La jouissance du contremaître

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.20

 

Le télétravail ? Voilà des années qu’il était déjà possible ! Des années perdues, pour les entreprises, pour la société surtout, par conformisme, par ronron, par paresse du changement. Et plus que tout, pour maintenir, dans les boîtes et dans la fonction publique, le bon vieux contrôle physique du petit chef, version bureautique du contremaître industriel, celui qui vient vérifier, derrière votre dos, si vous faites bien votre boulot. Il aura fallu une toute petite bête, maligne et virale, pour souligner la vanité de ces rapports hiérarchiques, où la sournoiserie de la domination le dispute au génie de la tracasserie.

 

Il y a des métiers où il faut être là physiquement. Mais il existe de nombreuses fonctions, dans une activité professionnelle, qui peuvent s’exercer derrière n’importe quel écran d’ordinateur, là où on est. Dans ce second cas, le télétravail, qui valorise la confiance et la compétence (au final, il faut bien que le boulot soit accompli), vaut mille fois mieux que venir compter ses heures dans les locaux de son employeur.

 

La notion même de « bureau », création de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, et surtout du vingtième, est de plus en plus caduque. Pourquoi continue-t-on à construire des surfaces commerciales à Genève, alors qu’une quantité d’entre elles, aujourd’hui, sont vides ? Moins de déplacements, moins de jouissance dominatrice chez les petits chefs, moins de pollution, et le boulot qui sera quand même fait ! C’est le moment d’être révolutionnaire. Ou alors, c’est à désespérer.

 

Pascal Décaillet

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Commentaires

  • Tant que les entreprises sont responsables des actes des travailleurs, et que le contrat de travail demeure, majoritairement, basé sur la rémunération du temps passé pour l'employeur (par opposition au salaire à la tâche ou aux pièces), le contrôle aura lieu de toute façon. Si le télétravail se généralise, les logiciels de contrôle des activités se généraliseront aussi. D'ailleurs (je fais une petite recherche sur google en écrivant ce commentaire...), il semble comme par hasard que ces logiciels se vendent très bien depuis le début du mois... Donc le contremaître a de beaux jours devant lui...

    En réalité, les gens qui aiment faire des choses difficiles, qui demandent de la réflexion, du temps, des choses qu'on ne peut pas répliquer sans cesse car elles requièrent chaque fois de la créativité, des temps morts, et des fulgurances en des moments inattendus, n'ont donc rien à faire dans une relation de travail. Il faudrait, pour ces gens-là, si l'indépendance ne les tente pas, créer un nouveau statut de travailleur créatif, avec des horaires beaucoup plus libres, et le droit de travailler la nuit, et le dimanche aussi. Car on ne peut pas devenir un bon chercheur, un bon avocat, et j'en passe, si on respecte la loi sur le travail.

  • Le télétravail à ses limites.
    Prenons des développeurs en informatique. Le télétravail semble idéal une fois que chacun a reçu ses tâches à faire.
    Mais l'expériences des uns restent confiné à la maison et ne profitent pas aux autres. Les idées qui surgissent autour d'un café, les interactions entre métiers différents qui améliorent la compréhension, terminé aussi.

    Et finalement pour la santé de tous, une coupure de lieu entre travail et le chez-soi est bénéfique si le déplacement au lieu de travail ne ressemble pas à l'enfer. Sans compter pour certains, le besoin des contactes humains.

    Le télétravail à un côté pratique, mais c'est aussi un pas dans la déshumanisation où chacun est dans sa bulle.

    Cette expérience actuelle donnera une meilleure réponse, mais l'huile dans les rouages d'une entreprise passe parfois par la cantine ou des rencontres inattendus qui ne peuvent pas exister à distance.

    Enfin, si les travailleurs sont moins surveillé, en contrepartie, il leurs est plus difficile de s'organiser pour revendiquer. Dans une certaine mesure, Uber a compris que la somme d'individus est plus facile à contrôler qu'un groupe.

    Le télétravail est une fausse bonne idée, qui a sa place, mais qui beaucoup d'inconvénients.

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