• Les années

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    Sur le vif - Mardi 31.12.19 - 17.05h

     

    Les années filent, les années volent, les années fusent.
    Les années passent, confuses.


    Les années rient, les années pleurent, les années chantent.
    Les années noires, méchantes.


    Les années vont, les années viennent, les années meurent.
    Les années belles demeurent.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Quand les Yankees nous lessivent le jugement

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    Sur le vif - Lundi 30.12.19 - 17.22h

     

    De grâce, qu'on cesse de reprendre servilement, comme cela se fait depuis janvier 1991 (première Guerre du Golfe), le terme de "frappes", lorsque les Américains lâchent ou déversent leurs bombes au Proche-Orient !

    Le mot "frappe" est tout, sauf innocent. Directement repris des communiqués de l'armée américaine, il laisse entrevoir quelque chose de très technique (comme un jeu de précision), précis, indolore. Une partie virtuelle de stratego.

    Le mot laisse entendre, aussi, que les gentils Américains, gardiens de la paix dans le monde, ne décochent leurs "frappes" qu'en rétorsion à des actions antérieures, où l'ignoble ennemi du moment (hier l'Irakien, aujourd'hui l'Iranien) les aurait fourbement attaqués. La frappe, ce serait le talion, œil pour œil, sans plus.

    Tissu de mensonges. Déjà lors du Vietnam, les communiqués américains mentaient, éhontément. Ils ne font que cela, depuis très longtemps : et bien plus longtemps que vous ne l'imaginez, mais je briserai ultérieurement ce tabou.

    Les Américains veulent la guerre avec l'Iran. Ils la voulaient déjà avant Trump, qui n'a rien arrangé. Leurs bases, depuis des années, encerclent les frontières de la Vieille Perse. Pour agir, comme toutes les armées du monde cherchant à justifier une offensive future, ils exploitent les "provocations". En rétorsion à ces dernières, ils nous balancent des communiqués faisant état de très sages et très scientifiques "frappes", munies de la parfaite légitimité de la contre-attaque.

    Fumisterie, bien sûr. Les Américains n'en ont certes pas le monopole (lisez les Guerres Antiques, vous trouverez exactement cela). Mais avec les Américains, chez quantité de journalistes, ça marche ! Si les Yankees ont parlé de "frappes", alors ce doit être des "frappes", alors OK, on reprend comme des moutons le mot "frappes".

    Le problème, dans l'affaire, ce ne sont pas les communiqués de propagande de l'armée américaine. Toutes les armées du monde utilisent la même ficelle, lisez les Bulletins qui relataient la (géniale, vraiment) Campagne d'Italie du jeune Général Bonaparte en 1796/97, le principe est le même.

    Le problème, ça n'est pas la propagande d'un belligérant. Non, c'est l'allégeance à son vocabulaire, de la part des médiateurs. Lorsque le propagandiste se trouve être la première puissance du monde, c'est un peu gênant. Ca pourrait presque, à un esprit chagrin, donner le sentiment d'une servilité face aux puissants. Et de beaucoup d'ignorance face à l'identité, l'Histoire, la civilisation de ceux qui sont en bas, sous les bombes du puissant.

    Tenez, on pourrait peut-être, dans une autre vie, cesser de parler de "frappes". Et puis, aussi, dans dix mille vies ultérieures, se mettre à étudier, en profondeur, les langues, Histoires et civilisations du monde arabe, et du monde perse. C'est un peu plus compliqué que le monosyllabe "frappe". Mais ça enrichit l'esprit. Et ça pourrait même, un jour, nous ouvrir les cœurs.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Les élus : des citoyens comme les autres !

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    Sur le vif - Dimanche 29.12.19 - 11.06h

     

    Toutes les citoyennes, tous les citoyens qui se sentent insultés peuvent saisir la loi. Et c'est très bien ainsi.

    Pas question de créer un statut spécial pour protéger les élus.

    Les élus ne sont pas une caste à part. Ils sont des citoyennes, des citoyens, parmi d'autres, choisis par le corps électoral pour accomplir une tâche législative.

    Ils sont cela, et rien d'autre. Ils ne doivent bénéficier d'aucun privilège, d'aucun traitement spécial, qui les différencieraient du corps des citoyens.

    Au demeurant, le débat politique ne leur appartient pas. Pas plus qu'à l'ensemble des citoyennes et citoyens. Ils sont juste là pour faire des lois. Si ces lois nous déplaisent, nous les attaquons en référendum. Ils sont là, aussi, pour appliquer sans détour la volonté du peuple, lorsqu'il s'est exprimé par voie d'initiative.

    On fait beaucoup trop de cirque, en Suisse, autour des élus. On leur accorde beaucoup trop d'importance, au détriment du fond, au détriment des thèmes.

    La démocratie directe (dont je souhaite le renforcement) met en avant les thèmes. La démocratie représentative laisse une place démesurée à l'exposition de personnes, qui sont juste des citoyens comme les autres, délégués pour accomplir un boulot législatif. La parole ultime devant toujours revenir au suffrage universel.

    La pierre angulaire de notre démocratie suisse, c'est le citoyen, la citoyenne. En aucun cas, l'élu.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Glôzu, pour toujours

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    Sur le vif - Samedi 28.12.19 - 17.29h

     

    Les tenanciers d'estaminets, rue de la Tour-Maîtresse, au tout début des années 80, entretenaient à la poésie et à la musique un rapport relativement discret. Non qu'ils fussent des brutes, mais enfin, lorsque vous êtes cinq ou six copains accoudés à un bar, en fin de soirée, ruminant vos nostalgies, l'évocation de Verlaine ou de Paul Fort n'est peut-être pas toujours la première de vos conversations.

    Il y avait là un bar, qui s'appelait le Corona, entre un restaurant chinois et un cabaret. Le maître des lieux avait une guitare et un piano, un nez rouge, des histoires à revendre, un smoking, il nous chantait Syracuse, de Bernard Dimey. Il avait une voix d'or, à peine atteinte par la clope, une âme de crooner, un regard tendre, complice, allumé par les choses de la vie. Il avait fait une incroyable première partie de Patrick Sébastien, à l'ONU, sous le nom de Thierry Madison : il avait passé son temps à nous baratiner, promettant l'imminence d'un numéro de jonglage, qui ne s'est jamais produit. Son vrai nom, c'était M. Glauser. Son nom, pour la vie et pour la gloire, c'est le Père Glôzu.

