• Le retour du peuple, vite !

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    Sur le vif - Mercredi 29.04.20 - 17.02h

     

    Jamais, depuis 1848, un conseiller fédéral n'a bénéficié du quart, peut-même pas du dixième, de la visibilité d'Alain Berset, depuis le début de la crise.

    Le principal intéressé, c'est vrai, communique bien. Il est clair. Il évite le paternalisme. Il s'adresse à des citoyennes et citoyens adultes, mûrs et vaccinés, il ne les infantilise pas.

    Mais tout de même. L'hyper-visibilité du Conseil fédéral, et en général des exécutifs en Suisse, à la faveur de cette crise, doit toucher à sa fin. Depuis des semaines, pour ma part, je la souligne et la condamne. Depuis des semaines, je déplore la disparition des Parlements, et celle de la démocratie directe.

    Dans notre tradition démocratique suisse, le personnage principal, c'est la citoyenne, le citoyen. Pas l'élu. Et surtout pas l'élu exécutif. Que ce dernier multiplie les actes de présence en période de crise, on peut l'admettre. Mais cela, en aucun cas, ne doit devenir la règle. Ni s'étendre, dans la durée.

    L'après-crise, politiquement, ça doit être le retour des Parlements. Et surtout, beaucoup plus important, le retour du peuple. Au premier plan.

     

    Pascal Décaillet

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  • La jouissance du contremaître

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.20

     

    Le télétravail ? Voilà des années qu’il était déjà possible ! Des années perdues, pour les entreprises, pour la société surtout, par conformisme, par ronron, par paresse du changement. Et plus que tout, pour maintenir, dans les boîtes et dans la fonction publique, le bon vieux contrôle physique du petit chef, version bureautique du contremaître industriel, celui qui vient vérifier, derrière votre dos, si vous faites bien votre boulot. Il aura fallu une toute petite bête, maligne et virale, pour souligner la vanité de ces rapports hiérarchiques, où la sournoiserie de la domination le dispute au génie de la tracasserie.

     

    Il y a des métiers où il faut être là physiquement. Mais il existe de nombreuses fonctions, dans une activité professionnelle, qui peuvent s’exercer derrière n’importe quel écran d’ordinateur, là où on est. Dans ce second cas, le télétravail, qui valorise la confiance et la compétence (au final, il faut bien que le boulot soit accompli), vaut mille fois mieux que venir compter ses heures dans les locaux de son employeur.

     

    La notion même de « bureau », création de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, et surtout du vingtième, est de plus en plus caduque. Pourquoi continue-t-on à construire des surfaces commerciales à Genève, alors qu’une quantité d’entre elles, aujourd’hui, sont vides ? Moins de déplacements, moins de jouissance dominatrice chez les petits chefs, moins de pollution, et le boulot qui sera quand même fait ! C’est le moment d’être révolutionnaire. Ou alors, c’est à désespérer.

     

    Pascal Décaillet

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  • Nul ne colonisera nos consciences !

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    Sur le vif - Mardi 28.04.20 - 16.36h

     

    Passionnant reportage, hier soir, sur l'Histoire du café, du thé, du chocolat. Principalement depuis le 18ème siècle, même s'il faut remonter bien antérieurement.

    Le libre-échange britannique, dans toute sa splendeur. Le rôle de la Compagnie des Indes. La guerre commerciale avec la Chine, la guerre de l'opium. La construction de l'empire commercial britannique, via Ceylan (le thé Lipton), les Indes, les colonies d'Asie et d'Amérique. La consolidation, dans le même temps, d'une marine commerciale et militaire (la Royal Navy), incomparable.

    Ce qui frappe, c'est à quel point toute la puissance commerciale britannique est tournée vers la mer, le vaste monde, ces fameux "océans" que Churchill vient convoquer en alliés du salut, dans son discours aux Communes, le 13 mai 40, celui du sang et des larmes.

    Ce libre-échange, vital pour le destin britannique, est à l'exact opposé de nos nécessités, de nos traditions continentales. Tant dans l'Allemagne de Bismarck, avec son protectionnisme et ses lois sociales, que dans la France jacobine et colbertiste, sans oublier la Suisse de 1848, la puissance de l'Etat est centrale. Non pour se substituer à l'économie, mais pour l'encadrer, lui donner des règles, au service d'un impératif supérieur : la cohésion sociale.

    L'Angleterre n'a pas cette tradition-là. Malgré la grande exception que fut la période travailliste d'après-guerre, celle de Clement Attlee, avec ses nationalisations.

    Notre Europe continentale, notre France, notre Allemagne, notre Italie, notre Suisse, ont d'autres valeurs historiques et référentielles que la simple exaltation du libre-échange, du marché, de la valse invisible des exportations, de la plus-value financière sur le travail humain.

    A cet égard, le Brexit demeure, pour qui sait lire l'Histoire, un événement d'importance mineure. Le plus étonnant n'a pas été que le Royaume-Uni quittât la construction européenne. Mais qu'il y fût, un jour de 1972, entré.

    Avec une Europe sociale, solidaire, fondée sur la culture et sur les valeurs, toutes choses dont l'UE est hélas aujourd'hui très éloignée, la Suisse saura, un jour, trouver un chemin. Non d'obédience, mais de partage.

    En attendant, indépendance, souveraineté, travail, confiance et respect mutuels. Nous ne sommes pas une puissance coloniale. Mais nous ne laisserons personne coloniser nos consciences.

