Le multilatéral passe, la nation demeure

Imprimer

 

Sur le vif - Mercredi 15.04.20 - 07.07h

 

Ennemies jurées de Trump, depuis le début et quoi qu'il fasse, nos belles âmes ne manqueront pas de pester contre la suspension de la contribution américaine à l'OMS, jugée totalement inefficace dans la lutte contre le coronavirus.

Elles ont tort. La décision américaine n'est que l'un des aspects - certes le plus sensible sur le plan financier - de la désaffection croissante des peuples pour un édifice multilatéral qui, de façon criante, affiche aujourd'hui son inexistence. Avez-vous, dans cette crise, entendu parler de l'ONU ? Ou de l'Union européenne, si ce n'est pour tenter désespérément de jouer un rôle ?

Cette crise, je l'ai déjà dit ici, marque le retour de la nation comme unité de référence, non seulement opérationnelle mais affective. À l'inverse, elle précipite la décomposition d'une toile multilatérale tissée à partir de 1945, pour donner l'illusion d'une grande horlogerie planétaire.

La seule réalité qui, dans les tempêtes, demeure, est celle des nations. Dans la crise actuelle, elles ne se battent nullement les unes contre les autres. Mais chacune, selon son génie propre, contre un ennemi commun. Le multilatéral passe, comme la catastrophique SDN était passée, les nations survivent.

Alors oui, nos belles âmes ont tort de tomber sur Trump, parce qu'il dénonce l'impuissance impersonnelle des organisations mondialisées. Sa défiance à lui n'est que le prélude à d'autres retraits, dans le monde, de ces constructions tentaculaires qui s'évaporent à la première crise.

Chaque nation qui, individuellement, combat le coronavirus, mérite le respect. Chacune représente une communauté de mémoire, une construction sociale, un ensemble de repères rationnels et affectifs autrement plus solides que le château de cartes mondialiste.

Ce qui, depuis un demi-siècle, nous est décrit comme ringard par la cataclysmique idéologie de 68, revient en force. Les frontières, les repères, la proximité, le local, l'ancrage dans une terre et dans une Histoire, la communauté d'appartenance (Gemeinschaft), voilà ce qu'aujourd'hui veulent les peuples. À des milliers de lieues marines des illusions planétaires et des spéculations cosmopolites.

 

Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires

Commentaires

  • Très bien dit, rien à ajouter si ce n'est de rappeler que notre RTS que l'on paye trop, continue de déverser ses inepties sur le Président américain qui sera réélu en novembre !

  • Excellente illustration des éléments et paramètres en jeu! Merci!
    Au niveau médical, il est évident que les situations sanitaires sont très distinctes d'une région à l'autre. En sortant de l'enfermement monodirectionnel : microbe ou virus, molécule et vaccin, on peut découvrir diverses thérapies efficaces. De plus, avec les analyses actuelles possibles, on peut diagnostiquer les différentes failles pour trouver le geste adéquat au lieu de se figer sur un diagnostic bien étiqueté qui ne dit rien de l'état global du patient et des différents paramètres à corriger pour qu'il retrouve une meilleure santé.

  • Je suis d'accord que chaque Etat reste souverain, cependant, il faudra garder un minimum de liens entre toutes les nations pour affronter des périls planétaires.
    Le Covid19 en est un, tout comme le réchauffement climatique. Je sais que vous n'aimez pas en parler de ce dernier, mais que cela vous plaise ou non, il faudra bien y faire face. Je signale que je ne suis pas un hystérique de la décroissance.
    Le problème avec votre "champion" Trump, c'est qu'il ne respecte pas le reste du monde, ni même une partie de ses concitoyens. Il ne crée rien, il détruit tout. J'en veux pour preuve le détricotage de tout ce qu'a fait son prédécesseur.
    Libre à vous de soutenir un tel personnage. Pour ma part je préfère les créatifs, ouverts d'esprit sans pour autant être naïfs.

Les commentaires sont fermés.