Les petits arrangements du silence

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Sur le vif - Mardi 23.03.21 . 10.08h
 
 
"Crise institutionnelle" ? Bof ! Les gens, dans la rue, se contrefichent bien de savoir si le Conseil d'Etat mène ses travaux dans une bonne ambiance ou s'il est ravagé, comme tout groupe de pouvoir, par les dissensions internes. Cela, c'est leur affaire à eux. Ce qui se passe entre eux, comme fluides d'amour ou de haine, le citoyen n'en à rien à faire.
 
De même, l'ambiance entre députés, au Grand Conseil, le règlement interne du législatif, la sanction pour un verre d'eau, tout cela est strictement sans importance. C'est leur affaire. Il est plutôt normal, souhaitable même pour la vivacité démocratique, au sein d'une assemblée de cent personnes d'avis divergents, que le ton et la tension montent. L'art oratoire ne consiste pas à s'exprimer assis, masqué, arc-bouté sur un micro qui souvent déraille. Mais à s'adresser debout, tête nue, fort de la seule puissance de sa voix et de son verbe, à un public qui, lui aussi debout, adhère ou non à vos propos.
 
Prenez les gens dans la rue. Demandez-leur ce qu'ils pensent de la "crise institutionnelle". Ils vous diront qu'ils s'en foutent. Ou qu'ils ne savent pas ce qu'il y a, derrière la laideur-barrage de cet adjectif, "institutionnel".
 
Les gens veulent un gouvernement qui gouverne. Un Parlement qui assume ses deux missions : faire des lois, contrôler le gouvernement. Dans quelle ambiance on s'acquitte de ces tâches, cela ne les intéresse pas.
 
Surtout, dans notre démocratie suisse, le personnage principal, ça n'est pas le ministre. Ni le député. Mais le citoyen. C'est de lui, de toutes ces femmes et tous ces hommes, que doivent surgir les impulsions. Nous avons une démocratie directe, j'affirme qu'elle est sous-utilisée ! Plus le peuple en fera usage, plus le débat politique suisse sera vivant, pertinent, proche des vraies préoccupations des gens.
 
Et nous, le peuple, quand nous débattons, n'ayons pas peur de hausser le ton, ni de nous engueuler ! La puissance de cette catharsis est autrement salutaire que les coups bas entre ministres. Ou, pire encore : les petits arrangements du silence.
 
 
Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Sur le vif 2 commentaires

Commentaires

  • Non, je ne pense pas que les gens "se contrefichent bien de savoir si le Conseil d'Etat mène ses travaux dans une bonne ambiance ou s'il est ravagé, comme tout groupe de pouvoir, par les dissensions internes"
    En fait ils subissent ces menaces sans comprendre à quel point elles sont non seulement mal fondées, mais surtout combien elles empêchent d'avancer.
    Je suis en totale harmonie avec le projet de rupture du candidat Yves Nidegger qui est le seul à parler vrai, avec détachement et abnégation pour sauver Genève de ces dérives institutionnelles caractéristiques.
    Mais comment le faire comprendre au plus grand nombre ?
    Il nous manque un vulgarisateur. Une star des médias ou un de ces "influenceurs" en vogue pour traduire le message subliminal si peu accessible au plus grand nombre.
    Je vous vois entre-deux. Comme une passerelle qui permet de s'interroger mais qui n'offre pas de piste crédible. Je salue votre travail, mais je persiste à penser que votre engagement pourrait, devrait, évoluer vers tout ce qui rend accessible les diverses positions au plus grand nombre. Pas juste une vitrine polie pour ces messieurs-dames qui viennent sur votre plateau nous présenter leur programme.
    Ce serait la cerise sur le gâteau, un luxe que vous devriez pouvoir vous offrir à votre âge, une belle façon de couronner le succès qui vous est déjà acquis mais qui, à mon humble avis, manque de quelque chose.

  • Ils sont tous là prioritairement pour se remplir les poches, et profiter de tout ce qui peut être ramassé, c'est un point commun qui devrait les solidariser!!!

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