     

    Pascal Décaillet

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  • Juste la rage

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    Sur le vif - Dimanche 26.04.20 - 10.33h

     

    Souveraineté. Protectionnisme. Indépendance nationale. Contrôle des flux migratoires. Solidarité à l'interne. Cohésion sociale. Priorité absolue aux citoyennes et citoyens. Suffrage universel. Démocratie directe. Protection de l'environnement, des paysages. Qualité de vie. Respect mutuel. Économie au service de l'humain, et en aucun cas le contraire. Refus absolu de la finance de casino. Défense de l'agriculture, du terroir. Souveraineté alimentaire, énergétique, sanitaire. Et puis, souveraineté tout court, donc politique de sécurité active, éveillée.

    Ces valeurs, je les défends depuis toujours. Aujourd'hui, elles semblent bénéficier d'une certaine audience. Mais il y a vingt ans, au tournant des deux millénaires, fin des années 90, début des années 2000, je les défendais déjà, âprement. Nous n'étions pas beaucoup, en Suisse romande. L'écrasante majorité avait versé dans le culte du Veau d'or, la sanctification de l'argent facile, le profit cosmopolite et mondialisé, l'abolition des frontières, l'universalisme ultra-libéral.

    Mes quelques compagnons de route de ces années difficiles, où il a fallu se battre avec acharnement pour faire valoir ses idées, et payer parfois fort cher (oh oui !) ce combat, je sais exactement qui ils sont. Une poignée ! Avec eux, dans l'ordre d'une invisible communauté d'appartenance et de combat, je communie.

    Les convertis de la 25ème heure, je les identifie aussi, un par un. Sur eux, nul commentaire. Juste la rage.

     

    Pascal Décaillet

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  • Précisions sur le "respect des autorités"

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    Sur le vif - Samedi 25.04.20 - 10.47h

     

    Dans notre démocratie suisse, le premier échelon qui doit être respecté, c'est celui des citoyennes et citoyens. Eux forment un seul corps. Eux sont la pierre angulaire de notre édifice. Les élus viennent après. Ils sont au service des citoyens, non le contraire.

    Dès lors, je m'étonne de lire, ici ou là, à la faveur de cette crise, qu'il faille "respecter les autorités". Il y a, tout au moins, dans l'expression, un malentendu sémantique. Qu'il s'agit de dissiper.

    Dans l'urgence, les autorités décident. Les exécutifs, depuis des semaines, ne s'en privent pas, ils décrètent par ordonnances, interdisent à des centaines de milliers de personnes d'exercer leur travail, imposent des distances, isolent les aînés.

    Cela, devons-nous le "respecter" ? Si c'est au sens que nous devons l'appliquer, d'accord. Je n'y ai, pour moi-même, jamais dérogé. Le Contrat social impose de se conformer aux règles communes, sinon c'est la chienlit. Pour ma part, j'ai toujours respecté les lois.

    Mais chez beaucoup de gens qui utilisent ce mot "respect des autorités", sonne comme un respect moral, un verbe "sollen", avec la rigueur de la Réforme qui serait passée par là, l'ombre immense de Luther, la grande tradition de la philosophie prussienne. Toutes choses, par ailleurs, auxquelles je suis, par mes lectures, mes adhésions, ma passion dévorante pour l'Histoire allemande, personnellement très sensible, c'est le moins que l'on puisse dire.

    Mais cette acception-là, je la récuse. Pour moi, l'autorité politique n'est pas une instance morale. C'est juste une extraction du corps des citoyens, désignée par ces derniers (directement ou non) pour prendre des décisions. Ces dernières ne sont pas bonnes parce qu'elle sont décisions, sauf à sombrer dans un respect du pouvoir qui mène au pire. Et y a en effet mené, dans le passé !

    Il n'y a donc pas à respecter les autorités au nom d'une vertu morale dont elles seraient parées. Il y a juste à appliquer leurs consignes. Ce qui n'empêche nul d'entre nous, hommes et femmes libres d'un pays libre, de contester la pertinence des décisions, mettre en doute les processus, souligner les carences, condamner l'hallucinant silence des Parlements, exiger le retour du débat démocratique, celui de la politique. Exiger, aussitôt la crise passée, le retour des exécutifs dans la modestie des dimensions qui sied à notre esprit démocratique suisse.

    Merci, donc, de ne pas confondre le respect moral avec la simple hygiène de groupe consistant à se plier aux règles. Pour notre part, nous acceptons celle-ci, et récusons celui-là.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La voix active

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    Sur le vif - Jeudi 23.04.20 - 10.17h

     

    J'ai déjà dit qu'à mes yeux, le confinement n'était pas un thème. Faire de lui un perpétuel sujet d'articles, de reportages, de chroniques, c'est tomber dans un piège redoutable. Accepter de faire de nous des sujets. Raconter nos vies à la voix passive.

    C'est, bien sûr, une option. J'entrevois, sur le plan littéraire, tout le charme qu'elle peut revêtir : nous serions des otages, avec Claudel, des séquestrés, avec Sartre, des reclus, avec Diderot. Mille fois, depuis des siècles, le thème de l'incarcération a été traité. Mille fois, de Sade à Céline (D'un Château l'autre), la prison fut lieu d'écriture. Mille fois, l'auteur pouvait faire éclater le contraste entre sa réclusion physique et l'énergie de sa liberté intérieure.

    D'où les journaux de confinement. Certains d'entre eux, ici même, sont magnifiquement écrits. Sur le plan littéraire, ils m'attirent. Je les lis volontiers.

    Mais je dis pourtant, et je répète, que le confinement n'est pas un thème. Soll kein Thema sein ! Parce qu'il y a en moi, depuis toujours, un combat violent entre le lecteur, l'amoureux de la chose écrite, et l'impérieux besoin d'action. L'écrivain me dira que son besoin d'action à lui, c'est précisément dans l'ordre de l'écriture qu'il pourra l'assouvir. Fort bien pour lui.