    Il y a les tenanciers de bar qu'on oublie, et ceux qui marquent la légende. Infiniment drôle, mais inquiétant, comme tous les clowns. L'homme aux mille tours, comme Ulysse. Capable, à tout moment, d'exploser la conversation en feu d'artifice. Il raconte. Il imite. Il mime. Il campe les personnages, dessine le décor, nous amène à la chute. L'écouter, c'était descendre le Zambèze.

    Et puis, il y avait Syracuse. Nul, mieux que lui, ne l'a chantée. C'était le tube de la soirée, la star le savait, et c'était Babylone, l'île de Pâques et Kairouan.

    Seulement voilà, la jeunesse s'use. Glôzu a quitté la Tour-Maîtresse il y a très longtemps, pour se lancer dans l'aventure, beaucoup plus connue, mythique, du Café de l'Hôtel-de-Ville. Il y fut un hôte incomparable, avec ses casquettes, son uniforme de l'armée soviétique (qu'il arbora jusque sur le plateau de GAC !), ses photos-souvenirs, mais avant tout, son exceptionnelle capacité narrative. Des histoires, encore des histoires, à n'en plus finir : sans doute son mandat comme cuisinier formateur dans une Ecole d'Hôtellerie de Corée du Nord (sic !), via un transit dantesque par Moscou, au pire moment de la Guerre froide, avec les élèves qui se prosternaient devant lui, en baissant les yeux, figure-t-il au panthéon de ce que la faconde genevoise aura été capable d'engendrer.

    Jean-Yves Glauser, alias le Père Glôzu, emporte avec lui le mystère des clowns. Cet être rare avait la grâce infinie de ne jamais se plaindre, ni laisser poindre l'écume de ses humeurs. Mais vous accueillir, vous amuser, vous distraire, vous faire pleurer de rire. Ce don, ici-bas, n'est pas si répandu. Il se dit que Calvin lui-même, s'il l'avait connu, eût sans doute explosé de la joie des humbles. Comme une promesse de paradis.

    A sa famille, à ses proches, à ses amis, une immense sympathie. Un grand Genevois nous a quittés.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Genève est un théâtre

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    Commentaire publié dans GHI - 23.12.19

     

     

    Il aura suffi, en ce matin du jeudi 19 décembre, à portée du solstice et de Noël, d’une subite vague de brume pour enrober Genève de mystère et de beauté. La matinée, fort belle, avait commencé par le soleil, cette boule de feu dont les Genevois, depuis un ou deux mois, avaient comme oublié l’existence. Et puis, très vite, une épaisse couche de brouillard. Et puis encore, le soleil qui réapparaît, joue à cache-cache avec les nimbes, se laisse entrevoir derrière l’opacité, tout cela en seconde partie de matinée.

     

    Genève est un théâtre. Natif de cette ville, j’ai la chance, six décennies après, d’habiter le quartier de mon enfance. Il est celui du lac, des parcs incomparables, de cèdres centenaires, de l’allée des séquoias, des serres du Jardin botanique. A ces lieux de sève et de vie, mon attachement est viscéral. A supposer – hypothèse d’école – que je devienne fou, je n’en finirais plus de promener ma douce démence au milieu de ce paradis, une fois perdu, mille fois retrouvé.

     

    Mais là, en cet ultime jeudi d’automne, la magique transparence du brouillard, la célérité de son irruption, l’effet de surprise, tout cela a donné au théâtre Genève la valeur ajoutée d’un décor. Cette brume n’avait rien de triste : elle nous encensait, elle nous maternait, elle nous souriait, à la manière d’une Madone. Je suis très fier d’être enfant de cette ville, et de ces lieux. C’est en eux, et aussi dans mes montagnes valaisannes, que je puisse mon énergie.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • France-Allemagne : l'équilibre perdu

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    Sur le vif - Mardi 24.12.19 - 10.39h

     

    Le secret de la Cathédrale européenne érigée par de Gaulle et Adenauer, au début des années 60, c'est à la fois la beauté d'une réconciliation, et l'équilibre des puissances entre la France et l'Allemagne.

    De Gaulle est un germanophile, depuis toujours. Il combat l'Allemagne à deux reprises, mais il admire en profondeur cette civilisation. Lisez les Lettres, Notes et Carnets : même en captivité en Silésie, entre 1916 et 1918, le champ de références est là, qui l'inspire.

    De même, le Rhénan Adenauer, ancien Maire de Cologne, totalement insensible à l'Ostpolitik (c'est la grande limite du personnage), aime et respecte la France. Les deux hommes, sur les décombres de trois guerres (1870, 1914, 1940), sont faits pour s'entendre. Au crépuscule de leurs vies, ils veulent léguer ensemble quelque chose de beau et de fort. Ce sera le Traité de l'Elysée, en 1963, la pierre angulaire de la construction européenne.

    Aujourd'hui, jamais la France, peut-être depuis la Libération, ne s'est portée aussi mal, en matière économique et sociale. Elle n'a plus un sou. Elle n'a plus les moyens de ses politiques publiques. La CGT la paralyse et la prend en otage. Des centrales syndicales, aux pouvoirs et aux méthodes inchangés depuis 1944, font la loi. Le Code du Travail est d'une complexité inextricable. La République, en certains quartiers, n'est plus souveraine.

    Face à ce désastre, une Allemagne "réunifiée" depuis 1990. Des gens au travail. Entre syndicats et patronat, une collaboration intelligente et constructive, qui date de Bismarck, et a fonctionné depuis sans interruption - je dis bien "sans interruption". Un rapport positif au monde du travail, enthousiaste souvent. De grandes difficultés, certes, en Saxe, en Prusse, en Thuringe, liées à la politique migratoire insensée de Mme Merkel en 2015, mais cela se résorbera.

    L'équilibre des années de Gaulle - Adenauer n'est plus. La France est aujourd'hui un pays profondément affaibli. L'Allemagne, elle, va son chemin. Elle poursuit un itinéraire de renaissance entamé entre 1740 et 1786 par l'immense Frédéric II de Prusse, principalement depuis la Guerre de Sept Ans (1756-1763).

    Ce chemin, depuis deux siècles et demi, est ininterrompu. Rien, ni l'occupation de la Prusse par Napoléon (1806-1813), ni le Traité de Versailles (1919), ni même la destruction du pays en 1945, n'a pu l'arrêter. Même le 8 mai 1945 n'est, dans l'Histoire allemande, qu'une défaite d'étape.

