La puissance retrouvée d'un destin commun

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Sur le vif - Dimanche 12.04.20 - 14.29h

 

Dans la crise que nous traversons, l'unité de référence, celle dans laquelle chaque peuple se reconnaît, est celle de la nation. Chacune d'entre elles, pour son combat contre la pandémie, mérite le respect. Chacune d'entre elles fait de son mieux. Chacune d'entre elles agit selon son génie propre, les lois de son Histoire, sa mécanique sociale : confiance dans les citoyens en Suisse, jacobinisme en France, élans patriotiques en Italie, etc.

Chaque nation livre son combat, mais il ne s'agit en aucun cas d'un combat des nations, les unes contre les autres. Et cela est totalement nouveau ! Chaque nation lutte, sait que l'autre, à côté, lutte aussi. Chaque nation respecte le combat de l'autre. Les citoyennes et citoyens de chaque nation compatissent avec ceux des autres nations. Exemple : nous, en Suisse, savons que le confinement est plus dur en France, nous pensons à nos amis français. Nous savons à quel point l'Italie a été meurtrie, et nous sommes plus que jamais en sympathie avec cet admirable peuple, celui qui chante Verdi sur les balcons.

Ce qui resurgit, ça n'est pas le nationalisme, dans son acception péjorative, qui implique le rejet d'une nation par l'autre, voire la volonté de l'envahir. Pas du tout ! Ce qui resurgit, dans chaque pays, en fonction de son identité propre, de son chemin historique, de sa mémoire collective, de sa construction sociale, c'est la nation, avec ses frontières, ses horizons, comme unité de référence.

Le théâtre d'opérations, c'est la nation. Chaque nation, séparément, pour elle-même, pour les siens, mais sans aucune animosité pour les nations voisines. Ce modèle protectionniste, avec tout ce qu'il implique de retour à la proximité, de souveraineté alimentaire, énergétique, industrielle, sanitaire, de préférence aux siens, c'est le modèle qui nous attend, bien au-delà de la crise sanitaire, pour les années qui viennent. Il n'implique en aucune manière un rejet des autres, encore moins une conception du monde fondée sur les inégalités. Non, il implique simplement la prise en charge, en priorité, des hommes et des femmes qui, à l'intérieur d'un horizon délimité, forment une communauté d'appartenance. Cela, en allemand, porte un nom : cela s'appelle Gemeinschaft.

Au contraire de tout cela, l'édifice multilatéral, échafaudé depuis 1945 (après un précédent catastrophique, entre 1919 et 1939, la SDN), s'effondre, avec une brutalité inouïe. Dans cette crise, pourtant mondiale, les institutions internationales (à part l'OMS, pour des constats et des recommandations) n'existent plus. Elles se sont évaporées ! Ne parlons pas de l'Union européenne, où l'impuissance impersonnelle atteint ses records. Du grand délire multilatéral de l'après-guerre, il ne reste rien. Rien, sinon le gémissement du glissement vers le néant. On voit mal ces impénitents bavards, après la crise, revenir sur scène avec le moindre crédit.

Il se pourrait bien que le modèle qui, pour un certain temps, succède à cette crise, soit celui des solidarités réinventées au sein des différentes nations. Non comme forces de combat les unes contre les autres. Mais comme théâtres d'opérations pour construire, chacune selon son génie propre, la puissance retrouvée d'un destin commun.

 

Pascal Décaillet

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