La vie privée, ça existe !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.06.22

 

De quoi, au fond, la politique doit-elle s’occuper ? Depuis ma jeunesse, je planche sur cette question, fondamentale. Et je fais partie d’une école de pensée, une philosophie politique, qui lui apportent une réponse précise, cadrée, où demeure la césure capitale, celle de ma génération, entre vie privée et espace public. Aujourd’hui, cette séparation s’estompe, jusqu’à parfois se diluer. Je le regrette infiniment. Eh oui, on a parfaitement le droit de déplorer le cours des choses, ne pas s’ébahir devant toute mode, toute évolution, toute jeunesse. Le droit d’affirmer les valeurs de son âge, ses lectures, ses passions, ses admirations. Mes références s’appellent Charles de Gaulle, Willy Brandt, Pierre Mendès France. Je les assume. Je les emporterai avec moi, dans l’autre monde.

 

Alors, où place-on la limite du champ politique ? Là aussi, j’apporte une réponse qui pourra déplaire à certains jeunes (pas tous), je respecte leur position, j’énonce la mienne. Lecteur d’Aristote, je note que la politique est l’affaire de la Cité. Entendez l’espace public, avec des institutions, un droit de vote accordé à certains, et non à d’autres, des citoyennes et des citoyens libres, de qui tout procède (là, j’en suis déjà au système suisse). Dans ce champ, nous avons à décider, tous ensemble, des affaires concernant les intérêts supérieurs d’un Etat. En statuant, non sur toutes les choses de la vie, mais sur quatre ou cinq priorités publiques, touchant à l’indépendance du pays, sa souveraineté, la sécurité nationale, celle des personnes et des biens, les assurances sociales, la solidarité, les systèmes de santé, les retraites, la formation, les grandes infrastructures, les choix énergétiques. J’ai presque tout dit. Et, pour ma part, je m’en tiens à cela.

 

Autrement dit, je n’inclus pas dans le champ politique tout ce fatras de préoccupations privées, familiales, alimentaires, toutes ces questions liées au genre, qui envahissent l’espace public depuis quelques années. Non qu’il faille les taire. Mais ces sujets « de société » ont pris une telle importance dans les débats qu’ils éclipsent la finalité même de la politique, qui se définit autour d’un Etat, d’une nation, de ses intérêts vitaux à préserver. Ces mots-là vous semblent datés ? Vous avez tort. La paix ou la guerre, la victoire ou la défaite, l’indépendance ou la sujétion, tout cela existe, l’Histoire la plus récente nous le rappelle. Survivre comme nation, comme communauté humaine libre, n’est pas garanti. Et dépend de nous seuls. Le jour venu, seule compte la cohésion nationale, tous les mirages de facilité s’évanouissent.

 

Dans ces conditions, on comprendra que mes attentions intellectuelles soient davantage magnétisées par la question centrale de l’Etat et de la nation, que sur le mode de vie alimentaire, carnivore ou végétarien. Cela n’a tout simplement rien à faire dans le débat politique. Ma position personnelle, sur la question, aurait d’ailleurs de quoi vous surprendre. Mais justement, je la garde pour moi. Et pour mes quelques proches.

 

Pascal Décaillet

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Commentaires

  • Qui trop embrasse mal étreint. Un état qui veut s'occuper de tout fini par ne plus s'occuper de rien. Il n'y a qu'à voir le temps qu'il faut pour obtenir de l'administration un document, que dis-je une réponse à des questions qui relèvent du bon sens. "Le bon sens" qu'el gros mot viens-je de prononcer dans une société en déliquescence qui veut diagnostiquer la moindre attitude. Ce qui est bien fait du bien ce qui est mal fait du mal n'en déplaise aux égaré de la pensée. Plus une société s'éloigne du tronc commun et plus elle risque l'asèchement. Les feuilles aussi multicolores soient elles ne peuvent remplacer la sève originelle, c'est donc de la mort de l'arbre qu'il s'agit.

  • Monsieur Décaillet,
    Tout s'en va. A mon avis de vieux réac, la cause de cette dégénerescence est celle de l'éducation perdue, de l'individualisme à outrance et de la parole donnée aux anonymes de la délation sur les réseauxs sociaux. Malheureusement, on ne revient jamais en arrière. Pensons donc à l'avenir, à la civilisaton nouvelle qui doit nécessairement remplacer la notre, moribonde !

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