Second tour : notre système est insensé !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.03.21

 

Ce second tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat aura vu s’affronter quatre candidats. Ce dimanche 28 mars, les jeux seront faits, l’un des quatre sera élu. J’ignore absolument lequel, nous verrons bien. Mais je veux dire ici, de toutes mes forces, à quel point notre système électoral à deux tours, en tout cas pour une complémentaire, est déficient. Je n’entends pas remettre en cause ce scrutin-ci, on ne change pas les règles en cours de jeu. Mais à froid, une fois cette élection passée, il nous faudra à tout prix amender notre nouvelle Constitution genevoise, clairement défaillante sur cet aspect-là, tout au moins. La démocratie a besoin d’un minimum de sérieux pour être crédible et durable. On ne la parodie pas, on ne la travestit pas, impunément.

 

La chose est simple. Si on se met en tête d’organiser, pour le choix d’un conseiller d’Etat dans une complémentaire, une élection à deux tours, alors on le fait correctement : pour le second tour, on garde les deux premiers. Les deux qui sont arrivés en tête du premier tour ! Deux ou trois semaines plus tard, on les oppose. Celui des deux qui gagne, donc qui obtient une majorité de 50% et des poussières, fera partie du gouvernement. Si on veut, à Genève, jouer les Français, en souvenir des belles années 1798-1813, alors on y va à fond ! Et on s’inspire du scrutin majoritaire, uninominal à deux tours, qui s’impose (à part de rares parenthèses) depuis la Cinquième République. Et ce jeu majoritaire, on le joue jusqu’au bout : le premier tour est ouvert, mais doit être impérativement éliminatoire. Sinon, nous avons deux premiers tours.

 

Dans le système actuel, il y a des choses qui ne vont pas. D’abord, il n’est pas acceptable qu’une personne n’ayant pas participé au premier tour puisse, en usant de diverses ficelles liées à des noms de listes, venir s’engouffrer au deuxième tour. Je ne porte ici aucun jugement sur les qualités de cette personne, mais le procédé est de nature à ruiner le crédit de l’institution électorale. Car enfin, si n’importe qui, à Genève, peut se présenter au deuxième tour, de même qu’il peut (et c’est très bien) se présenter au premier, alors à quoi servent les deux tours ? Autant passer directement au deuxième tour ! Avec de tels stratagèmes, toute la logique des deux tours s’effondre : le premier pour s’ouvrir à la diversité, puis sélectionner. Le second, pour regrouper les forces derrière deux candidats opposés. Mais là, nous n’avons plus un premier tour, puis un deuxième. Non : nous avons deux premiers tours !

 

Et puis, désolé, il n’est pas normal, non plus, que le quatrième du premier tour, aussi brillante fût sa campagne, puisse demeurer dans le second. Car enfin, si tout le monde reste dans la course, c’est le système qu’on ridiculise, et l’électeur avec lui. J’appelle donc le corps des citoyennes et citoyens, par la voie d’usage, sans doute celle d’une initiative, à réformer cette anomalie. Il en va du crédit de notre démocratie genevoise.

 

Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 9 commentaires

Commentaires

  • Excellent billet qui met le doigt là où ça fait mal. Comment peut-on autoriser une telle mascarade. Il faut dire que ca arrange bien la gauche et le PLR.

    Votons MAUDET le seul qui peut sauver la majorité de droite!

  • La tromperie montée en système est un délit d'outrage contre le législatif et contre le peuple - ce dernier aura été enrôlé dans un poker menteur. Les initiateurs de la tromperie doivent être répertoriés (inéligibilité) afin d'éviter qu'ils ne se réintroduisent eux-mêmes dans d'autres futures élections.

    Ce scrutin devra, purement et simplement, être annulé et des pénalités seraient tout à fait concevables pour les partis et le ou les candidats sauvages qui ont accepté cette filouterie. Cette nouvelle ingénierie à corrompre, est bien plus grave qu'un simple mensonge.

    Il faudra quelqu'un pour porter cette plainte auprès de TA cantonal, voire fédéral.

