La trouille ? Connaissent pas !

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Sur le vif - Jeudi 02.04.20 - 14.12h

 

Quels qu'en soient les fondements sanitaires - je ne les juge pas ici - la paralysie quasi-totale de l'économie suisse présente une singularité, qu'il convient de relever. Celle d'avoir été décidée par des gens, à Berne ou dans les Cantons, qui touchent un salaire à la fin du mois. Confinés, ils touchent le salaire. Mis au chômage, ils le toucheront à 80%, pendant deux ans. Tant mieux pour eux, et là aussi, je ne porte pas de jugement.

Tant mieux pour eux, mais, qu'ils le veuillent ou non, cette situation personnelle configure leur état d'esprit. Et les amène à prendre, pour les indépendants et les petits entrepreneurs, des décisions dont ils ne sont pas vraiment capables, au fond de leur vécu, de mesurer les conséquences.

Parce que ces fonctionnaires, à Berne ou dans les Cantons, ou même ces magistrats d'ailleurs, n'ont strictement aucune idée de la prise de risque entrepreneuriale. Ils n'ont jamais eu mal au bide, jamais souffert d'insomnie, jamais éprouvé la trouille pour la survie de leur boîte.

Alors, ils décident à grande échelle. Ils donnent des ordres de fermetures, non de certaines entreprises, mais, linéairement, de TOUTES les entreprises. Y compris celles où la distance d'usage est parfaitement respectée !

Pendant ce temps, est née une calamité bien pire que le confinement : elle s'appelle L'ESPRIT DU CONFINEMENT. Cette singulière jouissance, chez nombre d'employés demeurant dans leur domicile, à raconter leur expérience, tenir leur journal (certains, admirablement écrits, d'ailleurs), ériger le confinement en mode de vie, expérience suprême, enrichissement spirituel, tournant dans l'existence, conversion vers Damas.

Désolé, mille fois, mais il était possible de prendre des décisions non uniformes, mais ciblées. Pour cela, il eût fallu, dans le for intérieur des fonctionnaires décideurs, un minimum d'expérience de l'essence même de l'entreprise, avec sa part de risque et d'aventure. Ce ne fut, hélas, pas le cas. Les conséquences, pour l'économie de notre pays, en sont totalement dévastatrices.

 

Pascal Décaillet

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 7 commentaires

Commentaires

  • Tellement bien dit, M. Décaillet ! Chaque habitant salarié ou non de ce pays va voir sa situation financière sévèrement péjorée. Je m'attends à un taux de chômage de 30 % au redémarrage de cette aventure, car bien des entreprises vont simplement devoir licencier dans l'urgence, question de survie. Comme ce n'est pas populaire, on n'en parle pas. On fait déjà assez peur au citoyen avec toutes les mesures en place (et largement relayées et enflée par les médias). Alors que le bon sens suédois est visiblement trop simple pour qu'on l'applique.

  • Nos gouvernants quels qu'ils soient n'ont aujourd'hui qu'une crainte : qu'on leur reproche de ne pas avoir anticipé un problème et de n'avoir pas mesuré l'étendue d'un problème. Cela entraine aujourd'hui ce fameux dogme du principe de précaution qui voit l'utilisation systématique du bombardier d'eau pour éteindre un feu que plusieurs arrosoirs auraient arrêté. il n'est franchement pas facile aujourd'hui d'être homme ou femme politique, il ne faut pas leur jeter la pierre.

  • Vous soulevez un aspect fondamental du confinement : on ne devrait pas stopper une dynamique d'entreprise par simple décret sans en mesurer les conséquences sur tous les plans concernés. Et pas seulement avec le seul objectif de contenir une maladie .
    Dans le même ordre, il y a aussi la fermeture des cabinets de soins, sans se soucier à quel point certaines thérapies nécessitent une pratique régulière pour obtenir une réelle amélioration. On sait bien que "qui n'avance pas recule", par conséquent certaines pathologies vont s'aggraver.
    De même, les médecins reçoivent les consignes de ne s'occuper que des urgences. Ce qui est merveilleux si on obtient un rendez-vous dans ce cas-là car pour une fois, le médecin a tout son temps! Seulement, là aussi, certaines pathologique ont le temps de devenir aiguës.
    Non, le flux de la vie mérite beaucoup plus d'attention!

