L'économie doit être nationale, ou n'être pas !

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Sur le vif - Vendredi 27.11.20 - 10.49h
 
 
J'ai toujours été opposé, depuis ma jeunesse, à l'idée même de multinationales. Au-delà de savoir si elles doivent êtres "responsables" ou non (elle le doivent, assurément), j'invite à une réflexion bien en amont : comment l'économie libérale, dans le pire sens de ce mot, a-t-elle pu laisser éclore et prospérer de tels monstres planétaires, sans ancrage dans la réalité d'une économie nationale, spoliant parfois le Tiers-Monde, pour mieux accumuler les profits ? Une fois tranchée la votation de dimanche, j'invite mes compatriotes à s'attaquer à une autre ambition, autrement plus fondamentale : refuser l'existence même des multinationales.
 
Je suis pour une économie vivante. Réelle. Pour l'entreprise, qui est une fantastique aventure, surtout quand elle procède, au départ, du rêve d'un homme seul, ou d'une femme seule. Notre économie suisse, diversifiée, n'a pas à rougir : plus de 95% de son tissu est constitué de PME : quelques personnes, parfois trois, deux, voire une seule. Ca n'est pas la taille qui fait une entreprise : c'est la férocité d'indépendance, la solitude face à la responsabilité, la capacité de décider, d'inventer, de se remettre en question.
 
La finalité de l'économie n'est pas, à mes yeux de lecteur de Léon XIII, l'accumulation de profits. Oh, il faut bien gagner sa vie, du mieux qu'on peut. Mais le Veau d'or, celui que décrit l'Ancien Testament, dans le Livre de l'Exode, c'est non. Jamais la finance, dans ce qu'elle peut avoir de spéculatif, ne doit l'emporter sur l'économie réelle. Je suis pour des entreprises nationales, délimitant leur action, non dans le casino planétaire et cosmopolite, mais dans le périmètre d'une communauté humaine solidaire. Contribuant à la prospérité de cet ensemble-là, par le savoir-faire, par l'emploi, par la fiscalité. Ces entreprises-là ont mon respect. J'ai l'honneur de tenir l'une d'entre elles, minuscule, microscopique, mais entreprise, croyez-moi, dans son fonctionnement. Depuis quinze ans, je me sens responsable économiquement, ça change l'esprit, ça change la manière de voir.
 
Je n'accepte pas que le monde, en un siècle, ait pu laisser prospérer, au nom d'un libéralisme érigé en dogme, ces géants tentaculaires sans foi ni loi, siège social en Europe, griffes prédatrices dans les pays d'Afrique ou d'Amérique latine. Je n'accepte pas, même si j'en vois bien les avantages fiscaux pour nos États, l'éternelle génuflexion de la droite libérale et de ses valets, dans nos Cantons suisses, devant ces fausses divinités, que je récuse de toutes mes forces.
 
Je suis un homme de droite, vous le savez. Attaché à la nation. Attaché aux frontières. Attaché à la cohésion sociale, la solidarité à l'intérieur de chaque communauté humaine organisée. Attaché à l'entreprise, de toutes mes forces. Attaché à la langue, aux textes. Mais pas à ces monstres apatrides. Mon discours déplaira aux libéraux. Eh bien, qu'il déplaise !
 
 
Pascal Décaillet
 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 5 commentaires

Commentaires

  • Il me semble que le problème en Suisse est Migros qui représente 5% du PIB, qu’on pourrait démanteler en politique dite anti-trust, et pas forcément Nestlé. Je suis probablement trop un néo-conservateur ou trop protestant (vous citez un Pape je crois) pour voir où vous voulez en venir. Je note qu’au Brésil où je réside plus ou moins les seules entreprises qui sortent des bons salaires sont les multinationales. Ce genre de combats me paraît de toute façon inutile vu la puissance de frappe de Nestlé et Co. Regardez la market cap de Nestlé ou de Roche. Surtout que comme pharmacien sans Big Pharma et donc multinationales par excellence il n’y a pas de vaccins ni de médicaments contre le cancer. Je suis moi-même un petit entrepreneur des médias vivant à 100% de mes revenus sans aucun lien avec les grands (sauf parfois des clients) et aucune aide de l’état. Et je crois personne m’aime vu mon indépendance, pas demain que je serai dans la franc-maçonnerie ou Rotary (smile)

  • Les mondialistes et les internationalistes (qui se rejoignent en pratique) doivent enrager en vous lisant, M. Décaillet. Continuez !