  • La situation actuel ne vient pas du système d'élection, mais de la présence de PM, sauveur pour les uns, la honte de Genève pour les autres.

    Ceux qui se serait abstenu de voter parce que PM est vu comme une honte, et que voter Vert n'est pas possible, ont quand même eu le choix de voter à droite sans devoir voter PM.

    Les électeurs de droite qui voteront pour les outsiders le font en connaissance de cause, soit le basculement possible à gauche. Les électeurs ne sont pas des idiots, ils savent ça.

    Les élections montreront si PM est capable de rassembler la droite, dans le cas contraire, il devrait prendre sa retraite, histoire de se refaire une vertu.
    Mais je crois plutôt qu'il tentera de faire avec ses amis, une OPA sur le PLR. Il ne se rend pas compte à quel point sa réputation est au plus mal en dehors de Genève et ce pour longtemps. Le PLR suisse ne voudra jamais s'encombrer de la casserole PM.

  • Je peux comprendre ce plaidoyer pour un système éliminatoire. Mais je ne partage pas les inquiétudes sous entendues de voir la gauche passer par défaut.
    Car cette mascarade sera sanctionnée dans deux ans. On oublie vite, mais pas si vite que ça.
    Un bon score de Nidegger lui donnerait toute légitimité à se présenter en 2023. La candidate de gauche aura fait la preuve de son incompatibilité ou de son incompétence et le triste sextuor sera viré.
    Il y aura de la place pour les meilleurs.

  • Et puis deux ans, dans les conditions que l'on connait, ce ne sera que le temps nécessaire à démontrer à quel point la gauche est larguée, comme ce collège qui aura été une des pires versions de gouvernance. Car la fuite en avant des mesures sanitaires est programmée et les conséquences se feront sentir au delà de la prochaine échéance électorale.

  • Ce qui est insensé c'est qu'un conseiller d'état condamné puisse ce représenter à une élection pour un poste qui représente Ge, juste hallucinant.

  • "Ce qui est insensé c'est qu'un conseiller d'état condamné puisse ce représenter à une élection pour un poste qui représente Ge, juste hallucinant."


    Vu l'absence de choix, remercions au contraire la providence de ne pas avoir éliminé les candidats qui osent s'opposer au comité central brun-rose+vert pour délit d'opnion.

  • @Motus
    "La situation actuel ne vient pas du système d'élection, mais de la présence de PM, sauveur pour les uns, la honte de Genève pour les autres."

    Je remarque 2 choses:
    1 - On ramène toutes les problématiques des principes et règles à des personnes. Il me semble que le justiciable et le candidat sont deux personnalités distinctes.
    Qu'on aime ou non le candidat Maudet, il a le droit de se présenter à sa succession. La justice ne lui a pas retiré son droit d'éligibilité en politique.

    2 - Si le système politique et ses règles prévoient qu'un candidat qui n'était pas présent au premier tour puisse se présenter, C'est entendu,, la présence d'une candidature qui n'a pas participé au premier tour serait régulière.
    Il me semble que la constitution qui a conçu cette règle des deux tours pour les élections n'a pas prévu cette disposition précise. Donc, pour moi, il y a IRREGULARITE que le service des élection aurait dû s'y opposer pour irrecevabilité.

    Si personne n'y recourt, cela créera un précédent et n'importe quel parti politique ou citoyen pourrait profiter du système et s'insérer dans la course du 2è tour.
    Cette pratique réjouirait la gauche qui se dit d'extrême gauche pour pouvoir barrer la route aux candidats qui leur déplaisent. Elle en usera comme un astuce qu'elle aime à qualifier de révolutionnaire.

    Le 2è tour sert à départager en cas de ballotage mais surtout pour clarifier la position du collège électoral. Une candidature sauvage dérégule ces principes établis sur lesquels on a accepté de fonctionner..

  • "le triste sextuor sera viré."

    Tout comme vous, cher Pierre, j'espère que le triste sextuor devra faire ses valises! Il faut tout faire pour ça, mais ils se débrouillent déjà très bien seuls.

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