L'extase du bitume

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.06.20

 

Ce qui vient de se passer, à Genève, est tout simplement hallucinant. A peine le confinement prenait-il à peu près fin, avec tout de même des règles de prudence qui continuent de s’imposer, que l’éternelle nuée de manifestants professionnels sortait de ses abris pour envahir les rues. Un jour le cyclisme, un autre l’antiracisme, puis le féminisme : peu importe la cause, pourvu qu’ils retrouvent ce sacré goût du bitume qui leur avait tant manqué depuis la dernière fois !

 

A croire qu’il existe, à Genève, une petite catégorie des gens, quelques milliers, qui sont à longueur d’années sur les starting-blocks, prêts à gicler à la moindre occasion pour débouler dans la rue. Un mystique de la procession, Fête-Dieu ou Assomption, ne les dépasse pas en ferveur. Car il y a, oui, quelque chose de religieux dans l’éternel recommencement de ce rituel. Avec des slogans en guise de litanies, des couleurs pour la liturgie, des bannières comme les titres des Psaumes, pour que les fidèles s’y retrouvent.

 

Vous noterez que, depuis 1945 (oh non, je ne prends pas cette date au hasard), c’est la gauche, dans nos pays, qui s’est approprié la rue. Elle en a fait sa chose, son théâtre, son décor, elle y rejoue les mêmes scénarios, le même drame, le même mélange de candeur « bon enfant » et de dérapages. Pendant ce temps, la famille intellectuelle et politique de la droite demeure sur le bas-côté. Elle laisse passer, s’étrangle, piaffe de rage. A quand sa reconquête du bitume ?

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

  • Je n'ai pas l'impression que les manifestants se focalisent sur le bitume. Je vois, en tous cas sur les photos, qu'ils regardent plutôt vers le haut, vers l'air, vers le regards des autres. Cette ferveur de vivre a été contenue plusieurs semaines donc il est naturel qu'elle se déploie maintenant, de plus avec les forces du printemps.
    La vie est faite de rythmes, en voilà une franche illustration!

  • Les femmes ont du attendre 1971 pour pouvoir voter, alors quand on voit que c'est une majorité de femmes au parlement qui s'opposent à l'initiative anti burka, je me demande à quoi ont servi les luttes pourtant légitimes de leurs aînées. Accepter que certaines de leurs congénères puissent être emprisonnées par une idéologie qui les relègue à l'état d'êtres inférieurs me fait vraiment douté de l'utilité de leur combat passé.

  • Vous l'avez rappelé dans un récent billet, les professionnels de l'indignation ne représentent qu'une (toute) petite part de la population genevoise mais il faut veiller à ce que ces "mutins de Panurge"*, prompts à toutes les rébellions sans risque, ne deviennent pas les matons de Panurge du goulag mental de demain.

    * Selon le bon mot du regretté Philippe Muray.

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