    Le problème no 1 du continent européen aujourd'hui, ça n'est pas l'Angleterre, pays périphérique au continent. Non, c'est la rupture brutale, violente, sans retour ni recours, de l'équilibre entre la France et l'Allemagne. Comme si la voûte, dans la Cathédrale, commençait à faillir.

    Que l'Europe demeure ou s'effondre, ne dépend pas de la machine à pondre des directives à Bruxelles. Mais de l'équilibre des forces entre la France et l'Allemagne. La rupture de cet équilibre, c'est la fin du modèle de l'après-guerre. La puissance tellurique des nations survivra aux constructions abstraites et intellectuelles des cosmopolites. Ces derniers, face à l'Histoire, auront des comptes à rendre. L'ardoise sera salée.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Trump vulgaire ? Hors-sujet !

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    Sur le vif - Lundi 23.11.19 - 17.00h

     

    L'immense erreur des anti-Trump, en 2016, a été de lui faire procès de sa vulgarité.

    Est-il vulgaire ? Sans doute, oui. Et cela n'est pas particulièrement pour me plaire. L'idée que le Président des États-Unis soit, de préférence, une personne plutôt bien élevée, me convient fort bien.

    Alors, oui, disons que Donald Trump est vulgaire. Mais empressons-nous d'ajouter une chose : cela n'a aucune importance. Cela, dans la question de savoir s'il fallait voter pour lui ou pour Mme Clinton, constitue un élément tout simplement hors-sujet. Je n'ai jamais, pendant toute la campagne 2016, dit autre chose.

    Le sujet, c'était quoi, dans la campagne 2016 ? Réponse : c'était la question du protectionnisme contre le libre-échange ; celle de la régulation des flux migratoires par le Sud ; celle de la priorité à la rénovation des infrastructures à l'intérieur du pays (thème très comparable au New Deal annoncé par Roosevelt dans sa campagne de l'automne 1932) ; celle de la fin de la toile multilatérale, et du retour à des relations bilatérales entre pays.

    En comparaison de ces enjeux-là, parfaitement énoncés par le candidat Trump dans sa campagne 2016, tout observateur de la vie politique, ayant un horizon d'attente un peu plus poussé que celui des lecteurs de Gala, conviendra que la question de la "vulgarité" du candidat républicain n'avait strictement aucune importance. Elle était juste un contre-feu lancé par la grande bourgeoisie cosmopolite démocrate de la Côte-Est, celle qui a eu la peau de Nixon en 1974, et se jure d'avoir celle de Trump en s'accrochant ridiculement à l'impeachment.

    Eh bien moi je dis que Trump est vulgaire, que je préférerais naturellement qu'il soit bien élevé, mais que sa "vulgarité" n'a strictement aucune importance. Et qu'il sera jugé, en novembre 2020, sur sa capacité (remarquable, jusqu'ici) à juguler le chômage, relancer l'emploi, dynamiser l'économie américaine. Il sera jugé sur des éléments de politique intérieure qui, d'ici, semblent lointains, mais pour les Américains sont essentiels.

    En lui collant de grief de "vulgarité", on a cru bon d'actionner le volet "sociétal" (il s'agissait, notamment, de son rapport aux femmes, suite à des enregistrements pris contre son gré). Eh bien, l'électeur américain de 2020 ne le jugera pas sur le sociétâââl, mais sur le bon vieux curseur social. Celui qui avait réussi à Roosevelt.

    Ce que les Américains voteront dans un an, je l'ignore. Mais une chose est sûre : aujourd'hui, aux trois quarts de mandat, sur le plan économique et social, dans les affaires intérieures américaines, celles qui touchent au plus près la population, Donald Trump a remarquablement réussi son pari.

    Et c'est pour cela que les Démocrates, pitoyables dans leurs gesticulations, ont cru bon de tenter l'impeachment. Sur l'essentiel, le fond de la politique économique et sociale du Président, ils ne trouveront pas la moindre faille pour attaquer. Alors, ils s'accrochent désespérément à cette histoire d'impeachment, comme à un joker qui permettrait de les relancer. Le peuple américain, en novembre 2020, jugera. Nous verrons bien.

     

     

     

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • 2020 : mes voeux pour la Suisse

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    Commentaire publié dans GHI - 23.12.19

     

    Mon premier vœu, pour la Suisse en 2020, est qu’elle demeure un pays libre et souverain. C’est l’essence même, depuis la Révolution française et les combats héroïques des Soldats de l’An II, de toute nation, nous n’y échappons pas. Souverain, cela signifie que nos lois, démocratiquement votées par le Parlement ou par le peuple, doivent demeurer notre horizon ultime. Le « droit supérieur », c’est l’inféodation à un Empire, je dis non. L’indépendance, condition sine qua non de l’existence nationale, ne signifie ni solitude, ni repli. Notre pays signe des accords avec d’autres, il les négocie, et j’estime pour ma part que tout accord passé en haut lieu doit être ratifié par le peuple. Volontairement, je place la souveraineté en tête de mes préoccupations, pour la simple raison que je suis un observateur pessimiste de l’Histoire des hommes, je crois aux rapports de forces, à la puissance des liens à l’intérieur d’une communauté, et non aux machineries internationales. On a vu ces dernières s’effondrer comme châteaux de cartes dès que resurgit le tragique de l’Histoire, pensez à la SDN.

     

    Mon deuxième vœu est celui de la cohésion sociale. Je veux un pays solidaire, où personne ne demeure sur le bord du chemin. Concrètement, cela signifie des assurances sociales fortes, protectrices de tous, et crédibles. Pour les retraites, nous avons besoin d’une nouvelle donne, un nouveau Contrat social entre générations, d’une puissance comparable à ce que fut l’invention de l’AVS, en 1947. Ce New Deal, c’est à nous de l’inventer, en fonction du génie de notre peuple, c’est un chantier majeur. Quant aux coûts liés à notre système de santé, à commencer bien sûr par les primes maladie, préoccupation no 1 de nos compatriotes, ils doivent être le souci premier de notre classe politique. Si cette dernière continue d’échouer dans ce dossier, alors son crédit, déjà en chute libre, partira en poussière. Les ménages étouffent, les classes moyennes sont prises à la gorge, le travail est beaucoup trop taxé, la révolte gronde.

