La lune, les cochons

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 15.10.10



Pardo, Stauffer, deux tronches, deux tempéraments, deux révoltes. Ici, le Levantin à la prunelle d’ébène. Là, le boulangiste aux petits matins blêmes, hâbleur, rassembleur. Deux écorchés, deux contestataires, mauvais garçons, l’un et l’autre profondément anti-bourgeois. Parce que les bourgeois, c’est comme les cochons.

Chaque année, sur les bords du lac de Garde, je passe devant le Vittoriale, à Gardone, la somptueuse demeure du poète Gabriele D’Annunzio, et je pense à Soli Pardo. Il y a, dans l’anticonformisme de ce rebelle, quelque chose de littéraire, une petite musique lunaire, une extase de la face cachée dont on sait qu’elle peut conduire à l’irrédentisme. Contre les bourgeois, les cochons.

Les bourgeois, c’est qui ? C’est l’ordre établi. Celui des partis gouvernementaux. Celui de son propre parti, qu’il a fini par fuir. Sans doute, aussi, l’inéluctable de sa propre existence. Le destin, c’est comme la grammaire, il faut constamment la casser, quérir l’exception. Exalter la rupture. Il paraît que Kadhafi veut détruire la Suisse. Soli, lui, veut détruire Pardo. Par esthétisme. Contre les cochons.

C’est comme dans la chanson, il y a Maître Soli et Maître Pardo. Dans la nuit éthérée de leur mémoire, les temps anciens où ils faisaient les quatre cents coups. En ce temps-là, Soli avait rendez-vous avec la lune. Pour hurler dans la nuit. Contre les cochons.

Pascal Décaillet








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