le peuple suisse, perçoivent comme le parti de l’étranger. Se sont-ils donné le mot, MM Steinbrück, Woerth et Levrat pour que le parti de Blocher s’en aille allègrement flirter, d’ici moins de quinze mois, avec la barre des 30% ?

 

Dès ce soir, sur les ondes, je vous le donne en mille, vous entendrez parler de lui, comme le chantait si divinement Barbara. On le raillera. On le vilipendera. On trouvera trente-six mille arguments pour pulvériser son initiative anti-adhésion. Mais son nom, maintes fois, sera prononcé. Et sa figure, avec une récurrence d’éternité, resurgira. À ses ennemis, il faudrait peut-être la croix, ou quelques gousses d’ail, le tressautement d’un Vade Retro, ou alors le napalm, on brandit les armes qu’on peut. Quand ils les auront toutes utilisées, en vain, il leur restera les ultimes bottes de Nevers où ils sont passés maîtres : le ricanement et la morale.

 

Alors ricanez, Messieurs. Moralisez. Et rendez-vous en octobre 2011.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 13 commentaires

Commentaires

  • La Suisse après avoir chuté dans le bas-côté, une fois de plus, ricane, de ce rire jaune tant cher aux idiots pas trop fiers alors que l'Europe gronde !
    Après ce hold-up des caisses de pensions et des banques hospliennes, la bande à blocher s'est rempli les poches au nom du populisme, malheureusement pour la plus grande partie des influençables ayant suivit la meute comme des braves toutous, même pas des miettes de ce repas grandiloquent, des Valentes qui se ventes d'avoir été à la tête de la sécurité à kadhafi alors qu'il n'était qu'un petit salarié, d'autre vont pointer au chômage, vraiment ne jolie petite scène d'arroseurs populistes arrosés !
    Si il y a encore des volontaires, signés en bas de la page !!!

  • L'Europe ? Une folie !
    Mais, comme nous l'a dit de la Rochefoucauld, "qui vit sans folie n'est pas aussi sage qu'il croit."

  • Bravo M. des Caillets! Vous n'etes pas blochérien, mais au moins vous avez le fair play de reconnaître le génie de ce grand homme. Merci pour ça.

    Moi je suis blochérien et je me régale chaque fois que le vieux lion donne de la voix et envoie valdinguer tous les trotte-menus pro Bruxelles et antisuisses, à la Coucouchepain & consorts.

    Et "le parti de l'étranger" pour désigner les européistes, bravo pour la trouvaille. C'est exactement ce qu'on ressent.

    Les pro européens sont désormais en porte à faux. Leur cause est définitivement perdue aux yeux des Suisses. Le dernier espoir des euroturbos est donc que l'adhésion nous soit imposée de l'extérieur par la force, comme la révolution en 1798, comme l'Anschluss de l'Autriche par Hitler en 1938, comme le traité de Lisbonne au peuples européens non consentants en 2009.

    Les citoyens suisses le sentent: les pro européens sont devenus les collabos moraux d'une puissance étrangère qui en a à nos libertés.

    J'ai brodé sur ce thème dans un commentaire que j'ai posté sur le blog d'une de vos collègues journaliste romande que je ne nommerais pas. A cette dame, - vous devinerez peut-être qui c'est - je rappelais un grand nom du journalisme romand qui s'était fourvoyé dans l'enthousiasme fou pour la "Nouvelle Europe" d'Hitler et Mussolini: Paul Gentizon.

    A vous, je ne vais pas apprendre qui était Paul Gentizon: un des plus grands journalistes européens de sa génération, écrivant pour le TEMPS (de Paris, ne pas confondre avec une petite feuille de chou paraîssant actuellement à Genève) c'est à dire le plus prestigieux quotidien de l'époque,. Il avait été envoyé en Italie et s'était enflammé pour Mussolini. Pendant la guerre il avait écrit un livre: "La Suisse à la croisée des chemins" prônant l'alignement de la Suisse sur la politique de l'Axe "durch dick und dünn".

    Si on relit les textes de Paul Gentizon de cette époque on constate que l'argumentaire et jusqu'aux tournures de style, sophistiques, sont IDENTIQUES au discours actuel des pro européens suisses. Il sagissait aussi, pour Paul Gentizon, de sauvegarder notre souveraineté réelle en reconnaissant les nécessités inévitables, de ne pas rater le train de l'histoire, de ne pas s'accrocher aux mythes d'un passé révolu, etc., etc. Exactement les mêmes phrases, les mêmes raisonnements, seulement au lieu de Bruxelles, Paul Gentizon disait Berlin et Rome.

    Je relevais ceci dans mon post et je disais que je ne souhaitais pas aux journalistes pro européens actuels de connaître le même sort que Gentizon qui a été banni de la presse après la guerre. Mais je relevais que Paul Gentizon ne devrait pas être méprisé car 1.: il avait un immense talent, bien plus grand que celui des journalistes pro européens actuels, 2.: il était absolument sincère dans ses engagements.

    Seulement il avait, à un moment donné, choisi le parti de l'étranger, et cela, ses compatriotes et la postérité ne le lui ont pas pardonné. Je mettais donc en garde cette journaliste pro européenne qui fait trop bon marché de notre souveraineté: "ne vous faites pas la jusqu'au boutiste de l'Europe de Bruxelles, haïe et en déroute, comme Paul Gentizon était le jusqu'auboutiste de l'Axe."

    Il n'y a que la vérité qui blesse: la dame a du d'abord chercher dans le dictionnaire qui était Paul Gentizon, puis quand elle a compris l'allusion, mon post a été censuré.

