Le ventre de la mémoire

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Sur le vif - Jeudi 11.06.20 - 10.27h

 

Celui qui n'a pas lu au moins trois mille livres d'Histoire, ni confronté, pour chaque sujet, le maximum de visions (celle des vaincus, dans une guerre, par exemple), ne devrait pas se lancer en politique. Toujours, il lui manquera cruellement l'essentiel : la vision diachronique, la perspective, la mise en contexte, le sens de la durée, la passion de Thucydide pour les causes et les effets.

Le préparation pour la politique n'est certainement pas la philosophie. Ni la pure mécanique des idées. Mais l'Histoire. La prise en compte, patiente, sur des décennies de lectures et d'archives, du réel. La lente reconstitution, dans sa conscience, comme il en va d'une photographie révélée en chambre noire, d'une vérité. Avec toutes ses facettes, toutes ses contradictions, toutes ses désespérantes impasses.

Car l'approche historique ne propose pas de solution. Ni de lois universelles. Rien de tout cela. Tout est particulier, infinitésimal parfois, il faut aller y voir de très près. J'ai plus appris sur certains éléments du Troisième Reich, à la sortie de l'enfance, en lisant la correspondance en allemand de ma mère avec des gens qu'elle avait fréquentés en 1937 et 1938, que dans des quantités de livres.

Il faut aller voir. Il faut gratter. Il faut rejeter la morale et le jugement. Il faut constituer le réel dans sa conscience. En accepter l'insondable complexité. Multiplier les sources et les témoignages. Se garder de tout universel. Laissons le ciel aux cosmopolites. Plongeons-nous dans les entrailles de la terre. Dans le ventre de la mémoire.

 

Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires

Commentaires

  • "Il faut rejeter la morale et le jugement." Entendu ce matin sur la 1ère : il faudrait déboulonner les statues de Guisan, parce qu'il était eugéniste...
    A lire pour cet inculte de la radio nationale (ils le sont presque tous :
    https://www.babelio.com/livres/Kimche-Un-general-suisse-contre-hitler/169577
    Mais quand atteindra-t-on la fin du trou culturel ?

  • Malheureusement ce recul historique et cette vision diachronique, qui les possède parmi notre personnel politique ? Personne, quasiment personne.

    C'est bien le problème que nous avons.

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