    Mais pas pour moi. Le citoyen, l'entrepreneur, l'homme d'action que je suis avant tout, a besoin, face à une crise comme celle que nous vivons, de conjuguer sa vie à la voix active. Et, s'il faut être un sujet, cela ne doit surtout pas s'exercer dans le sens de la sujétion, mais dans celui de la grammaire : le sujet, celui qui agit, qui précède un verbe d'action, avec des compléments.

    Dans ces conditions, tout en respectant toutes les règles (à vrai dire, je m'étais déjà confiné bien avant la crise, mais c'est une autre affaire), je ne puis admettre le confinement comme sujet à mettre en avant. On le vit, mais on n'en parle pas.

    On parle de quoi, alors ? Mais du pays ! De la société humaine dans laquelle on évolue. De l'organisation sociale, politique, économique, autour de soi. Surtout, on pense avec la voix active ! On prépare l'avenir. On imagine la société de demain, la sortie de crise, les leçons à tirer, les erreurs à ne plus commettre, des relations plus justes et plus humaines entre les gens, la construction d'une économie au service des humains, etc.

    C'est tout de même, à mes yeux, plus intéressant que les récits de réclusion. A moins qu'on entende faire de la littérature. A quoi je me suis toujours férocement refusé.

     

    Pascal Décaillet

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  • Surchauffe : bien sûr !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.04.20

     

    Bien sûr qu’il y a eu surchauffe ! Bien sûr qu’avant la crise, avant ce ralentissement bienvenu à tant d’égards, la planète donnait, par endroits, l’impression de ne plus pouvoir respirer ! Regardez nos villes, regardez Genève : tout le monde convient d’un point positif (un, au moins !), c’est la pureté de l’air, la qualité des parfums du printemps qui parviennent jusqu’à nos narines, le calme dans les rues. Pour quelques semaines, on a mis sur « pause », et ça fait du bien.

     

    Bien sûr, il faut que l’économie redémarre, je ne cesse de plaider dans ce sens. Parce que sans l’économie, sans notre travail à tous, il n’y a rien : ni social, ni culture subventionnée, ni systèmes de santé, ni éducation, ni recherche. Mais beaucoup d’entre nous tombent d’accord sur un point : repartir comme avant, comme en l’an quarante, sur le modèle économique antérieur, serait la pire des folies.

     

    L’être humain doit travailler. Il doit produire un effort pour vivre. Mais le travail doit être au service de l’humain, non l’inverse. Au service de toute la communauté ! Et la préservation de l’environnement doit être l’une de nos priorités. Il y a d’autres modèles de loisirs que de griller du kérosène pour aller passer des week-ends à Berlin ou Barcelone. Il faut aussi s’interroger sur la récupération commerciale des grands rassemblements. Pour ma part, je vis parfaitement bien loin des foules. Et j’écoute mes concerts le soir, sur Mezzo. De l’air, de la musique, quelques livres ! Le bonheur est là, à portée de main.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

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  • Odi profanum vulgus et arceo

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    Sur le vif - Mercredi 22.04.20 - 14.05h

     

    Méga-concerts, avec des dizaines de milliers de personnes, matchs de foot : aussi chaleureuses puissent paraître, pour certains, ces manifestations, elles n'en sont pas moins des pompes à fric. Il y a des gens, pour chacune d'elles, qui ont sacrément intérêt à réunir la plus grande foule possible. Un intérêt sonnant et trébuchant !

    Pour ma part, je suis physiquement allergique aux foules, ne parlons pas des manifs, c'est encore une autre affaire ! Je n'aime pas les grands rassemblements humains, aussi sympathique soit la cause. Je n'aime pas les grandes fêtes populaires. Je déteste la fiesta, la liesse, les carnavals. Je ne vois pas l'intérêt d'aller s'agglutiner au milieu d'autres corps humains. Je préfère me tenir à l'écart.

    J'y suis encore plus allergique, lorsque l'aspect commercial éclate d'évidence, à donner la nausée. Le Veau d'Or ! Le Dieu Baal, dans toute sa gloutonnerie, trônant par dessus les cupidités humaines. Et des dizaines de milliers de servants, massés les uns contre les autres, dans la grande liturgie de la consommation.

    Vous comprendrez, dans ces conditions, que la période de vacance (au sens étymologique, celle d'un vide) dans laquelle nous sommes plongés depuis quelques semaines, à cet égard précis, me convienne au fond fort bien. Je ne demande à personne de partager mon appréhension de ces multitudes mielleuses. Chacun est libre. De se fondre dans la foule. Ou de préférer la solitude.

     

    Pascal Décaillet

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  • Pour une Suisse libre et souveraine !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.04.20

     

    La crise que nous traversons depuis des semaines a beau être planétaire, elle n’en est pas moins nationale dans les réponses que chaque pays, séparément, tente de lui donner. Chaque nation, au mieux, fait ce qu’elle peut ! Mais chacune le fait pour elle-même, avec le souci prioritaire de ses citoyennes et citoyens. On sait bien que les autres, à côté, livrent la même bataille, on pense à eux, en amis. On les admire même, comme cette magnifique Italie qui chante le « Va pensiero » de Verdi sur ses balcons. Oui mais au fond, chaque pays est seul. De la toile multilatérale, celle dont la « Genève internationale » est si fière, tissée depuis 1945, que reste-t-il ?

     

    Dans cette épreuve majeure, ces conglomérats de discours et d’intentions se sont purement et simplement évaporés. L’ONU, aux fraises. L’OMS, fragilisée comme jamais par la défection américaine. L’OMC, aux abonnés absents. L’Union européenne, incapable d’exister. Le château de cartes s’effondre, et avec lui toute une idéologie mondialiste, née de l’après-guerre, ayant joué le rôle de paravent présentable, ou de feuille de vigne, à la volonté dominatrice d’un impérialisme bien précis : celui des Etats-Unis d’Amérique.

