Le pouvoir, celui qui vous fait jouir

Imprimer

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 31.03.21

 

Ne croyez pas qu’il existe, sur la planète, le moindre pouvoir qui, dans l’ordre des relations humaines, soit présentable. Le pouvoir, d’où qu’il vienne, c’est pour le moins une pression, et souvent une oppression, exercée par un ou plusieurs humains, sur un ou plusieurs autres. Il existe certes des pouvoirs éclairés, des despotes séduisants, des tonalités atténuées, des petites voix doucereuses qui tonnent moins que les rugueuses injonctions des sergents-majors. Mais le pouvoir reste le pouvoir. Il y aura toujours un moment, entre le dominant et le dominé, où l’étincelle enclenchera l’explosion. Toujours un moment pour la rupture, l’affrontement, la tentative de renversement, le corps-à-corps de la colère.

 

Prenez le monde politique. Regardez comme ils sont gentils, les doux agneaux, pendant les campagnes électorales. A votre écoute, « sur le terrain » : les stands, les tracts aimablement distribués, la patience à vos doléances, « Je note, chère Madame, nous allons nous renseigner sur ce problème, nous reprendrons contact avec vous. D’ici là, si vous voulez que les choses s’arrangent, ayez l’obligeance de voter pour moi ». Et ça marche ! Parce que l’autre, en face, toujours en quête d’un monde nouveau, se dit que tout va changer, qu’il tient là le bon numéro, que celui-là, élu, n’exercera pas le pouvoir comme les autres. On peut rêver. C’est un droit fondamental de l’être humain.

 

On peut rêver, mais on déchante. Très vite. Elu dans un exécutif, le nouveau mettra quelques semaines à s’accoutumer, il montera autour de lui une garde noire, il se désignera mentalement les alliés et ceux à abattre, il se fera les griffes, commençant par écorner, et finalement lacérant. D’aucuns prendront plaisir à ce petit jeu. « Je suis le maître, je domine, j’ai ma cour, mes conciliabules, je ménage mon petit monde, j’incendie les autres ». C’est la vie, nul n’y échappe. Ni hommes, ni femmes, ni gauche, ni droite, ni gentils centristes : face à l’éternelle noirceur du pouvoir, nous sommes tous recommencés, nous accomplissons la liturgie, nous blessons, parfois nous humilions. Et de cette position dominante, nous jouissons.

 

Le pouvoir, partout. Au sein de la famille. Au bureau. Sur le chantier. Sur le tapis boursier. Dans l’entreprise. C’est laid, c’est noir, c’est triste, c’est la vie, celle des pulsions, nul d’entre nous n’y échappe, et surtout pas ceux qui s’en croient affranchis. En latin, « dominus » signifie le maître, celui qui exerce le pouvoir, par exemple sur l’esclave. Mais il y a un autre mot, tellement plus beau, tellement plus fort : c’est le mot « magister ». Le maître, oui, mais celui qui enseigne. Celui qui transmet. Celui qui, par son savoir, ses compétences, donne l’exemple. Celui à qui Charles Péguy, dans les Cahiers de la Quinzaine (1913), rend hommage. Je voulais, à l’approche de Pâques, terminer ce texte par une note d’espoir et de lumière. A tous, excellentes Fêtes, quelque part, face à l’ouverture du Passage.

 

Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 3 commentaires

Commentaires

  • Le titre de cet article me fait irrésistiblement penser à Nidegger et à sa petite jouissance télévisuellement avouée lors de sa petit prise de petit pouvoir sur la Suisse qui, rappelons le, avait consisté à faire triompher un disciple d'Erdogan sur la Suisse, non sans avoir été stipendié par des associations proches de ce dernier pour ce faire.

    Faire triompher Erdogan alors que l'on prétend dans son parti, l'UDC, qu'Erdogan est dangereux pour aimer à clamer "Nos mosquées sont nos casernes, nos dômes nos casques, les minarets sont nos baïonnettes et les croyants sont nos soldats", n'est-ce pas vicieux de sa part ? Défendre l'affidé d'Erdogan était légitime de la part des associations qui on stipendié Nidegger mais traitre à sa prétendue ligne politique de sa part.

    Mais il est vrai que cela lui vaut sans doute une affection particulière du Révérend Blocher puisque en Turquie ce Révérend là avait déclaré que l'article 261bis CP lui faisait mal au ventre. Soigner et flatter son Révérend, y compris le Révérend Moon, à toujours été un besoin chez Nidegger.

    Gageons que le maintien de sa candidature au deuxième tour, candidature vouée à l'échec et qui a conduit à l'élection de celle que l'on sait, fut pour lui, nonobstant un score lamentable, une manifestation de puissance et donc une petite jouissance de plus.

    Dans deux ans il sera à l'AVS. Guère de chance qu'il ne goûte à la grande jouissance politique d'active .

  • Facile de taper sur Nidegger mais connaissez vous un conseiller fédéral qui ose dire quoi que ce soit sur Erdogan ? Pour faire des remontrances à la chine ils sont tous là mais personne pour critiquer le sultan qui installe son pouvoir jusqu'au fond de nos vestiaires. Au lieu de vous faire Niedegger intéressez vous plutôt à ceux parmi nos élus qui ont déjà baissé leur froc. Autan je n'aime pas le style de Macron autant je dois lui reconnaître le mérite d'avoir osé remettre à l'ordre le maître chanteur. Merkel n'ose déjà plus bouger tant son pays semble déjà "sous influence". Quand à Blocher s'il ne nous avait pas préservé de l'adhésion à l'Europe nous serions en train de regarder construire comme dans le reste du continent occupé, les futurs lieux de pouvoir de l'ottoman.

  • Magistral.

    L'ordre sans le pouvoir.
    Le rêve des anarchistes.

    Bienvenue en 2051, cher Monsieur.

Les commentaires sont fermés.