Haro sur le Maudet !

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Sur le vif - Jeudi 09.04.20 - 10.02h

 

Désolé si je viens troubler la doxa que tente de nous instiller le PLR pour justifier sa défaite électorale, mais Pierre Maudet est aussi responsable de la "débâcle" (le mot est du Président du parti) que le baudet, celui de la fable, est responsable de la peste.

On aime ou non Pierre Maudet, on lui pardonne ou non ses errances passées, chacun est libre. Je n'entends pas ici rouvrir ce débat. Mais de grâce, que vient-il foutre dans la déconfiture de son parti au niveau communal ?

Il ne n'est pas occupé de ces élections ! Il n'est pas intervenu - cette fois - dans l'élection en Ville de Genève. L'homme qui portait les couleurs de son parti avait été son petit Peyrolles, n'en disconvient d'ailleurs pas, mais ne l'est plus.

Surtout, depuis quelques semaines, Pierre Maudet a d'autres soucis. Nous avions plaidé, ici, pour qu'il s'engage à fond dans la crise. Le Conseil d’État est allé dans ce sens, lui confiant la responsabilité de la bataille économique. Cette dernière commence à produire des résultats, comme cet accord sur les baux commerciaux. Désœuvré pendant des mois, Pierre Maudet est maintenant en ordre de bataille, avec une stratégie, des objectifs. Qui, soucieux de l'intérêt supérieur de notre Canton, s'en plaindra ?

Qui, sinon les mauvais perdants au sein du PLR ? Pierre Maudet n'est pas plus responsable de la défaite de Simon Brandt en Ville, qu'il ne l'avait été, en octobre, de celle du candidat PLR aux États. Il y a un moment où il faut se calmer avec l'effet du bouc émissaire. Trop facile! Un paravent, à vrai dire, pour faire l'économie d'une autocritique sémantique et structurelle : le libéralisme plonge, le libre-échange ne fait plus recette, le multilatéralisme crie son inanité, les pompes cirées aux multinationales, plus personne n'en veut.

Ça c'est pour la branche "L" du PLR. Mais la branche "R" n'est pas en reste : son tropisme obsessionnel pour un thème qui intéressait plus la France de 1905 - ou la Genève de 1907 - que les foules d'aujourd'hui, son lien démesuré avec des chapelles de pensée sectaires à force de nous brandir la Lumière, sa déconnexion avec le peuple, les petits entrepreneurs, les PME, tout cela aussi a joué dans la défaite.

Quant à Pierre Maudet, il est au front. J'ignore quelle sera l'efficacité de son travail. Mais il essaye. Il y a, aujourd'hui, mieux à faire que de lui chercher noise pour des défaites qui ont d'autres raisons, structurelles et profondes.

 

Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires

Commentaires

  • J'ai l'impression (et l'impression me suffit, car au fond cela m'est égal) que les deux partis de l'Entente ont soldé cette élection municipale pour en faire, chacun de son côté, l'arbitre de leurs dissensions internes. Quand certains PLR disent "la base a parlé", ils se réfèrent à un autre événement durant lequel cette phrase a été prononcée, l'assemblée générale qui a soutenu Maudet. Pour leurs affaires internes, la défaite les arrange bien. C'est l'essence des conflits asymétriques: l'enjeu n'est pas placé là où on croit.

  • Bernard Pivot, dans un de ses traits si percutants, notait que " le bouc émissaire est le seul animal dont il est sûr qu'il ne disparaîtra pas de la planète".

  • Je pense que vous n'avez pas raison.

    Vous avez une faiblesse pour Maudet car son énergie vous impressionne. Fort bien, c'est votre droit. Mais vous ne percevez pas l'exaspération des gens devant sa manière indigne de s'accrocher. Bien sûr que cela rejaillit sur son parti, à toutes les élections, même quand il n'est pas impliqué! Les gens manifestent à chaque occasion leur volonté de punir le parti qui protègé Maudet. C'est tout.

    Maintenant vous nous dites que Maudet est "en ordre de bataille", avec plein de beaux projets d'avenir pour la République. Peut-être bien. Mais il ne pourra jamais les mettre en oeuvre ces beaux projets, car il ne sera pas réélu. Il a perdu la confiance des Genevois.

    Il aurait pu, à chaud, retrouver un semblant de confiance. Il aurait fallu démissionner, provoquer ainsi une élection complémentaire, et se représenter en expliquant qu'il avait fait une boulette,certes, mais qu'elle pouvait être pardonnée. C'eût été un quitte ou double. Le pari était risqué. Mais c'était jouable.

    Il n'a pas voulu prendre le risque car cela risquait de compromettre son droit à une pension à vie. Le public a parfaitement compris que c'était ça le problème. Et c'est cela qui a causé - en période de chômage et de précarité - une indignation profonde contre le bonhomme. Je pense que le soldat Maudet, depuis ce moment là, ne peut plus être sauvé. Dommage peut-être, mais irrémédiable.

    On peut compatir à la douleur de ce jeune homme, qui voit son plan de carrière ruiné à cause d'une boulette, somme toute pardonnable. Mais la démocratie c'est ainsi. C'est rude.

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