     

    Mon troisième vœu est celui de la qualité de la vie. Nous vivons dans un pays magnifique, aux paysages incomparables, nous avons des fleuves et des rivières, des lacs, des montagnes, de quoi faire rêver des frères humains venus de latitudes moins nanties. A la protection de l’environnement, j’ai toujours dit oui : ce que je combats, ce sont les prophéties d’Apocalypse autour du thème climatique, tout ce tintamarre étant orchestré pour la propagande d’un certain parti. Mais sur le fond, oui, aimons et protégeons la nature, encourageons nos paysans, donnons-leur les moyens de survivre. La qualité de vie, c’est aussi la conscience et la fierté d’appartenir à un pays de quatre langues. Nous, Romands, plongeons-nous dans la langue et la littérature allemandes. Et surtout, n’oublions jamais l’italien, langue nationale, promesse d’un Sud qui commence déjà chez nous. A tous, je souhaite une excellente Année 2020 !

     

    Pascal Décaillet 

     

     

     

     

     

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  • L'Europe, une fois les masques tombés

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    Sur le vif - Dimanche 22.12.19 - 19.01h

     

    L'Europe politique, ça n'existe pas. Ça n'a jamais existé, même à l'époque carolingienne, même au moment de l'épopée napoléonienne, mille ans plus tard. D'ailleurs, ni la construction de Charlemagne, très vite dépecée par les querelles d'héritage, ni celle de Napoléon, n'ont duré. Le Troisième Reich, n'en parlons pas.

    Alors, quoi ? Alors, il y a, par moments, des poussées d'alliances, entre certains pays du continent. Ce qu'on appelle "construction européenne", après la guerre, ce fut le besoin, principalement pour la France, de se servir à vil prix du charbon et de l'acier allemands, dont la production était demeurée parfaitement intacte, malgré les bombardements. Ce que les Alliés, anglais et américains, avient détruit à dessein, c'est la ville allemande, je me suis déjà exprimé sur le sujet dans ma Série de 2015. La ville, les usines ; mais les mines sont sous terre, ils étaient bien contents d'en prendre le contrôle.

    De cette "mise en commun" du charbon et de l'acier, qui allait à vrai dire dans un seul sens, et constituait la même prévarication, envers l'Allemagne vaincue, que les fameuses "Réparations" d'après 1919, est née une première structure prometteuse, avec l'Italie et le Bénélux, à partir du Traité de Rome (1957). Mais à vrai dire, sans de Gaulle et Adenauer, le Traité de l'Elysée (1963), sans cette Réconciliation des cœurs et des âmes, la construction européenne en serait restée au stade d'accords de libre échange industriels.

    Mais cette étape, capitale, ça n'est pas l'Europe politique. C'est juste un très beau, un très grand moment de l'Histoire franco-allemande, pour mettre fin à un siècle et demi de combats. Occupation de la Prusse par Napoléon (1806-1813), puis 1870, 1914, 1940. Le fondement même de la Cathédrale européenne d'après-guerre ne concerne que deux grandes nations, sur le chemin de la paix. Cette première période, jusqu'à la chute du Mur de Berlin (1989), est belle, enthousiasmante. Dans mon Tagebuch, rédigé en Allemagne en 1974, j'accueillais avec joie et espoir cette réconciliation.

    La chute du Mur scelle la fin de cette période héroïque, pour la simple raison qu'elle en inaugure une autre, qui sera celle de la renaissance de la puissance allemande. Helmut Kohl phagocyte la DDR avec une rare vulgarité, il mène dans les Balkans (en guerre) une politique purement allemande, il jette ses regards vers les marchés d'Europe centrale et orientale, c'en est fini de la gentille Allemagne en rédemption, l'instinct dominateur revient. Pendant ce temps, la France s'affaiblit. Aujourd'hui, face à l'Allemagne, elle ne fait simplement plus le poids.

    Il n'existe pas d'Europe politique, il n'y en a jamais eu. Il y a eu des comportements de trêves et de retrouvailles entre poids-lourds, naguère belligérants. On a agglutiné à une construction abstraite des pays d'Europe centrale et orientale, qui n'y voyaient que l'aubaine de se sortir des griffes de l'Ours russe, mais le mouvement pourra parfaitement, le jour venu, se renverser.

    Il faut cesser de parler d'Europe politique. Il faut lire les événements du continent en fonction ces rapports de forces entre les grands. La France et l'Allemagne, bien sûr, mais aussi la Russie, le monde anglo-saxon. Pour cela, il faut qu'advienne enfin la nouvelle génération d'observateurs politiques : ceux qui, dégagés des mirages multilatéraux, savent décoder l'intérêt bien senti de chaque nation, une fois tombés le jeu des masques et le galimatias des vaines paroles.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ostpolitik : l'Allemagne choisit son destin

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    Sur le vif - Samedi 21.12.19

     

    L'Allemagne n'a strictement aucune leçon à recevoir des Américains sur son approvisionnement en énergie. Ni, d'ailleurs, sur quoi que ce soit.

    Trois quarts de siècle d'atlantisme en Europe, particulièrement ravageur sur le destin allemand, ça suffit. Il est temps, largement, que l'Allemagne retrouve le souffle d'un Willy Brandt, celui d'une Ostpolitik des intelligences et des âmes, fondée sur l'Histoire, surtout pas la gloutonnerie vulgaire d'un Kohl, lorsqu'il a avalé d'un coup la DDR, pour lui injecter de force les capitaux de l'Ouest.

    L'Allemagne a raison de regarder vers l'Est pour une partie de ses ressources énergétiques. Et à l'Est, c'est comme ça, il y a un très grand pays, qui s'appelle la Russie. Les nouveaux dominions américains de l'Europe orientale (qui sont dans l'Otan, et n'ont rien à y faire) s'inquiètent de cette collaboration germano-russe. Vieille Histoire, constamment rejouée, sans cesse recommencée. Renseignez-vous sur la Guerre de Sept Ans (1756-1763), vous verrez.

    Les enjeux continentaux sont du ressort des pays du continent européen. Et non d'une grande puissance impérialiste, située au-delà d'un océan, 6000 kilomètres à l'Ouest.

    Et quand on pense que les partisans de l'Union européenne (laquelle, cette fois bien inspirée, condamne l'ingérence américaine) sont les premiers à trouver parfaitement normale l'inféodation de notre continent à l'Oncle Sam !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le parti de l'étranger

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    Sur le vif - 19.12.19 - 08.50h

     

    Hallucinant communiqué du PLR suisse qui, face à la montée de l'idée protectionniste en Suisse, parle - c'est même son titre - de "peur irrationnelle de l'étranger".