     

    Le coronavirus est un révélateur. Il jette la lumière, sans la moindre ambiguïté, sur la permanence et la primauté demeurée des nations. Oui, ces mêmes nations que toutes ces dernières décennies ont cherché à gommer, décrire comme ringardes, dépassées. Que survienne une souffrance, et les voilà qui resurgissent ! La nation italienne livre son combat, à elle, avec son génie propre. La nation française. Et notre Suisse, aussi. Toutes sont respectables. Mais chacune est seule, ne peut compter que sur son peuple. Dans la réalité vécue de l’épreuve, les bavardages mondialistes, ça ne marche plus. Moment de vérité !

     

    Alors, plus que jamais, la Suisse, notre pays, doit mettre toutes ses énergies à construire sa souveraineté. Qu’elle le fasse avec détermination, sans se laisser impressionner une seule seconde par l’image qu’elle pourrait donner d’elle-même. Souveraineté sanitaire, ça va de soi, à une époque où tant de masques, de gants, de tests de détection ont fait défaut. Souveraineté énergétique. Souveraineté alimentaire : notre population, de tout son cœur, la réclame, elle qui retrouve le bonheur d’aller s’approvisionner à la ferme. Souveraineté économique. Souveraineté monétaire, en remerciant le ciel d’avoir encore le franc. Souveraineté sécuritaire : eh oui, la bonne vieille indépendance militaire, vilipendée depuis des décennies par les pacifistes. Souveraineté politique, la clef de tout, en demeurant un pays maître de ses décisions, de son destin. Il ne s’agit pas de construire un bunker, ni un Réduit national : il s’agit simplement, tout en cultivant avec les autres l’amitié et l’échange, de demeurer une nation libre. Paisible, ouverte, souriante. Mais libre !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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  • Repartir comme en 40 : ruine de l'âme !

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    Sur le vif - Mardi 21.04.20 - 15.28h

     

    J'ai écouté attentivement Pascal Broulis, au 12.30h RSR.

    Sur un point, je suis d'accord avec lui : lorsqu'il dit que la dette est un poison. Il est cohérent avec la politique de rigueur qui a toujours été la sienne, couronnée par des chiffres noirs. Je suis pour une économie prudente : une économie de chiffres noirs !

    En revanche, j'ai des doutes, lorsqu'il parle de relancer l'investissement. Le New Deal, ça marche lorsque de grands travaux d'Etat sont absolument nécessaires. Refaire l'industrie américaine dans les années trente, percer le tunnel du Gothard, avec les capitaux zurichois, dans la Suisse du dix-neuvième, reconstruire l'Europe en ruines après 1945.

    Mais là, nous sommes dans la Suisse de 2020. La machine ne s'est pas arrêtée pour avoir démérité, pas du tout. Mais parce qu'elle en a reçu l'ordre, de Berne. Berufsverbot. Notre pays n'est pas en manque d'infrastructures, il a juste besoin d'ajustements, de finitions. L'idée d'investissements massifs n'est pas la bonne. Surtout que là, la dette, que M. Broulis n'aime pas, personne n'y échappera.

    Je plaide au contraire pour une croissance durable. Plus douce que tout ce que nous avons connu jusqu'à maintenant. Respectueuse de l'humain, de sa qualité de vie. Profondément respectueuse de l'environnement. Donnant du travail aux gens qui résident dans notre pays, sans avoir besoin de solliciter, aussi massivemement qu'aujourd'hui, l'afflux de travailleurs européens. Bref, les quotas du 9 février 2014, enfin mis en application.

    Le peuple suisse a besoin de reprendre le travail. Il n'est pas nécessaire, pour cela, de le galvaniser avec un nouveau tunnel ferroviaire alpin, de nouveaux tronçons d'autoroute, un Suez ou un Panama. Même la construction de logements doit s'adapter à une démographie plus raisonnable, en termes d'immigration. Toutes ces réflexions-là étaient déjà dans Ecopop, j'avais voté pour, m'étais retrouvé dans le camp des perdants.

    M. Hodgers, à Genève, invitait, à très juste titre, à des états-généraux de la croissance. La belle idée fut mise au frigo par le coronavirus. Mais au plus vite, elle devra être examinée. Repartir, oui, je suis le premier à le demander ! Se remettre au boulot ! Mais franchement, repartir sur le même modèle, de croissance inconsidérée, voire de surchauffe, que celui d'avant la crise sanitaire, sans avoir tiré aucune leçon humaine, alimentaire, énergétique, sociale, de ce qui nous arrive, ne serait que ruine de l'âme.

     

    Pascal Décaillet

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  • Citoyen du monde : l'odieux concept !

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    Sur le vif - Mardi 21.01.20 - 10.15h

     

    L'immense escroquerie de la vision multilatérale, depuis 1945, a été de nous faire croire qu'il existait, par dessus les nations, une appartenance planétaire, ce fameux concept de "citoyen du monde".

    Tellement facile de se proclamer "citoyen du monde" ! Pour échapper à l'enracinement, aux responsabilités de sa communauté locale, aux devoirs liés à cet état, dont le premier est de servir.

    Odieux "citoyen du monde", qui commence par fuir son état d'appartenance, nier le rapport tellurique qui le lie aux siens, mépriser l'ancrage au profit d'un cosmopolitisme aérien, purement abstrait, intellectuel.

    Le citoyen du monde a l'air sympathique, dégagé, universel. Sous cette apparence, on trouvera l'égoïsme, un individualisme infantile, une dérobade aux responsabilités, un refus d'assumer le lien avec ses proches.

