La Suisse n'a strictement rien à faire dans l'OTAN !

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Sur le vif - Mardi 06.09.22 - 15.26h
 
 
Le voilà donc, le vrai visage du PLR suisse : "rapprocher" la Suisse de l'OTAN ! Nous pourrions pérorer sur toute l'hypocrisie de cet euphémisme, "rapprocher", édulcoration pour dire : passer dans la zone d'attraction, en un mot se subordonner. Être sensible aux mots, décrypter les effets de langage, c'est aussi la tâche de toute citoyenne, tout citoyen. Cela s'appelle l'esprit critique.
 
Le PLR pourrait y aller franco. Et nous dire : "Adhérons à l'OTAN". Il préfère demeurer dans sa zone grise des trois dernières décennies : "Collaborons". Comme si la "collaboration" d'un minuscule pays neutre avec la première organisation militaire mondiale relevait d'un pacte inodore, insensible, sans le moindre effet sur l'indépendance et la souveraineté du petit.
 
Pour ma part, je suis clair. Je dis : "La Suisse n'a strictement rien à faire dans l'OTAN". On partage ou non ma position, mais au moins j'annonce la couleur, sans la moindre ambiguïté.
 
L'OTAN, c'est quoi ? C'est, dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale et l'arrivée de la Guerre froide, bref dès 1949 et la création des deux Allemagnes, le club des affidés des Etats-Unis d'Amérique. De l'autre côté, il y avait le Pacte de Varsovie, le club des satellites de Moscou. Dans ce monde séparé en deux, la toute petite Suisse a choisi de préserver son indépendance, sa neutralité. Elle dialoguait avec Moscou, avec Washington, organisait des Conférences internationales sur son territoire neutre et apprécié de tous, se frayait un chemin au milieu des géants. A-t-elle eu tort ?
 
L'OTAN, aujourd'hui, c'est toujours - et plus que jamais - le fan's club de l'Oncle Sam. Lorsque le Mur est tombé, le Pacte de Varsovie s'est dissous, l'OTAN a continué. Pire : elle n'a cessé d'avancer ses pions vers l'Europe centrale et orientale, avec les résultats que nous connaissons aujourd'hui. Si cette politique impérialiste vous convient, si vous estimez que notre petite Suisse doit jouer ce jeu-là, s'intégrer dans cette vision du monde manichéenne et belligérante, alors OK, foncez avec le PLR suisse vers l'OTAN.
 
Si, au contraire, vous avez encore, dans votre âme patriote, ce minimum de non-alignement aux grandes puissances qui a fait l'essence de la Suisse, alors dites non. Car notre pays, que j'aime infiniment, n'est petit que par la taille. Il est grand par son Histoire, complexe et passionnante. Il est grand par les idéaux du Printemps des Peuples, en 1848. Il est grand par ses assurances sociales, dont l'AVS de 1948 est le fleuron. Il est grand par l'intimité de son rapport à sa nature, à son patrimoine. Il est grand par ses institutions. Par son fédéralisme, son respect des différences. Il est immense par sa démocratie directe, qui fait du peuple citoyen, le démos, la pierre angulaire des grands arbitrages du destin national.
 
Il ne s'agit pas de savoir si nous aimons les Russes ou les Américains. Non. Il s'agit de savoir si nous avons encore la capacité de nous aimer nous-mêmes. Comme nation souveraine. Comme patrie. Comme lieu commun de cohésion sociale et humaine. Cela implique la volonté de défendre toutes ces valeurs par nous-mêmes. Et non en nous subordonnant à l'un des géants, éternellement belligérants, de la planète.
 
C'est pourquoi je vous dis : "La Suisse n'a strictement rien à faire dans l'OTAN".
 