    Il n'y a ni peur, ni absence de raison. Il y a, au sein du peuple suisse, la prise de conscience, parfaitement argumentée et rationnelle, de l'impérieuse nécessité de protéger d'abord les siens. Protections douanières pour éviter l'invasion de produits concurrentiels pour notre agriculture et notre viticulture. Rééquilibrage du marché intérieur par rapport aux exportations. Priorité aux PME de notre pays. Contrôle des flux migratoires, ce qui ne signifie pas fermeture des frontières.

    À cela s'ajoute le souci de cohésion sociale et de solidarité. Notre petit pays doit s'occuper de lui-même, quitte à se pavaner un peu moins à l'international. Il doit penser aux siens, à son peuple, en priorité. Il doit réinventer ses assurances sociales, baisser les coûts de son système de santé, à commencer par les primes d'assurance maladie. Il doit redéfinir l'impôt, cesser de ponctionner à ce point le travail. Il doit faire baisser la pression sur les classes moyennes.

    Le communiqué du PLR, en parlant de "peur", tente de médicaliser l'adversaire, comme si ce dernier était atteint dans son équilibre mental. J'invite le PLR, parti responsable, à ne pas devenir le parti de l'étranger.

    À ne pas devenir le parti étranger aux souffrances et préoccupations du peuple suisse.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Jeunes militants : la relève est là !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.12.19

     

    Je n’ai jamais été un adepte du discours sur les générations : « Les jeunes sont comme ceci, les vieux sont comme cela ». J’avais dix ans en Mai 68, et déjà me méfiais des paroles encensant la jeunesse, tout comme de celles qui la vilipendaient. On me parlait d’un conflit entre classes d’âge, je ne le comprenais pas : ce monde, que mes aînés de dix ou quinze ans rejetaient, convenait parfaitement à l’élève que j’étais. J’aimais la langue française, la grammaire, les exceptions, les hiboux, les joujoux, les poux.

     

    J’aimais passionnément l’Histoire, avec ses guerres et ses traités, et peut-être plus encore la géographie, avec ses fleuves et leurs affluents. Plus que tout, la poésie, apprendre les poèmes, les réciter à haute voix, en étant juste sur la métrique, la prosodie, le souffle, le respect de la ponctuation. Toutes ces valeurs, je voyais bien qu’elles procédaient d’une longue tradition, et n’éprouvais que reconnaissance face aux générations d’avant, qui nous l’avaient transmise. Je ne comprenais pas pourquoi les jeunes de vingt ans la contestaient. Ce fut le début d’un très long malentendu, qui d’ailleurs perdure.

     

    Malgré tout cela, me voilà venant vous dire du bien des jeunes d’aujourd’hui. Pour une raison simple : depuis de longues années, j’ai conçu le projet de donner la parole, tous partis confondus, à la fine fleur de la relève politique. Je m’y emploie, sans relâche. Et suis frappé du rapport que la plupart d’entre eux entretiennent avec le débat politique. Beaucoup plus que nous à leur âge, ils gardent leur calme, argumentent, écoutent l’adversaire, toutes postures qui n’infléchissent en rien leur ligne de combat. Mais à l’ensemble de la bataille, elles donnent un style, un comportement, qui font plaisir à voir et à entendre. Pour tout cela, oui, j’aime infiniment organiser des débats avec des jeunes.

     

    Je note aussi un autre élément : le choc, entre tel jeune militant d’Ensemble à Gauche et tel autre du PLR, ou de l’UDC, est parfois violent, sur le fond, tant les visions du monde divergent. Mais jamais, il ne dérive à l’attaque personnelle, aux coups sous la ceinture, à la démolition de l’autre. Mieux : le tutoiement, aussitôt l’émission terminée, entre ces jeunes adversaires, est enfin de ceux qui sonnent juste. Il ne traduit pas la complicité de barbichette de tant d’aînés, non, il est celui de l’amitié et du respect, au sein d’une génération qui sait l’avenir difficile, notamment dans l’accès à l’emploi. Antagonistes sur les idées, mais solidaires. Il y a là quelque chose de beau.

     

    A l’heure où, dans l’audiovisuel, notamment sur les écrans parisiens, tant de vieux briscards ne se singularisent que pour faire irruption, comme des coqs de combat, voilà, à Genève, une jeune génération qui, sans faire la moindre concession sur le fond, a compris la valeur intrinsèque de l’argument. Et les promesses de qualité d’un débat où l’on s’écoute, plutôt qu’on ne se lacère. Qui s’en plaindra ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • L'échelle du mercure

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    Sur le vif - Mardi 17.12.19 - 12.51h

     

    N'imaginez pas une seconde que l'idée de nation vienne d'en haut. C'est des racines de la terre qu'elle surgit, des colères du peuple, de ses élans fraternels, de son bonheur physique à se reconnaître et s'identifier à l'intérieur d'un périmètre donné, les frontières.

    La nation vient d'en-bas, le cosmopolitisme est une construction abstraite des gens d'en-haut. Pas tous, Dieu merci. Mais ceux pour qui la frontière, l'intérêt national, la protection d'une communauté identifiée qui s'est donné des lois, constituent des empêcheurs de jouir sans entraves et de spéculer à l'échelon planétaire.

    Alors, du sommet de leur morgue et de leur mépris, ceux-là traitent les gens d'en-bas, attachés à la nation, à la frontière, aux traditions, de vieux conservateurs dépassés. "Frileux", disent-ils même, comme s'ils tenaient seuls l'échelle du mercure.

    La nation vient d'en-bas. Les premiers qui ont pris sa défense, versé pour elle leur sang, peu vêtus, mal chaussés, les Soldats de l'An II, n'étaient autres que le peuple de France, le plus simple et le plus pauvre, seul contre les coalitions de têtes couronnées qui voulaient maintenir, dans toute l'Europe, les privilèges de l'Ancien Régime. Lisez Michelet, c'est sublime.

    Aujourd'hui, ce sont les gens du peuple qui sont conservateurs. A l'heure où j'écris ces lignes, ils ne sont pas au pouvoir, écrasés par les codes et l’Étiquette des clercs. Mais méfiez-vous : ils sont nombreux. Et en politique, il y a toujours un moment où le nombre, pluriel par excellence, finit par tenir un rôle singulier.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Boris, Donald, et les Pharisiens de la presse romande

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    Sur le vif - Samedi 14.12.19 - 17.14h

     

    Depuis des années, la presse romande, unanime et moutonnière, n'a cessé de vilipender Boris Johnson. Depuis des années, elle le prend de haut, le tourne en ridicule, l'attaque sur son physique, comme une chroniqueuse du Temps avait cru bon de le faire à propos de Donald Trump, la veille de son élection, début novembre 2016.

