La vérité jamais ne naîtra de la peur

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Sur le vif - Vendredi 25.03.22 - 18.45h
 
 
Je ne suis pas un ami des Etats-Unis d'Amérique, je ne l'ai jamais été. J'ai passé, en 1972, un été décisif pour ma formation historique et intellectuelle, auprès d'un homme qui m'a transmis quelques raisons, très précises et documentées, de me méfier de l'étrange image de bienveillance dont bénéficie ce pays en Europe.
 
Depuis cette date, un demi-siècle de lectures historiques, souvent en langue allemande, sur des aspects de la présence américaine en Europe qui correspondent assez peu à la légende dorée. J'y reviendrai largement, dans les années qui viennent.
 
Paradoxalement, je me suis passionné, depuis toujours, pour l'Histoire politique américaine, en tout cas depuis 1776, mais principalement au vingtième siècle. Le deux interventions en Europe, celle de 1917, celle de 1943 (Italie) et 1944 (Normandie), la Guerre froide, l'impérialisme mondial de l'après-guerre. Il y a beaucoup de facettes, dans ce pays, que j'admire : le patriotisme, l'engagement, le dynamisme, le courage. Ceux qui ont débarqué en Normandie en ont fait preuve, de façon éclatante. Même si je tiens immédiatement à préciser que le front principal n'a jamais été à l'Ouest.
 
Deuxième paradoxe : une passion, nourrie dès le début des années 80, grâce à l'offre exceptionnelle de Rui Nogueira, au CAC Voltaire, pour le cinéma américain.
 
Cette grande nation de liberté, de responsabilité, est hélas devenue depuis la dernière guerre, qu'elle a gagnée sur deux fronts simultanés grâce à son courage et son esprit de sacrifice, une pieuvre impérialiste. Elle l'a été en Asie du Sud-Est, en Amérique latine. Elle tente de l'être, depuis trente ans, sur le continent européen. Les troupes américaines y sont présentes, sans discontinuer depuis 1943 (Sicile) et 1944 (Normandie).
 
On peut qualifier comme on veut cette présence, les uns se réjouiront de la protection des "libérateurs", d'autres mettront l'accent sur la constante tentative de colonisation économique et financière. On peut la qualifier, mais c'est un fait : pour la première fois de son Histoire, l'Europe a sur son sol, depuis 79 ans, des troupes extra-continentales.
 
En 1945, la moitié Ouest de l'Europe, libérée du Reich, a été placée sous parapluie stratégique américain. L'autre moitié, à l'Est, sous celui de l'URSS. Ainsi, la Prusse, la Saxe, la Thuringe, trois régions particulièrement chères à mon coeur, ont été mises sous régime communiste, c'était l'exigence de l'occupant soviétique. Il en est surgi un pays, nommé la DDR, qui me passionne depuis l'enfance, et auquel je consacrerai un jour un ouvrage. Avoir été en contact avec ce monde, notamment par le biais de la littérature, m'a amené à fuir l'image manichéenne qu'on en donnait à l'Ouest. Je ne pense pas, pourtant, être particulièrement communiste, à vous d'en juger.
 
Dans le conflit qui ravage aujourd'hui l'Europe, je fais la part des choses entre l'urgence humanitaire, évidemment indispensable, et la nécessité de garder la tête froide dans la lecture des causes ayant conduit à cette guerre. Il ne s'agit pas de "justifier" (je n'utilise jamais ce verbe, n'étant ni juge ni moraliste). Il s'agit d'amener des connaissances. Il s'agit d'expliquer.
 
Garder la tête froide. Se méfier de toutes les propagandes, je dis bien toutes. Décrypter. Comparer. En appeler à l'Histoire. Il n'y a là rien de militant. Il y a juste la mise en oeuvre, dans toute la mesure du possible, d'une démarche, acquise dès l'adolescence. Établir les faits. Donner la parole à tous. Ne pas moraliser l'Histoire. Ne pas ethniciser le débat. Démonter le jeu des pouvoirs, la mise en scène des actes de langage.
 