    Tout l'édifice multilatéral s'adressait à la part en nous qui prétendait à ce statut démagogique de citoyen du monde.

    Aujourd'hui, la toile mondialiste se déchire, les nations demeurent. Parce qu'elles constituent des communautés de mémoire et de destin, des viviers de mythes, des puissances narratives pour un roman partagé. Jamais les machines à Tinguely à prétention planétaire n'ont atteint le centième de cette capacité créative.

    Laissons les citoyens du monde. Et construisons le monde des citoyens.

     

    Pascal Décaillet

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  • La dette : non, non et non !

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    Sur le vif - Mardi 21.04.20 - 01.07h

     

    J'entends, ici ou là, qu'il faudrait donner à fonds perdus l'argent de l'Etat, puiser dans les réserves de la Banque Nationale, renoncer à la rigueur financière qui commençait, dans certains Cantons et au niveau fédéral, à porter ses fruits.

    Mon désaccord est total. Le seul moyen d'aider une entreprise, c'est lui permettre de travailler. Aider un entrepreneur, c'est le laisser entreprendre.

    Le climat de Berufsverbot qui étouffe la Suisse depuis des semaines doit se terminer sans tarder. Nous ne voulons pas transformer nos entreprises en unités assistées de l'Etat. Nous voulons les laisser travailler, vivre, se battre, inventer.

    Quant à l'endettement, qui semble même faire des émules, aujourd'hui, chez ses ennemis d'hier, je lui réitère ici, comme citoyen et comme petit entrepreneur, mon hostilité totale, viscérale. Pas de fil à la patte ! S'il faut réduire la voilure, on la réduit, on reste prudent, raisonnable, on mise sur la confiance, sur la ténacité mentale, sur la puissance combative, sur le durable.

    On rejette les mirages et les facilités, sans appel.

     

    Pascal Décaillet

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  • Des exécutifs qui se royaument !

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    Sur le vif - Lundi 20.04.20 - 16.13h

     

    L'hyper-visibilité des exécutifs, en Suisse, depuis le début de la crise, doit impérativement n'être qu'une parenthèse dans l'Histoire de notre pays, depuis 1848. Elle n'est conforme ni à nos traditions démocratiques, ni à l'équilibre des pouvoirs, ni à l'impérieuse nécessité d'un contrôle des gouvernements par les législatifs. Bref, elle constitue une verrue qu'il conviendra soigneusement d'éradiquer, dès la crise passée.

    Depuis que l'affaire du coronavirus a commencé, Alain Berset au niveau fédéral, puis les différents conseillers d'Etat dans les Cantons, ont pris l'habitude de venir "informer" la population, à une fréquence jamais atteinte jusque là. Ce qui frappe, c'est le mode de communication, redoutable : le ministre apparaît, délivre la bonne parole, annonce ses décisions sans le moindre contre-pouvoir. Son message est oraculaire, incontesté. Nous sommes en temps de guerre. Tout au plus s'appuie-t-il sur "l'expertise" des scientifiques, à Berne M. Koch, à Genève le médecin cantonal.

    Tout cela, me direz-vous, est pour la bonne cause. Je veux bien. Mais je note que jamais, dans l'Histoire récente de notre pays, en tout cas depuis la dernière guerre, la parole ministérielle, qu'elle soit fédérale ou cantonale, n'a bénéficié d'une telle mise en scène, d'une telle immédiateté, d'une telle verticalité. Le ministre n'est jamais contrarié : il expose ses décisions, et ne s'explique que sur les détails de mise en oeuvre.

    La Suisse n'est pas un pays jacobin. Les exécutifs, dans notre pays, sont là pour servir le pays. Servir les citoyennes, les citoyens, qui eux sont la pierre angulaire de notre démocratie. La parole ministérielle doit être rare, précieuse, soupesée. Elle ne doit pas tourner à la causerie au coin du feu d'un Roosevelt ou d'un Mendès France, encore moins aux apparitions fracassantes d'un Charles de Gaulle, qui surgissait en uniforme pour dénouer le drame. Là n'est pas notre tradition suisse.

    Cette hyper-présence exécutive n'aurait jamais pu prendre une telle place sans la conjugaison d'un autre facteur : la disparition, depuis des semaines, des Parlements. Tant au niveau fédéral que dans les Cantons. Ces derniers, totalement impréparés à un scénario où il faudrait siéger hors de la présence physique, ne se sont vraiment pas pressés pour inventer des solutions techniques et politiques pouvant répondre à la situation. Sans Parlements, pas de contrôle. Sans contrôle, les ministres se royaument.

    Il va falloir, très vite, que cela cesse. Les exécutifs, dès la sortie de crise, devront être remis à leur place. Leur récurrente ostentation, sans la moindre parole contrariante en face, depuis des semaines, doit demeurer une exception historique. Une parenthèse. Qu'il convient, au plus vite, de refermer.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Commencer, c'est bien. Durer, c'est mieux.

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    Sur le vif - Dimanche 19.04.20 - 16.41h

     

    Journalistes économiques, certains d'entre vous, acquis à l'idéologie ultralibérale, nous bassinent depuis vingt ans avec les "start-ups". Je n'ai jamais aimé ce mot. D'abord, parce qu'il est anglais, et qu'ici nous parlons français. Surtout, parce qu'il fige la fascination, comme tous les effets de mode, sur ce qui commence.

    Commencer, c'est bien. Il faut bien se lancer une fois. Mais j'apprécierais que nos chroniqueurs libéraux daignent aussi marquer un peu d'intérêt pour les entreprises qui, ayant un jour commencé, ont eu comme particularité de durer.

    Parce que, pour une entreprise, c'est bien joli de commencer. Avec le champagne du premier jour. Mais durer !

