La traversée qu'il nous faut

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Sur le vif - Lundi 05.01.15 - 14.33h

 

Cette fois oui, un projet qui va dans le bon sens. Après la parenthèse erratique de l’épisode de l’initiative de petite traversée, qui avait surtout permis à l’UDC de faire parler d’elle en période électorale à l’automne 2013, mais représentait une vision dépassée de la mobilité à Genève, ceux qui veulent une traversée peuvent se réjouir. Avec 11'700 signatures, voici maintenant une initiative proposant le seul tracé possible, celui d’une grande traversée, une traversée du lac, en amont, de nature à désengorger vraiment le trafic en ville, et boucler enfin la ceinture autoroutière de Genève. En la mettant en lien avec la seule vision de mobilité qui vaille, le réseau français. Oui, enfin, pour une fois, sur du concret et non sur du vent, envisageons le « Grand Genève ».

 

Je dis bien : « ceux qui veulent une traversée ». Une partie de la population n’en a jamais voulu aucune, ni petite ni grande, ni de la rade ni du lac. Ceux-là demeureront dans leur conviction, qui se doit d’ailleurs d’être respectée. Mais c’est bel et bien à l’intérieur du camp des partisans du principe de traversée que la bataille de la nouvelle initiative va se jouer. On espère, notamment, que l’électorat UDC saura se montrer bon joueur, et ne pas « faire payer » aux initiants d'aujourd'hui l’échec de son propre projet, en septembre 2014. Ce genre de vendetta au sein de la droite desservirait à coup sûr l’intérêt supérieur de la mobilité à Genève.

 

Reste que rien n’est joué. Il faudra d’abord gagner l’initiative devant le peuple, c'est loin d'être réalisé. Et puis, si c’est le cas, il faudra s’assurer que tout cela n’est pas du vent. Solidité du financement. Rôle régalien de l’Etat comme maître d’œuvre d’une grande infrastructure d’intérêt public. Refuser l’esbroufe et la facilité de « partenariats » avec le privé, où la République perdrait la main. Surtout, faire de ce projet immense l’affaire de tous. Pas seulement les initiants d’aujourd’hui. Pas seulement le PLR, le PDC, les Verts libéraux, le patronat, bref la droite économique. Mais le projet de tout un canton, intégrant toutes les formes de mobilité, y compris celles que prônent les opposants d’aujourd’hui. Par pitié, ne pas penser ce projet comme un autel à la bagnole, une ode à la bagnole, dans la liturgie recommencée de la bagnole.

 

Une dernière remarque, plus politique, qui s’adresse à l’Entente. Voyez, Mesdames et Messieurs, que les initiatives ont du bon. Elles permettent, lorsque tout est bloqué dans la classe politique, de faire redémarrer la machine en s’adressant au suffrage universel. Encore une fois, c’est loin d’être gagné. Mais au moins, la démarche est bonne. Le projet est bon. La vision est juste. Pour le reste, advienne que pourra. Pour ma part, je ne verrai pas cette traversée. Mais j’ai des enfants. Je suis né et je vis au bord du lac. Et surtout, j’aime Genève.

 

Pascal Décaillet

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires

Commentaires

  • Cette initiative est une imposture intellectuelle. En effet, on propose une solution - partielle et chère - sans avoir analysé le problème.

    Admettons que le problème central soit "Il y a trop de bouchons à Genève". Ce problème a des causes (on vit loin de son lieu de travail, la voiture est le moyen de transport le plus efficace sur l'itinéraire X, les moyens financiers sont limités, etc.). Ce problème a également des conséquences (on arrive en retard au travail, il y a des accidents, de la pollution, etc.). Le problème central lui-même (les bouchons) se décompose géographiquement en bouchons sur l'autoroute de contournement, sur la route des Acacias, sur les quais de l'Arve, sur la route de Chêne, etc.

    Admettons que la traversée du Lac constitue une amélioration. Pourquoi choisir celle-ci, assurément la plus chère, alors qu'on pourrait s'attaquer aux causes (rapprocher logement et travail, développer les transports collectifs, etc.) ou aux conséquences (favoriser la flexibilité des horaires de travail, créer des parkings-relais, etc.)? Et ce à bien moindre coût.

    Il faut rappeler une fois de plus que les autres villes de même condition géographique (Zurich, Lucerne, Lausanne, Annecy...) n'ont pas de périphérique routier, ni existant, ni en projet.

  • Non, navré, pas pour moi.

    Personnellement je veux pouvoir traverser plus facilement en ville de Genève, pas au milieu de nulle part avec les camions de toute l'Europe.

  • No more comment.
    J'ai donné.

  • Et moins cher....
    Direct depuis Colovrex derrière l'aéroport via Meyrin/Satigny/Russin/La Plaine/Challex et connecter sur la A40 entre Vulbens et Valleiry. Même avec de multiples tranchées couvertes et tunnels pour sauvegarder les sites ce sera toujours moins coûteux qu'un pont. De plus, déboucher sur la A 40 à Annemasse ne fera qu'aggraver la surcharge chronique de ce secteur.

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