  • Le gauchisme endémique de la TSR s'ait fait mouché par l'Amiral Coldefy. Lors de l'émission géopolitis le journaliste contaminé n'a eu de cesse de vouloir faire la morale à l'Amiral Coldfy sur l'utilisation peu scrupuleuse de certains des clients de la France en ce qui concerne l'armement qu'elle leur vend. A quoi l'officier supérieur a répondu que l'Amérique ou d'autres pays ont des marchés intérieurs de leurs armements suffisants pour garantir leurs rentabilités et n'ont pas besoin de "vendre" à l'extérieur comme la Suisse par exemple. D 'autre part l'Amiral a répondu au présentateur que si on peut juger de la bonne utilisation d'une arme vendue à l'étranger on peut aussi se poser la question de la provenance de capitaux placés par des étrangers dans certains pays "en paix".

  • "L'économie doit être nationale, ou n'être pas !"


    Eh ben ... si vous voulez mon avis ... ça dépend !

    Eh oui.

    Ca dépend ... en quelle monnaie ... vous vous faites payer.

    Moi par exemple, qui aime bien nomadiser ici et là, j'aime bien le bitcoin.

    Ca permet d'éviter que les gaucho-socialo-communo-verts-rouges-bruns ne m'interdisent de dépenser mon argent qu'ils prétendent vouloir me confisquer pour le donner à leurs copains migrants qui leur servent de monnaie de profession de foi.

  • C'est bien beau mais voici un exemple que je soumets à
    M. Décaillet.

    Jean Jacques Sulzer-Neuffert de Wintherthur était un modeste tourneurs d'argent et fondeur d'étain de laiton. qui avait repris l'atelier de son père, Salomon, lequel était mort en Lorraine, exilé pour échapper à ses créanciers car il avait fini insolvable. L'atelier travaillait essentiellement pour une clientèle de petits artisans locaux.

    Il avait deux fils : Salomon et Jean-Jacques, qui s'intéressaient aux progrès techniques et pensaient que l'avenir était à la fonderie d'acier. Jean-Jacques s'en fut - à pied - à Paris, pour y étudier à l'Ecole des Arts et Métiers, son frère Salomon fit son apprentissage de fondeur à Münich et Ulm. Les deux frères créerent en 1834 une petite fonderie de fer moderne à Winterthur.

    Ce fut le début de l'entreprise Sulzer Frères qui connut rapidement un grand succès, car c'étaient les débuts de l'industrialisation et la demande était énorme. La maison produisit des chaudières, des machines à vapeur, des bateaux à vapeur comme ceux qui sillonnent encore le lac Léman aujourd'hui, des moteurs de bateaux, des locomotives. La qualité des produits Sulzer fut rapidement reconnue dans le monde entier. Les commandes affluèrent. L'entreprise employa des centaines puis des milliers de collaborateurs.

    Rapidement le marché suisse ne suffit plus pour écouler la production et faire vivre le personnel. On commença à exporter. On eut des filiales à l'étranger, sur tous les continents. Aujourd'hui cette entreprise existe encore, après avoir connu beaucoup de vicissitudes. Elle a un chiffre d'affaires d'environ 3 milliards de Frs ainsi qu'un personnel d'environ 15'000 collaborateurs. C'est une ''multinationale'', qui a des usines dans le monde entier. Mais elle emploie aussi des milliers de personnes en Suisse. Elle paie des impôts au fisc suisse, mais aussi dans beaucoup d'autres pays. Sans doute, elle fait aussi de l'"optimisation fiscale'' et des opérations financières complexes.

    Question à M. Décaillet : est-ce que Sulzer est une ''entreprise nationale, délimitant son action dans le périmètre d'une communauté humaine solidaire'', ou fait-elle partie du ''casino planétaire et cosmopolite'' ?

    Je suis d'accord avec M. Décaillet qu'on devrait donner la priorité à l'industrie productive et non à la finance spéculative. Mais parfois je me demande si M. Décaillet a conscience des réalité de l'industrie d'exportation. Il faut prendre garde à ne pas tomber dans une vision idyllique d'une économie nationale protéctionniste, vivant essentiellement pour le marché intérieur et des produits de l'agriculture suisse.

    Si c'est ça le projet, il est utopique. Il n'y aurait plus d'emploi en Suisse, ce sera à nouveau la misère et vous allez vous retrouver dans le Valais du XVIIIe siècle où la seule ressource pour les jeunes était de s'engager dans les régiments des familles de Courten, de Kalbermatten, de Riedmatten, de Preux, de Werra, & Cie pour servir comme soldats en France, en Espagne, au Piémont, à Naples, ou dans les états du pape, avec l'espoir, parfois atteignable, de devenir officiers, et même parfois d'être annoblis.

    Ce texte vous intéressera peut-être.

    https://doc.rero.ch/record/7101/files/I-N177-1969-001.pdf

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