    Tenir. Des mois, des années. Assumer ses responsabilités. Honorer ses paiements. Garder la confiance de ses clients, partenaires. Être utile.

    Le vrai combat n'est pas dans l'ivresse des premiers jours. Mais dans la ténacité. Le mot "start-up" fait penser à un sprint, comme le mot "starting-blocks". Le vrai entrepreneur, l'homme ou la femme qui vraiment mérite ce titre, c'est celui ou celle qui dure. Contre vents les marées.

    Alors voilà, chers chroniqueurs de la réussite facile. Dépassez, je vous prie, la fascination des inaugurations. Et penchez-vous sur le secret des réussites de long terme. Vous n'y découvrirez ni bruit, ni fureur, ni poudre aux yeux, ni effets de marketing. Mais de la passion. Du courage. De l'endurance. De la confiance. De l'estime partagée avec les gens pour qui l'on travaille. De la compétence. Et aussi, sans doute, beaucoup de solitude.

     

    Pascal Décaillet

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  • Vous avez dit "paresse", M. Parmelin ?

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    Sur le vif - Dimanche 19.04.20 - 09.32h

     

    Guy Parmelin, revenu annuel 454.581.- francs (état au 01.01.20), rente à vie, ose prononcer le mot "paresse" à l'endroit de ses compatriotes, touchés de plein fouet par la crise, qui ont le mauvais goût de solliciter une aide !

    M. Parmelin doit, très vite, prononcer des excuses.

    Voilà des gens, dans notre pays d'honnêtes travailleurs, ponctuels dans les délais, soucieux de qualité et de finitions, qui vivaient de leur boulot, ne s'en plaignaient jamais, au contraire adoraient ça. Des gens qui construisaient la prospérité de notre pays.

    D'un jour à l'autre, Berne leur a interdit d'exercer leur activité professionnelle. C'est le cas le plus violent de Berufsverbot depuis qu'existent les grandes libertés d'activité, conquises par la bourgeoisie contre la noblesse de robe, au moment de la Révolution française.

    L'un des pays les plus bosseurs du monde. La dignité, par le travail. La confiance mutuelle, par la qualité. Tout cela, d'un coup, aux orties.

    Et voilà Maître Parmelin qui vient leur faire la leçon. Les Suisses, le jour venu, sauront s'en souvenir. De même qu'ils auront, après la crise, à remettre à leur place des exécutifs qui ont, à la faveur de cette tourmente, beaucoup trop pris leurs aises. Dans notre pays, les élus sont là pour servir. Pas pour faire la morale aux citoyennes et citoyens.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • La génération Contras

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    Sur le vif - Vendredi 17.04.20 - 18.46h

     

    Je les appelle "la génération Contras". Ils nous ont abreuvés, pendant toutes les années 80, de reportages sur les événements du Nicaragua. Non que ces derniers fussent dénués d'importance, mais c'était la tournure, le tropisme Nicaragua qui était, à mes oreilles, insupportables.

    Il y a toute une génération de journalistes qui ont vécu une véritable pâmoison pour ce qui se passait en Amérique centrale, ou latine. Ils n'étaient heureux que lorsqu'ils pouvaient prendre l'avion, pour aller nous brosser le portrait de quelque guérillero charismatique, visage de saint, regard de braise.

    Il y avait d'autres théâtres d'opérations, dans le monde, qui auraient pourtant pu retenir leur intérêt : ainsi, dès la mort de Tito, le 4 mai 1980, le scénario d'une décomposition de la Yougoslavie devenait, pour qui savait lire l'Histoire, parfaitement envisageable. Mais les Balkans, c'était l'Europe. Et l'Europe, pour nos Conquérants d'un nouveau monde, dignes épigones de José-Maria de Heredia, ça n'était pas assez loin. Tandis que le Nicaragua...

    Je n'ai pas aimé la génération Contras. Ni leur propension à l'éloignement géographique, ni la complicité de leurs chefs, notamment à la TSR de ces années 70-80, qui sont passés complètement à côté, à part pour la Pologne, de ce qui s'éveillait en Europe centrale et orientale. Ce sont les mêmes chefs, et la même génération Contras qui, une fois les Balkans en plein éclatement (à partir de fin 1990), dénués du moindre outillage intellectuel sur l'Histoire de cette région, sont passés totalement à côté des enjeux réels de ce théâtre d'opérations.

    Alors, face aux événements des Balkans, pendant toute la décennie des années 90, la génération Contras, au lieu de faire de la lecture politique et historique, nous a fait de la morale et de l'humanitaire. Elle a diabolisé un camp (les Serbes), sanctifié les camps d'en face. Elle n'a venu venir ni l'instrumentalisation du conflit par les États-Unis d'Amérique, ni le rôle des services secrets allemands. La génération Contras nous a fait du BHL, chemise blanche et leçons de morale.

    On espère, un jour, une étude sérieuse sur la génération Contras. En reprenant les téléjournaux TSR de ces années 70 et 80. Et en les confrontant, par exemple, à ce qui se passait à ce moment-là dans une Europe méprisée, parce que moins légendaire que les jungles d'Amérique centrale.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'éternelle possibilité du néant

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    Sur le vif - Vendredi 17.04.20 - 14.31h

     

    J'ai toujours été profondément opposé à la vision multilatérale de la politique. Pour une raison simple : passionné d'Histoire depuis mon plus jeune âge, j'ai très vite perçu - avec la lecture de Thucydide, Plutarque, Michelet, Marc Bloch, Milza, Fichte, et tant d'autres - la dimension tragique du destin des peuples. Je ne crois guère à l'idée de progrès, encore moins à celle d'une nature humaine qui serait bonne et bienveillante. Je crois à l'immuable noirceur de nos âmes.