 
Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Sur le vif 7 commentaires

Commentaires

  • Bonjour M. Decaillet,
    Merci pour cette prise de position claire, nette et sans aucune ambiguïté.
    En effet, « La Suisse n’a strictement rien à faire dans l’Otan ».
    Certes, notre pays est et ne peut-être que dans le camp des démocraties et de l’Etat de droit ; certes la Suisse s’équipe avec des avions Otan-compatible, mais de là à adhérer à l’Otan ou y être associé, il y a un faussé énorme que le PLR est prêt à enjamber mais que nous refusons.
    Dans ces moments très difficiles, pour ne pas dire historiques, nous devons regarder loin, très loin. Nous devons compter d’abord sur nous-même et encore sur nous-même.
    Ce n’est pas le lieu ici de développer davantage l’argumentaire, mais disons-le clairement : nous voulons être souverains, entretenir des bonnes relations avec ceux qui partagent nos valeurs et en avoir de respectueuses avec ceux des pays dont les valeurs sont différentes des nôtres. Cela s’appelle « la coexistence pacifique », expression longtemps abandonnée mais qu’il faudrait la remettre au goût du jour.

  • Il ne s'agit plus de choix, le monde a changé et vous ne le remarquez pas.
    La plaque des démocraties (occident avec Japon, Corée, ...) s'éloigne des autres pays. Les démocraties sont alliées par nature, et vont aller vers une indépendance face aux autres pays.
    Cette révolution amène sur la table le sujet militaire. Or pas besoin d'être dans l'OTAN pour faire partie de la défense des démocraties afin de défendre nos intérêts. En coupant nos relations avec les dictatures dans le domaine stratégique, on défend notre indépendance.

    Ne plus importer d'énergie de Russie est un grand pas. À terme, d'autres pays doivent suivre. Avec la Chine, notre dépendance genre envers les terres rares, n'est plus acceptable.
    La Russie coupe le gaz ? Tant mieux, notre indépendance ne doit pas être que des mots. Blocher ne parle que d'indépendance de pacotilles. Est-ce par intérêt financier qu'il chouine après l'embargo suisse ? Rompre avec la Russie fasciste est nécessaire.
    Les dictatures veulent faire la guerre à l'occident, il est temps de se réveiller.

    Bref, notre neutralité est vu depuis longtemps comme un gadget par les autres pays, c'est une relique d'un lointain passé. La Suisse chrétienne, occidentale est vu comme ennemi par ceux qui sont en guerre contre l'occident ou les chrétiens. Lorsque la Russie parle de décadence occidentale, c'est aussi pour nous.
    En cas de grave conflit, les pseudo pays neutres seront comme en 39-45, aussi la cible.

    Entre démocraties et dictatures, c'est le temps de la rupture sur fond d'enjeu stratégique. Le commerce de pommes oui, le commerce de produits stratégiques, c'est finis.
    Bref l'OTAN est notre allié, pas les dictatures. En attendant une défense européenne, on n'a pas le choix que d'avoir une coopération proche avec l'OTAN.

  • Monsieur Décaoillet,
    Le cri d’un patriote. Merci !

  • Bonjour M. Decaillet,
    Merci pour cette prise de position claire, nette et sans aucune ambiguïté.
    En effet, « La Suisse n’a strictement rien à faire dans l’Otan ».
    Certes, notre pays est et ne peut-être que dans le camp des démocraties et de l’Etat de droit ; certes la Suisse s’équipe avec des avions Otan-compatible, mais de là à adhérer à l’Otan ou y être associé, il y a un faussé énorme que le PLR est prêt à enjamber mais que nous refusons.
    Dans ces moments très difficiles, pour ne pas dire historiques, nous devons regarder loin, très loin. Nous devons compter d’abord sur nous-même et encore sur nous-même.
    Ce n’est pas le lieu ici de développer davantage l’argumentaire, mais disons-le clairement : nous voulons être souverains, entretenir des bonnes relations avec ceux qui partagent nos valeurs et en avoir de respectueuses avec ceux des pays dont les valeurs sont différentes des nôtres. Cela s’appelle « la coexistence pacifique », expression longtemps abandonnée mais qu’il faudrait la remettre au goût du jour.

