Pierre Maudet et le Triste Sextuor

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.11.20

 

Il fallait le voir, le Triste Sextuor ! Il fallait regarder Léman Bleu, qui transmettait en direct, ce mercredi 28 octobre dans l’après-midi, la conférence de presse du Conseil d’Etat genevois. Oh, je dis sextuor, et pourtant ils étaient bien sept ! Le principal intéressé, le corps du délit, l’objet racinien de tous les ressentiments, Pierre Maudet, était bien là. Il a même parlé, brièvement, pour dire qu’il s’exprimerait le lendemain. Une fois seul. Et libéré des six autres. Il avait hâte de se défaire de cet encombrant compagnonnage. Reprendre sa liberté. Respirer fort. Redevenir Maudet le Flandrin, l’enfant terrible de la République et Canton de Genève. Et pour cela, il faut être seul. La présence de six traîtres n’est pas la plus souhaitable, dans ces cas-là.

 

Le Triste Sextuor ! On peut aimer ou non Maudet, vouloir ou non qu’il reste, l’apprécier ou le haïr, sanctifier son nom ou damner sa mémoire, il n’en reste pas moins qu’il y eut, blême comme une exécution sous une aube de pluie, la Triste Sextuor. La mine confite du bourreau, qui adoucit sa voix pour accompagner le condamné à l’échafaud. Un petit digestif, pour la route ? Une cigarette ? Oui, je les ai détestées, ces intonations doucereuses de certains – et de certaines – mimant la parfaite objectivité de l’expert en ressources humaines pour se livrer à l’assassinat politique de l’un des sept membres du collège. Elu, comme eux. Elu au premier tour. Le mieux élu !

 

Oh, le coup avait été préparé. En silence. On s’approche, sur la pointe des pieds, de la cellule du condamné, lorsque vient poindre la fin de la nuit. Il ne doit se douter de rien. Et puis, d’un coup, ou ouvre la porte. On se rue sur lui. Et on lui dit, soudain si gentiment, comme une petite mère blafarde, d’avoir du courage. Ah, les braves gens ! Ah, le Triste Sextuor ! Des sept visages offerts au public, ce mercredi-là, celui du condamné n’était pas le plus à plaindre. Lui, allait se libérant. Cette mise à l’écart, c’était la Mer Rouge qui devant lui s’ouvrait. Il n’est pas exclu qu’assez vite, elle vienne à se refermer sur le Triste Sextuor. Car ce sont les six autres qui au fond faisaient pitié. Tous ces Brutus et ces Cassius, qui s’étaient entendus avant, entre eux. Et qui, là, couvaient encore leurs dagues sous la moiteur de la cape.

 

Triste Sextuor, je ne vous aime pas. Vous fûtes des exécuteurs de bazar, l’homme n’est pas mort. Blessé, mais vivant. Vous me faites penser à Louis XVIII. Comte de Provence, devenu Roi par la défaite de Napoléon en 1814, puis renversé par le Retour de l’île d’Elbe en mars 1815, puis à nouveau Roi après Waterloo. Triste Louis XVIII ! Maudet, lui, aimé ou haï, adulé ou rejeté, ange ou démon, a quelque chose en lui de l’aventure bonapartiste. Ça sent le grognard. Ça sent le destin, sans cesse joué. Ça sent la poudre. Et moi, ce côté mauvais garçon, tiraillé entre Lumières et despotisme, mais si intensément républicain, comme un fils perdu de la Révolution, j’aime ça,

 

Pascal Décaillet

 

 

Lien permanent 5 commentaires

Commentaires

  • Et moi j'aime ce genre de texte avec ces mots. J'aime quand quand on se bat contre la fourberie, les faux-culs.

    On a plus qu'un petit éventail de mots pour dire notre rage de la méchanceté, de la vacherie, de l'infamie... faut profiter du peu qui reste.

  • Triste sextuor : Raus.

    Voilà ce que méritent les six puputschistes dont les décisions prises au mépris du droit constitutionnel ont contraint un élu du peuple à la démission.

  • Ce qui m’amuse c’est le commentaire qui parle de méchanceté ! de vacherie et d’infamie, alors que ses commentaires sont dans la même mouvance quand il provoque et s’attaque gratuitement à la signataire de ce commentaire.

  • J'ai fait partie de ceux qui ont voté pour ce triste sire.
    Aujourd'hui je ne suis pas mécontent qu'il soit contraint à la démission.
    Quant au triste sextuor, bienheureux serais-je s'il lui emboîtait le pas.

  • Monsieur Décaillet, d'habitude je lis vos articles avec plaisir, mais là je dois dire que je suis choquée et déçue que vous mettiez Pierre Maudet sur un piédestal. C'est pour moi incompréhensible.

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