    Mais je crois aussi à la Révolution française, à laquelle je suis très attaché. Je veux dire en cela que je crois à l'immensité de ce moment historique, qui souffre peu de comparaisons. On peut discuter de tout, condamner les ravages de la Terreur, de la persécution des Vendéens et des Chouans, toutes choses exactes et pertinentes, mais enfin, au final, après une succession assez hallucinante de retournements de situations, nous avons affaire au renversement d'une société par une autre. La fin de l'Ancien Régime, héritier de la féodalité, l'avènement d'autre chose.

    Je note aussi, depuis la fin de mon enfance, que la Révolution française ne serait rien sans l'idée nationale. Si les Soldats de l'An II, avec la pauvreté de leur équipement mais la grandeur de leur patriotisme, n'avaient pas pris les armes pour défendre les idées nouvelles, et les frontières menacées de la jeune Nation, sans l'héroïsme de l'Armée du Rhin, le projet révolutionnaire aurait échoué. Ces armées de la Révolution furent ensuite celles du Directoire, puis celles du Consulat et de l'Empire. La grande aventure, entamée en 1792, s'est au fond arrêtée le 18 juin 1815, à Waterloo. Cette épopée, sans être exagérément hugolien dans mes adhésions poétiques, je l'admire intensément.

    Je l'admire, et je déteste tout autant la Restauration. Le Congrès de Vienne, en 1815, c'est une tentative d'imposer un ordre multilatéral. En réalité, comme plus tard en 1945, un équilibre entre vainqueurs (les Autrichiens, les Russes, les Anglais). La Restauration, y compris en Suisse romande, c'est le retour de l'Ancien Régime, le retour des privilèges. Tout cela ira se fracasser sur 1830, puis 1848. Mais tout cela, jusque chez nous, aura laissé des traces, où la fatigue patricienne le dispute à l'arrogance du bas de laine.

    La genèse, la fermentation de l'idée nationale, tant dans la France de 1792 que dans la Prusse occupée par les troupes napoléoniennes (1806-1813 ; lire les Reden an die Deutsche Nation, de Fichte), me passionne au point que je crois bien avoir tout lu, en français et en allemand, sur ces deux sujets.

    Dans chaque danger majeur, la nation finit par survivre, avec ses réseaux de solidarité et de fraternités internes, sa communauté de mémoire, la puissance de ses institutions. Et la toile multilatérale, tissée de probité candide et de verbeuses intentions, se déchire lamentablement. Ainsi, la SDN, avec Adrien Deume qui taille ses crayons à Genève, pendant qu'Ariane se laisse envoûter par Solal. Ainsi, l'ONU, qui depuis 1945 n'a jamais empêché la moindre guerre. Tout au plus a-t-elle, sous les aspects rassurants de sa construction plurielle, tenté de masquer une réalité : celle de l'impérialisme sans partage des États-Unis d'Amérique.

    Je n'ai pas attendu la crise du coronavirus pour évoquer l'impuissance de l'illusion multilatérale. Je la relève depuis des décennies ! Nul d'entre nous ne peut prédire l'avenir. Mais une chose est certaine : aujourd'hui déjà, les peuples réclament un retour à l'échelon national. C'est à l'intérieur de ce périmètre que s'organisent les réseaux de solidarité : premières assurances sociales dans la société bismarckienne, Sécurité sociale lancée par de Gaulle à la Libération (44-45), création de l'AVS dans la Suisse des années 47/48, etc.

    C'est à l'intérieur de la nation, aussi, que se dessine, au fil du temps, des épreuves, une communauté d'appartenance et de mémoire. Un lien très fort, qui resurgit en temps de crise, et qui relève de l'affectif plus que de la raison. Oui, la nation s'adresse au coeur, là où les Lumières (qui l'ont précédée) se souciaient de perfection géométrique. Regardez l'Allemagne à partir des années 1770 : l'Aufklärung se dissipe, le Sturm und Drang, puis le Romantisme, vont chercher dans le coeur même de la langue allemande, des mythes allemands, des mots allemands, les outils de l'affranchissement national. Univers poétique de Schiller, puis Dictionnaire des Frères Grimm.

    J'aime la nation, parce que j'aime la culture. J'aime les Lettres, les livres, les poèmes, sans parler de la musique. Mais les guerres, les Traités, l'immensité du tragique, l'éternelle possibilité du néant, me passionnent et m'habitent tout autant. Excellente journée à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Pour des monnaies fières et souveraines

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    Sur le vif - Jeudi 16.04.20 - 14.02h

     

    Plus que jamais, les peuples ont besoin de monnaies nationales. Nous avons, en Suisse, la chance extraordinaire d'avoir encore notre Franc, alors que la France a perdu le sien, l'Italie a perdu la Lire, la Grèce a perdu ses Drachmes.

    L'Allemagne, elle, n'a pas perdu le Deutschemark. Loin de là. Elle lui a juste donné un nouveau nom : l'Euro. Et cette monnaie, sous un emblème tellement plus rassurant que celui qui avait succédé au Reichsmark, est maintenant devise européenne.

    Mais ne soyons pas dupes. La Banque Centrale Européenne, c'est la banque de l'Euro, c'est de facto une banque allemande. Calquée sur la vitalité de l'économie allemande. L'Europe, depuis 1992 (et non depuis 1957), c'est une Europe allemande. La puissance militaire qui monte, en Europe, dans l'indifférence générale, c'est celle de l'Allemagne. Pour l'heure, intégrée à "l'Otan". Dans quelques années, les Américains partis, la Bundeswehr aura retrouvé son autonomie, roulera pour la seule nation allemande.