Dans cette optique, parmi d'autres, l'extension constante de l'Otan vers l'Est, depuis la chute du Mur, alors qu'on avait prié le Pacte de Varsovie de bien vouloir se dissoudre, est un thème pertinent. Il est à étudier, calmement. Et si on a des choses à dire à ce sujet, on les dit. Tout ne s'explique évidemment pas par cela, tant la relation Russie-Ukraine est en soi complexe, entremêlée, chargée de possibles explosions, depuis des siècles.
 
Mais si on a des choses à dire sur l'extension de l'Otan depuis trente ans, on les dit. Que cela plaise, ou non. La vérité jamais ne naîtra de la peur. Ni de l'autocensure.
 
 
Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Sur le vif 9 commentaires

Commentaires

  • A lire votre billet, Monsieur Décaillet, permettez-moi de vous signaler que vous confondez protection et envahissement. Ni les Américains ni l’OTAN n’ont envahi militairement un quelconque pays en Europe, et cela de force. Les troupes qui y stationnent le sont avec l’accord des gouvernements. L' extension constante de l’OTAN vers l’Est à laquelle vous vous référez répond au besoin de se prémunir contre l’appétit d’un voisin. L’invasion par l’U.R.S.S. de la Hongrie en 1956 et de la Tchécoslovaquie en 1968 reste en mémoire. L’Ukraine, elle, en revanche, a été envahie contre son consentement, et cela, par une Russie qui tire dans le tas. Bon weekend.

  • A propos de la fabrication de leur "vérité" par les médias, de la désinformation actuelle (Covid, Ukraine etc.) et de la mort du vrai journalisme je vous conseille vivement cette toute dernière analyse du Dr. Alexis Cossette intitulée "Le Ministère de la Vérité" qui ne va pas vous décevoir. Vous la trouverez ici ainsi que ses analyses précédentes:

    https://rumble.com/user/RadioQuebec

    Chaque dimanche à 22h17 (et parfois en semaine), vous le retrouverez en direct sur cet chaîne:

    https://vk.com/radioquebec

    Bien à vous!

  • Vous avez raison Monsieur Décaillet, mais le problème (1) c'est qu'en Suisse romande, il n'y a plus le moindre espace pour le débat quant à la guerre en Ukraine. Les médias d'état, les médias privés, tous "alignés couverts" derrière l'OTAN. Par exemple, on dirait que Le Temps est directement composé depuis une officine de Washington. S'en rendent-ils au moins compte, nos journalistes?

    (1) et c'est partout pareil en Europe à de rares exceptions, je ne vois en fait qu'André Bercoff à Sud-Radio sur un média de grande diffusion pour laisser passer un autre discours.

  • PS: Monsieur Décaillet, pensez-vous que les journalistes du Temps croient à ce qu'ils écrivent, donc que la situation est aussi simple qu'ils la décrivent, auquel cas ils n'auraient "pas le niveau" ? Ou alors ils savent que ce qu'ils écrivent est biaisé et là ils sont intellectuellement fallacieux ?

  • Sur l'Ukraine et votre billet, M. Décaillet, je vous cite : "Etablir les faits, donner la parole à tous".
    Donc je m'exprime.
    Comprendre l'histoire oui, mais en regardant la réalité d’AUJOUR’HUI : un grand pays envahit et détruit son voisin.
    C'est cela qui est inacceptable !

  • @UnOurs

    Les journalistes du Temps sont-ils conscients ou non d'être, de fait, des agents de la propagande de guerre yankee?

    Vous posez une bonne question.

    Je pense qu'ils n'en sont pas conscients. En revanche ils sont conscients du fait qu'ils sont obligés d'écrire leurs articles conformément à un certain narratif, et ce sous peine de perdre leur gagne pain. C'est aussi simple que ça. Et de ça, ils en sont très conscients.

    Soyons un peu indulgents envers ces serfs d'un nouveau genre.

  • "Ni les Américains ni l’OTAN n’ont envahi militairement un quelconque pays en Europe, et cela de force." (FRENKEL)

    Vous dites vraiment n'importe quoi.

    https://en.wikipedia.org/wiki/Turkish_invasion_of_Cyprus

  • Chuck Jones : C'est l'exception qui confirme la règle.

  • @JL : vous avez raison, je pense qu'aujourd'hui les deux caractéristiques fondamentales pour réussir dans le journalisme, c'est une propension au conformisme doublée d'une absence générale de curiosité.

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