    Depuis des années, il faut dire du mal de Johnson, si on veut être dans le coup. Depuis des années, il faut démolir Trump, ignorer ses succès, multiplier les papiers à charge, directement répétés de la doxa démocrate, dans la comédie de l'Impeachment.

    Depuis des années, dire du mal de Johnson, parce qu'il faut dire du mal du Brexit. Depuis des années, la presse romande fait de la présence - ou non - du Royaume-Uni dans l'Union européenne, une question morale. S'il y demeure, c'est bien. S'il s'en retire, c'est mal.

    L'idée que puissent exister d'autres grilles de lecture, liées aux rapports de forces séculaires entre France, Angleterre et Allemagne, et aux variations internes à cette triangulation (cf. mon dernier blog, ici même), ne semble pas effleurer nos puissants éditorialistes. Non, on se cantonne au Bien, et au Mal.

    Boris Johnson, Donald Trump. On les attaque sur leur chevelure, autant dire le degré zéro de l'analyse politique. On les attaque sur leur style. On les attaque sur leur rapport au verbe, au langage. On les traite de populistes. On ne les attaque pas sur leurs idées, ou alors avec une infinie faiblesse argumentative, mais sur ce qu'ils sont.

    Donald Trump, Boris Johnson. Deux hommes, d'âge mûr. Deux hommes, de droite. Deux hommes, plutôt conservateurs. Deux hommes, favorables à l'idée de nation, de frontière, de protection indigène.

    Bref, tout pour déplaire. A qui ? Oh, certainement pas à leurs propres citoyens, à cet égard nous attendons avec impatience novembre 2020, aux États-Unis. Non, ces deux hommes déplaisent à la petite clique, systématiquement pro-européenne (donc anti-Brexit par posture idéologique et morale), et systématiquement pro-démocrates américains, donc anti-républicains.

    Cela n'a pas changé depuis 1974. J'avais seize ans, je suivais la politique avec passion. Dans la tourmente du Watergate, il fallait déjà, dans notre bonne vieille presse romande, embrasser les thèses démocrates, répéter fidèlement les griefs des journaux de la Côte-Est. Noircir à tout prix Nixon, diaboliser l'infâme. 45 ans plus tard, rien n'a changé.

    Vous, je ne sais pas. Mais moi, cette clique d'éditorialistes, en Suisse romande, je ne peux tout simplement plus les supporter. Et dire que certains d'entre eux ont le culot de militer pour une aide à la presse.

    Il serait peut-être temps de leur répondre comme il convient, non ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • L'Angleterre, en Europe : hors-sujet !

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    *** Une réflexion historique et diachronique sur l'Angleterre face au continent - Vendredi 13.12.19 - 16.38h

     

    C'est une longue Histoire que celle de l'Angleterre face au continent, il faut la prendre sur au moins mille ans, disons depuis Hastings (1066), pour en saisir les enjeux. D'immenses historiens s'y sont attelés, ils ont noté quelques constantes. L'une d'entre elles, majeure, est qu'entre la Grande Bretagne, la France et l'univers germanique de la Mitteleuropa, aujourd'hui dominé par l'Allemagne, il y en eut toujours deux contre le troisième.

    Cela se vérifie, par exemple, lors de la complexe et passionnante Guerre de Sept Ans (1756-1763), où émerge la Prusse de l'immense Frédéric II, lequel entame l'inexorable montée de l'univers germanique du Nord au détriment de celui du Sud (Saint-Empire, aboli en 1806 par Napoléon).

    Cela se vérifie en 1815, à Waterloo : Prussiens et Anglais, Wellington et Blücher, unis contre la France. Dès que l'embouchure de l'Escaut est dominée par une grande puissance (1815, 1914, 1940), l'Angleterre se réveille.

    Cela se vérifie en 1914 : l'Entente Cordiale, entre la France et le Royaume-Uni, fonctionne pendant toute la guerre, contre l'Allemand.

    Cela donne l'impression de se vérifier le 2 septembre 1939, lorsque la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne, à cause de l'affaire polonaise. Mais l'alliance franco-britannique ne tiendra pas : dès Dunkerque (juin 40), elle est de facto terminée. Le bombardement de la Flotte française à Mers el-Kébir (juillet 1940), vieille vengeance de Churchill, sera l'éclatante démonstration de cette rupture.

    Toute l'affaire de la présence du Royaume-Uni dans la Communauté européenne (aujourd'hui UE), à partir de 1972, et sans doute jusqu'à début 2020, est à considérer en fonction de ce jeu d'alliances à trois.

    Qu'est-ce, dès les années d'après-guerre, et déjà bien avant le Traité de Rome (1957), que la construction européenne ? Réponse : c'est, principalement, la collaboration économique (charbon, acier, au début), puis la très belle réconciliation (de Gaulle-Adenauer, 1963) entre la France et l'Allemagne. A laquelle vient s'ajouter l'Italie. Puis, les trois pays du Bénélux. La construction européenne, c'est une affaire profondément continentale. Pardonnez-moi si c'est un peu brutal à dire, mais le Royaume-Uni, dans cette histoire, est hors-sujet.

    Il n'était absolument pas prévu, au départ, que cette puissance certes européenne, mais extra-continentale, avec déjà un pied dans le "Grand Large" (Churchill), vînt un jour s'arrimer à l'attelage. Ce fut le cas en 1972, de Gaulle était mort depuis deux ans, Pompidou avait (à tort !) considéré les choses autrement. Il est vrai que le successeur du Général n'entretenait absolument pas les mêmes liens politiques, culturels, littéraires que lui avec l'univers germanique. Charles de Gaulle était, au fond de lui, un germanophile puissant, ayant dû deux fois faire la guerre à un monde qui le fascinait. Tout autant, il détestait la galaxie anglo-saxonne.

    1972 - 2020 : la présence de Royaume-Uni dans l'Union européenne aura duré 48 ans. Un demi-siècle, face à mille ans d’Histoire depuis Hastings, c'est peu. Cette grande nation a eu la sagesse de garder sa monnaie. Elle aura sa politique étrangère propre, avec les États-Unis et avec le monde. Assurément, elle survivra à son passage au sein d'une organisation continentale. Elle vivra son destin, le continent européen aussi.