    Et l'Euro ? Cette monnaie prétendument continentale, en réalité allemande, va-t-elle survivre à la déconfiture de l'Union européenne dès que survient une crise majeure, comme celle que nous vivons ? Nous allons vers des années de souverainetés retrouvées, on va se méfier du multilatéral, des grands empires, des constructions abstraites et des spéculations cosmopolites. Les peuples vont retrouver le goût du terroir, le charme de la proximité, l'enthousiasme de construire des solidarités sociales à l'intérieur d'un périmètre donné.

    Dans ces conditions, ne vont-ils pas, un jour ou l'autre, exiger la restauration de leurs monnaies nationales respectives ? Peu importe, dans l'avenir, que ces dernières soient sonnantes, trébuchantes ou virtuelles : on voudra, de partout, qu'elles soient fières et souveraines. C'est cela, l'essentiel.

     

    Pascal Décaillet

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  • Simon le Stylite

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    Commentaire publié dans GHI - 15.04.20

     

    Grand, maigre, pâle, très austère dans son mode de vie : Simon Brandt, candidat battu par Marie Barbey-Chappuis dans la course à la Mairie de Genève, un est un être singulier, tellement différent du politicien genevois moyen. Il pourrait avoir le physique de Don Quichotte, le Chevalier à la Triste Figure, ce héros qui défie les moulins. Mais il lui faudrait un cheval, un Sancho Pança. Il aurait surtout besoin d’un Cervantès pour s’intéresser à lui, forger sa légende, tisser une œuvre autour de sa personne, de ses actes.

     

    Alors, plutôt que l’Homme de la Mancha, j’ai décidé d’opter pour une autre figure immortelle de l’austérité sublimée : Simon le Stylite, appelé aussi Siméon, ce Saint du début du cinquième siècle, qui vécut dans le désert, du côté de la Syrie, et choisit de passer sa vie au sommet d’une colonne. Pas vraiment l’option confort !

     

    Simon Brandt, comme son homonyme le Stylite, est un homme seul. Là déjà, j’apprécie. Il incarne même l’absolu contraire de toute mondanité : jamais nul petit-four de cocktail ne dut avoir droit au feu de ses prunelles. Un homme seul, qui vit simplement, se targue (à juste titre) d’un bilan carbone record à la baisse. Un homme seul, qui connaît à fond ses dossiers de la Ville, se bat pour des causes, ne se laisse pas impressionner. Au fond, c’est le Simon de la Colonne, oui le Siméon du désert, juste jeté là, dans le fracas de la Ville et de la chair. Un excellent politicien. A qui, pour ma part, je souhaite bon vent pour les années qui viennent.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Les impôts : le fruit de notre sueur !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.04.20

     

    Nous sommes au cœur d’une crise majeure, je ne vous fais pas un dessin. Elle est avant tout sanitaire, et nous devons bien sûr, chaque fois, rappeler cette priorité. Mais elle est, immédiatement après, d’ordre économique et social. Car ces deux domaines vont ensemble : l’un ne saurait exister sans l’autre. Il faut d’abord l’économie, pour générer du profit. Puis, la solidarité, pour redistribuer : cela s’appelle le social. Sans les entrepreneurs, sans les travailleurs, salariés ou indépendants, sans les énergies créatrices de chacun d’entre nous lorsqu’il produit une activité professionnelle, sans nos efforts parfois sacrificiels, nulle cohésion sociale n’est envisageable.

     

    La Suisse, déjà, taxe à fond le travail. A fond, et même franchement trop. Lorsque vous êtes indépendant, par exemple, vous payez seul l’intégralité (et non la moitié, comme un salarié) de vos assurances sociales (AVS, etc.), de votre prévoyance retraite, et si vous avez le malheur de dégager un revenu vous plaçant dans la classe moyenne, alors c’est l’impôt qui violemment vient aspirer vos gains. Oui, le travail est trop taxé, il faut inventer de nouvelles formes de fiscalité. A cet égard, l’idée de micro-taxe (une initiative a été lancée) sur les transactions financières est une piste à étudier très sérieusement. Tout comme celle d’une taxe sur les géants numériques mondialisés, qui déferlent sur nos services en Suisse, sans pour l’heure être soumis à l’impôt. Ces nouvelles formes, impérativement, doivent permettre d’alléger la taxation du travail, qui devient étouffante, et n’incite guère à l’effort.

     

    Et puis surtout, cette crise va nous coûter très cher. Berne dégage des milliards, les Cantons des centaines de millions. Cet argent il faudra bien que quelqu’un le paye. Il n’est pas question, à mes yeux, que le contribuable genevois, déjà le plus taxé de Suisse, doive passer encore plus à la caisse. La classe moyenne de ce Canton (les gens qui travaillent, et n’arrivent pas à mettre un sou de côté, tant on les taxe) est déjà en voie d’étranglement. Il est encore moins question que l’Etat creuse encore davantage une dette déjà phénoménale. La légèreté avec laquelle cette hypothèse a été avancée par certains conseillers d’Etat est tout simplement consternante. Petit entrepreneur, je suis partisan d’une économie simple, prudente, et suis totalement opposé à toute forme d’endettement, y compris sous le prétexte (tellement facile !) « d’investissements ». La dette, c’est un boulet. La dette d’Etat, c’est un cadeau empoisonné pour nos enfants.

     

    Bref, nos autorités ont sacrément intérêt à apprendre à compter. Se souvenir que l’argent de l’Etat, c’est l’argent du peuple. Redimensionner l’ensemble de la fonction publique. Privilégier les postes essentiels au service de la population. Renoncer à des secteurs d’intendance, qui ne sont pas vitaux. C’est dans cet esprit que nos édiles doivent travailler. Avec rigueur, sérieux, et un immense respect pour les contribuables, qui ont donné à l’Etat le fruit de leur labeur. Le fruit de leur sueur.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

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