L'amour partagé du sens et de la langue

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Sur le vif - Mercredi 05.05.21 - 16.06h
 
 
J'ai toujours été opposé à l'idée de coller des images sur des mots. Comme dans certaines méthodes scolaires d'enseignement des langues, niaises et méprisantes pour la capacité d'abstraction de l'élève.
 
Un mot est un mot. A lui-même, il se suffit. Par son simple énoncé, sonore ou écrit, il porte le sens. Si j'écris "éléphant", vous voyez immédiatement l'animal, dans votre cerveau. Nul besoin pour moi, à moins de vous prendre pour de parfaits demeurés, d'en dessiner un, juste en face du mot, pour être sûr que vous ayez saisi.
 
De même, j'ai toujours méprisé l'usage des rétroprojecteurs. J'ignore s'il en existe encore, mais il fut un temps, années 80, 90, où tout locuteur, devant une assistance, se croyait obligé de soutenir son discours par le plan de ce dernier, doucement dévoilé au fil des mots, parce qu'on tient caché ce qui va suivre. Ca s'appelle prendre les gens pour des cons.
 
Or, les gens ne sont pas cons. Si vous les regardez en face, dans les yeux, en vous tenant debout, si vous parlez d'une belle voix, claire et posée, avec des syllabes articulées, du rythme, des silences, de la conviction, rassurez-vous : le message passera. Et vous n'aurez besoin de nul autre support que celui de votre éloquence.
 
Il ne s'agit pas d'effets d'orateurs. Non. Juste parler. Vouloir convaincre, ou expliquer. Utiliser sa voix, ses cordes, son sourire, son humour, créer une complicité avec l'auditeur. Rien de plus. Ni Démosthène, ni Cicéron, ni Bossuet. Non, juste un humain qui s'adresse à d'autres humains. Dans l'amour partagé du sens et de la langue.
 
 
Pascal Décaillet
 

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Commentaires

  • Un mot est un mot, oui. Un mot est même plus qu’un mot. En effet, à lui seul il provoque toute une imagerie mentale propre à chacun. Les transparents de rétroprojecteur ou un PowerPoint détruisent la magie de la construction de cette imagerie mentale et limitent les possibles du mot. Est-ce cela la pédagogie ? A la lecture de ce billet, je n’ai pu m’empêcher de penser à certains professeurs qui arrivaient grâce à leurs seuls mots à nous faire voir et entendre les troubadours dans les cours des châteaux du moyen-âge, une Lady Macbeth délirant sur la scène du Globe ou les singes s’échappant du jardin zoologique de Saint-Jean. Cette magie provoquait alors des frissons. Words, words, words, puissent les mots encore faire parcourir de frissons les salles de cours...

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