    La grande question, en Europe, n'est pas celle de l'Angleterre. A cet égard, il faut se méfier de plusieurs générations de journalistes, de politologues, d'observateurs, nourris d'études internationales en anglais, qui surestiment totalement, depuis un demi-siècle, l'importance du Royaume-Uni dans la question européenne. Pire : ils entrevoient ce lien sous des aspects moraux (l'Angleterre dans l'Union, ce serait le Bien ; hors de l'Union, ce serai le Mal). Les mêmes, avec une cécité frappante, refusent de voir l'essentiel : la montée inexorable, en Europe, de la puissance allemande, vrai facteur de déséquilibre des rêves des Pères fondateurs du Traité de Rome (1957).

    Eh oui, l'Angleterre est hors-sujet. Elle va continuer de vivre sa vie. Mais sur le continent, le modèle d'une construction équilibrée a vécu. La France, face à l'Allemagne, ne fait plus le poids. L'univers germanique conquiert les marchés des pays d'Europe centrale et orientale, jusqu'en Ukraine. Et cette fois, il n'a pas besoin du moindre char de combat. Le vieux rêve de Frédéric II, établir une puissance germanique dans le Centre-Nord-Est du continent européen, entamé entre 1740 et 1786, n'aura finalement été stoppé que par des défaites d'étape.

    Car même le 8 mai 1945 n'est, dans ce processus continu d'extension du champ d'influence, qu'une défaite d'étape.

    Dans cette équation majeure, que vient faire l'Angleterre ? A bien des égards, oui, elle est hors-sujet.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     
     
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  • Fragments d'un transport amoureux

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    Sur le vif - Jeudi 12.12.19 - 15.25h

     

    En ce jour d'inauguration du CEVA (je m'accroche à l'ancien terme, celui de nos vieux débats, celui de nos impôts), il serait assurément malvenu de gâcher la fête. Genève sourit, la Haute-Savoie est radieuse, plus besoin d'échelles ni d'équipées nocturnes, le train-miracle fera l'affaire.

    A Genève, il fait beau, en ce milieu d'après-midi du 12 décembre 2019 ; en écrivant ces lignes, je contemple un Salève radieux, avec des haillons de lumière sur ses rochers, le Sainte Montagne des escalades dominicales de mon enfance, avec mon père.

    Aux rites inauguraux, la liturgie est celle de la joie. Je ne suis pas, comme on sait, un partisan du CEVA, mais le fils d'ingénieur et d'entrepreneur ne peut se départir d'une pensée, ni d'une immense admiration, pour tous ceux qui ont travaillé sur ce chantier. Mon père construisait des tunnels : combien de fois l'ai-je accompagné, le samedi, dans les entrailles de la terre, et celles des montagnes !

    M. Dal Busco, M. Wauquiez, M. L'Ambassadeur de France, Mme Sommaruga, ont bien parlé. Ils ont trouvé les mots pour dire la qualité d'un lien. La conseillère fédérale, quelque part entre la langue de Racine et celles de Roland Barthes (le second ayant d'ailleurs écrit des lignes inoubliables sur le premier), a parlé d'un "transport amoureux". J'ai aimé ces deux mots, ils étaient élégants, choisis, d'une élévation légère, pleine d'entrain.

    Le "transport amoureux" convient à une journée ensoleillée d'arrière-automne, où la sève de l'Avent mûrit nos patiences. La réalité du train-miracle sera-t-elle au niveau de cette heureuse trouvaille lexicale ? La permanence historique de la frontière, l'incroyable différence de nos deux pays dans leurs relations aux questions sociales, l'absolue nécessité de protéger l'emploi indigène à Genève, tant d'aggravations possibles du réel, tant de risques de rendre caducs ces deux mots de désir et d'envol : "transport amoureux".

    Je n'attendais pas ces mots-là de cette conseillère fédérale. Elle les a prononcés, et c'est tant mieux. Je la savais pianiste de talent. Voilà que je découvre un rapport au langage, à l'imprévisible mystère des mots, qui m'amène à réviser à la hausse mon jugement sur sa personne. C'était sans doute le but, face à tout auditeur, la diablesse est donc plus forte que je ne le supputais.

    Ce que nous réserve l'avenir, je l'ignore. Mais c'était une belle journée, et ce furent de belles paroles. De ce transport amoureux de Mme Sommaruga, conservons en nos mémoires quelques fragments. Ils pourraient nous aider, ici et là, à entrevoir la vie avec un peu plus d'insouciance et de légèreté.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ah, le magnifique préavis !

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    Sur le vif - Mercredi 11.12.19 - 15.28h

     

    Déposé par les principaux syndicats français, le préavis de grève pour le jour même de l'entrée en fonction du CEVA est extraordinairement révélateur. Il est plus éloquent que tous les discours.

    Ce qu'il démontre avec éclat, c'est la pertinence de la frontière entre la Suisse et la France. Nos deux pays sont amis, certes, mais tellement différents dans leurs cultures politiques et sociales !

    Jamais, en Suisse, tout au moins depuis novembre 1918, un syndicat ne se serait permis une telle déclaration de guerre : faire la grève le jour même où un projet annoncé comme majeur, historique, par les deux nations concernées, voit le jour.

    En France, ce sont les confédérations syndicales qui décident, comme à l'époque héroïque de MM Maire et Séguy. Elles balancent leurs mots d'ordre, il faut suivre.

    En Suisse, la Paix du Travail de 1937, ainsi que 171 de fédéralisme, font que chaque rapport syndicat-patronat, y compris dans ses aspects conflictuels, est réglé sur place, en parfaite proximité avec les acteurs.

    En Suisse, on s'engage à payer. Et on paye AVANT la fin du chantier. On mise sur la confiance, aussi, le respect des contrats et celui des délais. Pour la France, je vous laisse juger.

    Au fond, ce préavis de grève est une excellente chose. Il ouvrira les yeux des gens sur l'extraordinaire différence culturelle entre nos deux pays, dans le monde du travail, du contrat, du partenariat social, et du respect des engagements donnés.

    A cet égard, oui, il existe une frontière. Elle est profonde, historiquement ancrée. Les apôtres du Grand Genève, et du transfrontalier, subissent avec ce préavis une défaite cinglante. On fonde une politique sur des réalités, la frontière en est une. Et non sur des chimères.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ville de Genève : la chienlit !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.12.19

     

    A part offrir en spectacle, à longueur d’années, des affaires qui n’en finissent plus, et provoquent en chaîne, comme des chocs d’électrons, d’autres affaires, à part fournir aux librettistes et cabarettistes des Revues une matière infinie, à part faire saillir et glousser, à quoi sert exactement la Ville de Genève ?