  • Il faut demander des comptes au PLR sur son incurie des dernières décennies, durant lesquelles il a contribué (dans un rôle en contre-emploi) à l'affaiblissement militaire de la Suisse, en suivant les doctrines progressistes de la gauche, sur l'évolution de la menace, etc...
    Nos chambres fédérales ont toutes deux déclaré en février, au sujet de l'agression russe en Ukraine qu'une guerre d'agression est indigne d'un Etat "au 21ème siècle". C'est dans ce "au 21ème siècle" qu'il faut voir la cause de l'incurie de nos politiques - ils croient que l'écoulement du temps rend le monde meilleur, et nous immunise contre les fléaux du passé. On avait déjà vu avec le Covid, où rien n'était prêt.
    Rappelons donc, à ces "hommes moyens", le mot de Marc Bloch: "Le proche passé est pour l'homme moyen un commode écran. Il lui cache les lointains de l'histoire et leurs tragiques possibilités de renouvellement."
    Et de relire l'histoire. Le début de la guerre de trente ans. Le début de la première guerre mondiale.

  • Après que le président du Centre a, il y a quelques semaines de cela, pris cette direction, voilà que le PLR le rejoint. Inutile de s’étendre sur les positions du PS ou des Verts qui, sur cette question et cela depuis belle lurette, sont les idiots utiles des tireurs de ficelles à Washington ou à Londres.

    Cette convergence des trajectoires politiques en Suisse n’est pas dictée par le coup de sang collectif d’un personnel politique trop à l’écoute de ses émotions. Elle exprime plutôt un glissement à l’œuvre depuis plusieurs années. Ce glissement est train de devenir une glissade incontrôlée depuis les évènements ukrainiens.

    Depuis les attentats de 2001, les USA ont étendu auprès de leurs alliés leur règle « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous » dans à peu près tous les domaines. Sous la pression pas si amicale que cela des USA, la Suisse a, en 2009, mis son secret bancaire au ruclon. Depuis, l’extension du contrôle US sur la sphère financière suisse s’est singulièrement renforcée grâce à FATCA. La philosophie et le fonctionnement de cet accord sont si scandaleux que nos médias ont jugé plus prudent de s’en désintéresser. On peut également se demander quels mécanismes ont conduit un pays neutre à la recherche d’un avion chargé d’assurer sa police du ciel d’acquérir une trentaine de chasseurs-bombardiers dont la mission est l’attaque. Quoi qu’il en soit l’interopérabilité du futur avion suisse avec ceux de l’armée US est garantie.

    On pourrait continuer cette énumération d’exemples montrant que la neutralité, l’indépendance et l’auto-détermination helvétique sont de plus en plus à ranger dans une vitrine à trophées. La prochaine étape de notre subordination est pourtant déjà en marche : Sous la pression amicale du grand frère US, la Suisse pourrait bientôt être amenée à devoir « choisir » entre commercer avec l’ensemble des pays de la planète et les pays « autorisés » par les USA. Dans un avenir pas si lointain que cela, il ne sera peut-être plus possible de commercer en utilisant à la fois SWIFT et le SFPS (système de messagerie financière russe qui a été étendue à la Chine, l’Iran et l’Inde depuis février 2022). En quelque sorte, la Suisse devra se positionner de quel côté du rideau de fer financier elle se situe.

    Le chant que sifflent les canaris PLR et les autres partis « Salonsfähig » au fond de la mine politique n’est rien d’autre qu’un avertissement. Coincée entre des plaques géopolitiques qui la dépassent, la Suisse pourra de moins en jouer sa propre partition en tentant de conserver ses liens avec l’éventail le plus large possible de nations plus ou moins proches. La Suisse va devoir choisir son camp et ce camp ne peut pas et ne doit pas être un autre camp que celui des USA.

  • Merci Monsieur Décaillet!
    A force de suivre, se soumettre aux va-t-en guerre USA, le Deep State et les apôtres des Schwab et Soros nous allons vivres des heures douloureuses. Ceux qui prétendent le contraire feraient bien de se documenter.
    Ils ne savent pas…´peut-être préfèrent-ils ignorer le fait que les USA n’ont jamais importės autant de marchandises russes….
    Ça aussi est parfaitement documenté!
    Ah! Les cons ça ose tout, c’est même à cela qu’on les reconnaît.
    (Michel Audiard)

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