  • Allez allez, patriote, vivement que les étrangers virent les Suisses de l'Europe, qui veut encore des Suisses en 2010 ? mais grâce à nos bonnes relations avec kadhafi, il nous trouvera bien un bout de désert dans son paradis terrestre !

  • Comme d'habitude, magnifique envoléée rhétorique d'un journaliste instruit et doué. Mais qu'en est-il du fond de la question : Blocher est-il de taille à pouvoir être utile à son pays ?
    Pour moi la réponse est clairement négative. Il a eu l'occasion d'oeuvrer pour le bien de notre pays et on a vu ce que cela a donné. Mis sur la touche, il est sorti par la petite porte en montrant encore sa petite carrure et sa grande mesquinerie.
    Le moment de la vengeance est-il venu ? On verra . . .
    On pourrait ici faire mention des dissensions internes au parti blochérien, des défaites en pays grison, des péripéties peu glorieuses d'un ex-UDC d'Yverdon, mais à quoi bon ? Faisons confiance au peuple qui ne se laisse pas toujours berner.

  • Zufferey de Cratogne, nous devrions toujours associer les noms de blocher et hospel, car en fait il s'agit d'une alliance ou d'un holdup en petite bande auquel la Suisse vient d'assister !

  • Belle envolée en effet, un angle choisi et assumé. Alors, Blocher, un génie de la communication ? assurément. Un génie politique ? Aussi, mais un génie de la politique immobile, de l'agitation dans un vide sidéral. Il dicte l'agenda ? Certes, bravo. Mais pour aller où ? Il ne propose rien. Qu'a fait le génie au Conseil fédéral ? Semé la zinanie, cassé la collégialité mais pour créer quoi ? Néant. A-t-il obtenu des accords de réadmission pour renvoyer les criminels récidivistes ? Néant. Du bruit, des effets de manche. Isolationniste, son entreprise fait la très grande partie de son chiffre d'affaire à l'étranger. Il est critiquable non pas au nom de la morale mais de l'inefficacité et de l'immobilisme.

  • Pour les ceusses qui ne veulent pas comprendre que la politique de l’UDC est le résultat de la cogitation des têtes d’œuf zurichoise dirigée par Blocher la réponse est clair et nette : je décide et vous la fermer, circulez, il n’y a rien à voir !

    Les cadors romands Freysinger et Perrin ne sont que des faire-valoirs urbains et agricoles dont le seul but est de ramener des voix au parti. Ruer dans les brancards ne sert à rien et rappelle les rots que poussent les petits nourrissons.

  • Quand il y aura un milligramme de génie dans le populisme en plus actionné par les banques pour freiner l'immigration, faites signe !
    Ces nombreuses tentatives de fermer les robinets, n'ont eu pour conséquences que de voler 68 milliards à la confédération, c'est à dire aux contribuables, et de vider les caisses de pensions et autres fonds "citoyens", nous venons d'assister au casse du siècle organisé par la mafia brunâtre suisse et certains disent ; encore !

  • Avec des ennemis comme ça, M. Blocher n’a plus besoins d’amis.
    Comme si ce monsieur qui a pourtant démontré à quel point il n’est pas capable de composer avec des avis divergents du sien et de faire des compromis (ce qui est pourtant l’art ultime en politique) était vraiment le surhomme politique dont la Suisse a besoin.
    C’est vrai, qu’il a le droit d’avoir ses idées et tant mieux pour lui et pour son parti s’il a des énormes moyens pour les diffuser à grande échelle. Par ailleurs, il a effectivement le mérite d’avoir depuis toujours une ligne claire et précise et de s’y tenir.
    Est-ce pour autant de ce genre de politicien dont la Suisse a besoin pour envisager le futur ?
    Sa vision du monde et de la mondialisation n’est elle pas un peu trop étriquée et isolationniste pour ne pas dire islamophobe voir même xénophobe ?
    Sa compréhension de notre pays ne relève t’elle pas d’un passé à tout jamais révolu ?
    Et enfin son besoin de dénoncer bêtement les inévitables errements de l’Europe n’est elle pas dénuée de toute solidarité et autres considérations par rapport aux pays européens avec lesquels on n’a, quoi qu’il arrive, pas le choix de s’entendre ?
    Poser ces questions c’est y répondre, sauf qu’apparemment aujourd’hui il suffit d’occuper efficacement le terrain médiatique pour être considéré comme le messie.
    Autant dire que je ne suis pas certain que cela nous annonce des lendemains qui chantent…..

  • "Il aura 70 ans, cette année. Certains voient en lui une fontaine de jouvence. D'autres voient en lui un chanteur au récital ennuyeux répétitif et dépassé.
    Bon zappons!

    Cet été 2010, la Suisse a d'autres chats à fouetter.

    Faisons un sondage sur la PRESIDENCE SUISSE:

    Qui désire un Président pour une durée de trois ans?

    Et qui désire Doris Leuthard comme PRESIDENTE pour 3 ans?

  • Eh oui!!! Il est toujours présent et heureusement pour l'UDC, car en regardant ce qui se passe à Genève, (une querelle entre deux hommes) met à mal le parti et ses militants.
    Je ne pense pas qu'en octobre 2011 à Genève nous aurons un % élevé, même pour les municipales, si rien ne change rapidement et que l'on enterre la hache de guerre!!!!
    A bon entendeur salut!!!

    Une personne active au sein de l'UDC Romande et Genevoise.....

  • Ils sont choux les collabos qui écrivent dans ces commentaires. Ces faibles désirant ardemment se soumettre à une autorité non démocratique composée de fonctionnaires sur-payés, ce sont les mêmes qui chialent à propos d'une hypothétique mafia Zurichoise. Pathétique.
    Heureusement, ceux qui rêvent du "machin" totalitaire Bruxellois sont une minorité totalement négligeable.

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