  • Il me semble que si c'est l'Etat qui ordonne la fermeture des commerces et des services, l'Etat devrait prendre en charge le loyer des tous ces indépendants qu'on envoie tout droit à la faillite.
    Sans compter que ces fermetures vont entrainer une forte baisse des recettes fiscales (pas de chiffre d'affaire = ni impôts, ni TVA).
    Espérons que ce blocage ne durera pas trop longtemps, sinon, nous serons tous à genoux....

  • Une chose me console, car il faut toujours trouver quelque chose pour se consoler, c'est que tous nos PDC, libéraux et autres politiciens de droite qui ont toujours défendu l'achat des très onéreux FA-18, tanks et autres âneries militaires inutiles, doivent se mordre les doigts aujourd'hui que la Suisse n'ait pas plus investi dans des mesures de protection dignes du 21e siècle plutôt que de continuer à nous préparer à la guerre de 39-45.
    En effet, si notre pays avait plutôt investi pour se protéger des vraies menaces de ce siècle (voilà longtemps que l'OMS et autres médecins compétents prédisent une telle pandémie) et gardé une industrie (quitte à l'étatiser) capable de produire des masques, tests et médicaments plutôt que des munitions et autres armements, notre économie pourrait mieux fonctionner actuellement et donc mieux protéger les intérêts (actions et conseils d'administration) de ces mêmes politiciens de droite!

  • Cela revient à dire que si l'imagination était au pouvoir, l'homérique situation que nous vivons aujourd'hui aurait un caractère moins potentiellement désastreux. Cela fait plus de 60 ans que des générations de chercheurs, de scientifiques, de citoyennes et citoyens du monde entier tentent de raisonner les gouvernements, tant issus de la droite que de la gauche, ainsi que les populations des pays démocratiques.

    Ces sages, ces réalistes, ces pragmatiques ont écrit, fait des films, des conférences, créé des mouvements d'action civique, manifesté, mené campagne, bref, alerté le monde des vivants quant aux impasses auxquelles nous allions nous heurter en refusant de considérer le réel et de plutôt privilégier l'idéologie, le court-termisme, les gains rapides et l'illusion de la toute puissance.

    Autant parler à un alcoolique des bienfaits de l'eau ferrugineuse. Ivresse du pouvoir, ivresse de la richesse et de la démesure, mépris de la vie en commun, tout le spectre des crétineries humaines s'est invité au bal et maintenant il s'agit de nettoyer les traces de de cette beuverie planétaire, enfin quand il sera possible de sortir balais et panosses sans masques ni gants. Quoique, avec les beuveries...

  • Suite à la décision fédérale, j'ai du fermer mon cabinet et ne prendre plus en charge que les "cas urgents prescrits par un médecin". Comme les médecins n'ont plus droit eux aussi que de traiter les "cas urgents", cela revient à une interdiction de travailler de fait. Mais sans droit aux indemnités parce que nous aurions tout de même le droit de travailler.....seulement pour les "cas urgents prescrits par un médecin" qui n'existent pas.

    Il a fallu abandonner les patients et prier pour que nos économies permettent de survivre le temps que l'on nous permettre de travailler à nouveau, et de reconstituer notre clientèle (pour autant qu'ils n'aient pas fait faillite eux aussi).

    Tous vos soignants comme les ostéopathes, acupuncteurs ou physiothérapeutes sont dans cette situation.

    Ces décisions prises à la va vite sont en train de détruire notre économie. On aurait pu confiner uniquement les personnes à risque et permettre au autres de continuer à faire tourner le pays. Le Pr Raoult, le plus grand infectiologue mondial, a proposé un traitement efficace, bon marché, et non toxique, mais on nous en refuse l'accès et la presse cherche à le discréditer.

    Cherchez l'erreur : incompétence ? Incapacité à évaluer les conséquences de ses décisions ? subordination à la presse en mains de multimilliardaires qui ne nous veulent pas que du bien ? Notre pays va-t-il pouvoir se relever ? Combien de petits commerces et d'indépendants vont-ils disparaître ? Vont-ils aller gonfler les rangs des bénéficiaires de l'Hospice général ? Comment va-t-on remettre les gens au travail, maintenant qu'on a tout fait pour les terroriser ?

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