La réalité fermentée des racines de la France

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Sur le vif - Mardi 21.06.22 - 14.49h
 
 
Dimanche, le peuple de France a écrit une page de l'Histoire politique de ce pays, depuis la guerre, c'était le thème de mon billet d'hier. Il a livré la photographie précise des rapports de forces et des volontés politiques. Le résultat est celui qu'on sait. Il déçoit qui ? Je vais vous le dire.
 
Il ne déçoit en tout cas pas le peuple, qui est l'auteur de ce message, et qui ne l'a pas émis au hasard. Non. Il déçoit M. Macron, qui aurait voulu une nouvelle majorité de godillots. Il déçoit Mme Borne, qui perçoit ses limites éponymes. Il déçoit M. Mélenchon, qui se voyait déjà signer, de Matignon, des lettres de cachet pour la place de Grève. Il déçoit les états-majors des partis. Il déçoit les pies bavardes des chaînes privées, qui n'en peuvent plus, depuis dimanche soir, de parler de Macron, Macron, et encore Macron.
 
Hors-sujet ! La présidentielle, c'était il y a deux mois. Macron est élu pour cinq ans, c'est en ordre. S'il veut régner nu, c'est son problème. S'il veut partir, c'est son problème. Son destin n'a plus d'intérêt. Car dimanche, il s'agissait de quoi ? D'un autre pouvoir, totalement séparé de l'exécutif (Jeu de Paume, 20 juin 1789), qui s'appelle le Parlement. 577 élections, dans 577 circonscriptions. La réalité fermentée des racines de la France. Les élus du peuple, dans toute sa pluralité, sa diversité, ses contradictions, ses lignes de tension. Pour cinq ans (toute dissolution serait un Brumaire dévastateur pour ce qui reste de pouvoir en place), ce sera cette Assemblée-là. Avec elle, il faudra travailler. Elle sera souveraine, pour faire les lois.
 
Le sujet n'est donc pas de savoir ce que va faire Macron. Ni quel remaniement doit s'opérer. Ni quelles alliances de circonstances. Non, non et non. Le sujet, c'est prendre acte de cette Assemblée-là. Orienter la politique française sur ce qui sera faisable, ce qui ne le sera pas. Un Parlement n'est pas là pour être l'outil du gouvernement, mais sa Chambre de contrôle. Et de censure. Ces choses-là, très courantes jusqu'en 1958, ont été mises en veilleuse depuis 64 ans. D'abord, pour faciliter la tâche à un homme de l'Histoire, revenu certes aux affaires dans l'extrême limite de la légalité, mais qui devait régler la question algérienne. Puis, au fil des ans, comme instruments de facilité pour la médiocrité. Lorsque César laisse la place à Romulus Augustule, lorsque Rome n'est plus dans Rome, il faut revenir aux grandes valeurs. République. Séparation draconienne des pouvoirs. Contrôle de l'exécutif par le législatif. Mise en congé des médiocres.
 
Comme je l'ai écrit hier, le peuple de France a dessiné, dans le génie de son inconscient collectif, 577 fois réinventé, le visage d'une Assemblée qui ne doit rien au hasard, et doit être respecté. Les partisans de M. Macron y sont encore nombreux. La gauche radicale l'emporte historiquement sur les gentils sociaux-démocrates. Les Verts y sont aux fraises, c'est la saison. La droite nationale y fait la percée historique qu'elle méritait depuis longtemps, si le mode de scrutin ne la mettait aussi scandaleusement à l'écart.
 
C'est cela, tout cela, rien que cela. Il faut cesser de se demander "ce que va faire M. Macron", ça n'a aucun intérêt. Il faut prendre acte de la photographie. Et s'intéresser enfin au peuple français. Dimanche, il a pris date. Il a dit : "J'existe". C'est lui, le héros de l'Histoire. Et non le Prince errant dans son Palais des Glaces.
 
 
Pascal Décaillet

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Commentaires

  • En effet, Monsieur Décaillet, la pseudo élite française n’a rien compris. Elle continue bêtement sur le chemin illusoire du passé. En fait, tout a changé. Par miracle, le peuple méprisé s’est réveillé. L’incroyable est devenu réalité. Une ex-femme de chambre élue au Parlement. Oh suprême injure, la Plèbe s’arroge le pouvoir ! Le Président-roitelet condamné aux coulisses de son théâtre ! Nous assistons au changement, en fait au grand remplacement du mensonge par la vérité, celle du peuple. Cela prendra du temps, comme la semence prend le temps de germer puis de fleurir, mais les ferments du monde nouveau son enfin là. J’en profite pour vous proposer une vidéo de l’interview récente de Monsieur Charles Gave, Président de l’«Institut des libertés» dont l’analyse de la situation monétaire de l’Occident est saisissante: (Charles Gave : Vers un effondrement monétaire en Europe ? - YouTube)

  • Cher Pascal,
    A mon humble avis, les chaines d'informations privées sont essentielles. En France, suivre le 20 heures des chaines mainstream (y compris donc TF1 qui est une chaine privée) est une pure perte de temps, sauf si vous êtes proche d'Alzheimer et avez sur les genoux un Chihuahua comme chien de thérapie. Un certain rééquilibrage est, me semble-t-il, à l'oeuvre, puisqu'on apprenait que Macron avait supprimé la redevance. Aux USA, Fox news est un rouage essentiel dans la formation de l'opinion des électeurs conservateurs. Les démocrates se plaignent, mais n'ont-ils pas CNN our MSNBC? Ou est le problème? Le problème est que les médias et politiciens de gauche tentent de censurer les médias de droite. En France, les chaines du groupe Boloré consituent un contre-pouvoir fort utile aux chaines du service publique payées avec les impôts ou par Bill Gates et qui ont consitué une pièce maitresse pour endoctriner le peuple. Avec le résultat des législatives de dimanche dernier, les choses commencent à bouger, gràce notamment au chaines que vous critiquez.

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