Les Parlements ne sont pas sacrés !

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Sur le vif - Vendredi 08.01.21 - 06.39h
 
 
La sanctification des élus, et du système électif, est une invention de qui ? Principalement, des élus eux-mêmes ! Et autour d'eux, de tous ceux qui vivent de ce biotope. À commencer par les médias. Les journalistes parlementaires. Ceux qui vivent avec les élus, mangent avec les élus, boivent avec les élus, et parfois fusionnent avec les élus.
 
Le peuple, dans sa diversité, ses profondeurs, je ne suis pas sûr que naturellement, il tienne le système représentatif pour aussi sacré que cela. D'en-haut, on le lui a inculqué ! Aujourd'hui, il commence sérieusement à s'en méfier. La phase de réveil ne fait que commencer.
 
Le peuple veut la démocratie, et il a raison. La démocratie, c'est le pouvoir au peuple, avec ou sans Parlements. Avec ou sans intermédiaires. Il y a d'autres modèles d'exercice de la souveraineté populaire que la démocratie représentative. Par exemple, la démocratie directe.
 
Les Parlements ne sont pas un but en soi, rien ne doit l'être ! Ils sont juste, depuis deux siècles, un organe (au sens grec, organon, l'outil) de la démocratie. Mais il existe d'autres organes, d'autres outils. Comme le modèle d'une démocratie directe élargie. Il passe par une élévation considérable des connaissances des citoyennes et citoyens, la responsabilité de l'école y est primordiale.
 
Nous devons faire preuve d'imagination. Et inventer, dans les décennies qui viennent, un système plus total de démocratie. Délivré des corps intermédiaires, si prompts à faire caste. S'ériger en corporation. Se sanctifier eux-mêmes, comme le Clergé avant la Réforme. Si prompts à inventer des systèmes d'Indulgences, comme l'ineffable "aide à la presse", pour laver les consciences, unifier le droit chemin. Si prompts, au final, à confisquer le pouvoir du peuple.
 
 
Pascal Décaillet
 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 3 commentaires

Commentaires

  • D'autant moins sacrés qu'ils se sont montrés scandaleusement inexistants durant cette crise du corona!

  • Je suis assez d'accord avec Pascal Décaillet sur ce sujet. Mais peut-être qu'il n'a pas pleinement conscience de toute la brisance du thème qu'il évoque. Car c'est de l'antiparlementarisme, ce qu'il expose là. Et il ne mesure pas vraiment à quel point les élites qui nous dirigent sont déterminées à ne pas tolérer l'antiparlementarisme.

    Le parlementarisme est le système hypocrite idéal pour servir les intérêts de la bourgeoisie issue de la révolution française et porteuse des idéaux de la révolution française, sur lesquels Décaillet se méprend. Il y voit un mouvement contre la noblesse. Ce n'est pas l'essentiel. La noblesse française avait un problème car elle avait été parquée à Versailles par Louis XIV pour la mater. Elle avait donc perdu son rôle naturel de caste guerrière préposée à la défense du royaume. Elle était devenue un peu parasitaire et elle est tombée à cause de ça. Mais la révolution a été voulue par les libéraux qui voulaient pouvoir exploiter le monde sans frein. La révolution s'est, en pratique, traduite par une grave détérioration du sort des classes humbles. Car, c'était là le but de l'opération: la révolution a été organisée par les riches, financée par la finance anglaise (et suisse, genevoise notamment), relayée par le duc d’Orléans, c'est à dire tous ceux qui pouvaient comme aujourd'hui, financer des révolutions colorées, organiser des troubles dans un objectif précis. Tout celà a été fait, et voulu pour réaliser l'objectif de Turgot: supprimer la police des grains.

    La révolution a apporté au peuple la misère en supprimant les protections que l'ancien régime maintenait pour les petites gens. Ensuite la révolution a développé une certaine mystique égalitaire pour galvaniser les foules et en faire les soldats de l'an deux, les lançant contre les tyrans en leur faisant miroiter qu'ils pourraient se partager leurs richesses. On connaît ce genre de manipulation des foules qui a été reprise avec succès par Adolf Hitler. Pascal Décaillet affectionne de discerner dans le radicalisme genevois et suisse, chez les Vieux Grenadiers par exemple, un relent de cet esprit des soldats de l'an deux. Très bien. Mais la révolution c'était avant tout la mise en place du capitalisme libéral le plus rapace, contre les protections sociales d'une société traditionnelle.

    La loi Le Chapelier, qui était le vrai coeur nucléaire du projet de la révolution, interdit les jurandes et corporations et punit de mort la reconstitution de n'importe quelle forme d'association des travailleurs. Il s'agit donc d'interdire au peuple de se défendre contre l'oppression économique. Ce n'est que beaucoup plus tard à la fin du XIXe siècle qu'il sera nécessaire de créer des syndicats pour lutter contre la misère ouvrière. La révolution m'en voulait pas.

    Cette révolution a voulu le parlementarisme parce qu'elle se méfie du peuple et qu'elle veut pouvoir acheter quelques centaines de députés. Il est facile l'influencer de toutes les manières, quelques députés. Mais on ne peut pas acheter un peuple entier.

    L'antiparlementarisme c'est la voix du peuple et de la nation. En France la tradition antiparlementaire c'est le boulangisme, c'est Déroulède, la Ligue de la Patrie Française, c'est l'Action Française, les Croix de feux et les autres ligues. A Genève il y a eu un écho de ça dans l'Union Nationale de G. O. Le fascisme en général, était essentiellement antiparlementaire.

    Le pouvoir actuel, qui ne se trouve pas dans les parlements mais pour lequel travaillent les parlements, qui sont à sa solde, connait l'histoire de l'antiparlementarisme. Il a des traditions, des archives et une mémoire. Il sait ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas. Il fera tout pour briser les projets comme celui esquissé par Pascal Décaillet, visant à dessaisir les parlements de leur rôle de théâtres de marionnettes utiles aux riches et aux puissants.

    Bien sûr Pascal Décaillet n'est pas maurrassien, ni boulangiste ni partisan de G. O. ni de ses éventuels épigones. Il ne pense même pas, probablement, que son idée puisse être rejetée par un réflexe antifasciste de défense de la république en danger. Il ne le pense pas, parce que lui même se pense comme un républicain. Il n'a pas saisi toutes les motivations des puissances qui sous-tendent le régime dans lequel nous vivons et qui est issu de la révolution française.

  • Merci pour ce commentaire historique remarquable de limpidité, Monsieur JL.

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