     

    Bien sûr, me direz-vous, il faut bien que la première ville de Suisse romande, même contenue dans un canton fort étriqué, ait son échelon bien à elle, représentatif de la fierté de la Commune, porteur de tant de siècles d’Histoire, où les murs étaient fermés, et où la Cité, dans ses rues ancestrales et patriciennes, ou dans ses faubourgs populaires, cultivait son identité, sa différence. Je ne plaide pas nécessairement ici pour l’abolition de ce statut municipal, ni pour un modèle bâlois, où Ville et Etat ne feraient plus qu’un. Mais enfin, si la Ville de Genève, comme entité politique, pose tant de problèmes, ça n’est pas qu’un intrus, surgi de Sirius, nous les aurait inventés. Mais bel et bien que les premiers concernés, nos cinq magistrats municipaux exécutifs, ont été les premiers, par leur comportement, à en être la cause.

     

    Je n’entrerai pas ici dans le petit jeu de décréter lequel des cinq aura été le plus calamiteux. Prises individuellement, ces cinq personnes sont respectables, plutôt compétentes, désireuses de bien faire. Mais enfin, à moins d’être sourd et aveugle, un constat s’impose : la chienlit est là. Non qu’une opportune décision, en fonction de l’heureuse conjonction astrale du jour, ne soit pas, ici ou là, prise parfois. Mais l’ensemble péclote et crapote. Les affaires de notes de frais des magistrats, puis le rapport retenu sur les frais des employés, puis la douloureux audit du Grand Théâtre, tout cela parachève l’impression, pour filer (puisque nous y sommes) la métaphore lyrique, d’un Vaisseau fantôme.

     

    Dans cette lunaire dérive vers le naufrage, d’aucuns et d’aucunes, naguère si diserts, de taisent. Et le poids de leur silence, couvert par l’ultime musique sur le pont, rappelle celui des capitaines en déroute, face au destin qui frappe. Tout cela est certes romanesque, Wagner en eût fait un opéra, Offenbach un Conte de Noël, avec ballets, mais comme exemple de gouvernance, pour une ville réputée briller sur la scène mondiale, on a connu mieux.

     

    Dans cette ambiance de fin de règne, les impétrants, pour la succession du printemps 2020, se pressent au portillon. Les candidatures fleurissent. Les promesses de renouveau défrisent et décoiffent, comme bise d’hiver. Question centrale : le changement des personnes (quatre ou cinq nouveaux constitueront la prochaine équipe) suffira-t-il à lever la poussière d’une antique équation : cet échelon municipal, face au Canton, à quoi sert-il ? Quelle est sa valeur ajoutée ? Comment éliminer enfin les doublons ? Et surtout, après tant de péripéties, comment restaurer la confiance ? Vaste programme ! Mais juste l’essentiel, tout simplement.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Vous échouez ? On vous porte en triomphe !

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    Sur le vif - Mercredi 11.12.19 - 09.55h

     

    La préoccupation no 1 des Suisses, ce sont les primes maladie, les coûts du système de santé. La LAMal est un échec total. Les Suisses n'en peuvent plus. Ils étouffent.

    Et là, que fait le Parlement ? Il réélit triomphalement le ministre de la Santé !

    Ce paradoxe prouve quatre choses :

    1) L'élection du Conseil fédéral par le Parlement n'obéit à aucune espèce de logique de sanction des sortants. Elle ne repose en rien sur une appréciation politique des résultats. Elle est un horlogerie cynique, froidement déterminée par le système des partis.

    2) Ce magnifique nouveau Parlement 2019-2023, dont on nous vante tant la jeunesse, la féminisation, se révèle, dès sa première session, aussi sourd aux vraies souffrances du peuple que tous ceux qui l'ont précédé.

    3) Notre bon vieux système de démocratie représentative, hérité du temps des lampes à huile et des diligences, ne consiste plus qu'à conduire à Berne des équipages coupés des préoccupations des gens.

    4) La Suisse a besoin, pour les générations qui viennent, d'un nouveau système, avec une démocratie directe renforcée. Un système centré sur le citoyen et la citoyenne, et non sur les élus. Les seconds ne doivent être que les serviteurs des premiers.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Rameau, une oeuvre pour la vie et pour la mort

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    Sur le vif - Mardi 10.12.19

     

    C'est à l'automne 1968 que j'ai entendu parler pour la première fois de Jean-Philippe Rameau. En cette dernière année de l'école primaire (68-69), nous avions une ou deux heures d'initiation à la musique par semaine, avec un professeur d'exception : le jeune Philippe Corboz, qui fera plus tard la carrière qu'on sait. Je chantais aussi dans sa Maîtrise.

    De Rameau, il avait dû nous jouer au piano "Les Sauvages", le thème le plus connu des Indes Galantes. Mais nous avions droit, tout autant, à la musique de Couperin, ou au Carnaval des Animaux, de Saint-Saëns.

    Rétrospectivement, je me rends compte de la chance immense que nous avions d'avoir un tel maître, pour nous initier. Il y a un demi-siècle, si vous ne veniez pas d'une famille de musiciens, ou tout au moins de mélomanes, quel accès aviez-vous aux grandes oeuvres ? Il fallait avoir, à la maison, un tourne-disques, et surtout... quelques disques !

    Plus de cinquante ans après cette première rencontre, le génial Jean-Philippe Rameau (1683-1764) occupe dans mon âme l'une des toutes premières places. N'est-il pas, avec Berlioz et Debussy, l'un des plus grands musiciens français ? Il a enchanté le siècle de Louis XV, il a fait rayonner la musique française au temps de Bach et de Haendel. Il a porté les voix des humains, celles de femmes comme celles des hommes, à leur firmament. Il a composé des mélodies inoubliables. Il a raconté des histoires, fait vivre les musiciens et les corps de ballet, bouleversé les cœurs de ses contemporains.

    Je me réjouis infiniment, en direct ce soir 19h, d'en parler aux Yeux dans les Yeux, avec le Maestro Leonardo Garcia Alarcon, qui dirigera les Indes Galantes (1735), au Grand Théâtre, du 13 au 29 décembre.

    Pour le temps qu'il me reste à vivre, je veux tout savoir de Jean-Philippe Rameau. Tout savoir de cet homme, de son oeuvre, de la musique sous Louis XV, de cette France de fin d'Ancien Régime, portant déjà comme la nostalgie anticipée de sa disparition. La musique n'est-elle pas, comme tous les opéras de Rameau, une affaire de jour et de nuit, d'aube et de crépuscule, d'intimité de soi et d'acceptation de l'autre (comme dans les Indes Galantes), et finalement, de vie et de mort ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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